Charleroi Elle a produit une vidéo sur son parcours de transition et donne des conférences.


Depuis le 8 janvier, elle est reconnue comme femme dans les registres officiels. C’est à l’état civil de Thuin où elle réside que Philippine Dhanis a changé de sexe, peu après l’entrée en vigueur de la nouvelle loi de 2017 qui permet à chaque individu de définir son genre sur la base de l’autodétermination. "Jusque-là, il fallait présenter une attestation du psychiatre et avoir subi une chirurgie", témoigne celle qui a vécu pendant 49 ans dans le corps d’un homme.

Ce sont les techniques de développement personnel qui lui ont donné la force et la détermination de s’accepter. "Je n’ai pas choisi d’être ce que je suis, dit-elle. Mais il fallait me mettre en harmonie avec mon moi profond."

Le 8 mars 2016 - une date symbolique que celle de la journée du droit des femmes - elle entame un traitement hormonal pour transformer son corps. Elle ne fera son coming out familial que quelques jours plus tard : "J’avais besoin du consentement de mes enfants âgés de 18, 19 et 20 ans. Je leur ai expliqué avec des mots simples ce que la médecine définit comme la dysphorie du genre : il y a eu de la compréhension et de l’amour. J’ai pris le temps de répondre à chacune de leurs questions dont celle de savoir comment ils allaient devoir m’appeler. J’avoue que je n’y avais jamais pensé. Je leur ai dit qu’à moins qu’ils trouvent un petit mot qui me corresponde, il n’y avait pas de raison qu’ils cessent de m’appeler papa."

Philippine Dhanis a pris la plume et la parole pour gagner son "droit à l’indifférence", selon les termes du député fédéral Jean-Jacques Flahaux qui a porté le projet de loi sur le changement de sexe, et dont elle est l’attachée parlementaire. La plume avec un récit de vie à paraître, "Je suis transsexuelle et j’en fais pas une maladie" où elle raconte son parcours de transition. La parole à travers des conférences et des "causeries de salon", en petit comité de 10 à 15 personnes. Chez vous si vous le souhaitez. "Pour cela, je pars de la vidéo que j’ai réalisée sur mon parcours de transition, explique-t-elle. Je lis ensuite quelques extraits de mon livre et l’on passe aux questions-réponses dans une discussion sans tabou. En Belgique, la communauté transgenre compte entre 30.000 à 35.000 individus."

Philippine n’a pas encore obtenu son changement de prénom : celui de Philippe apparaît toujours sur sa carte d’identité. La procédure qui dépend du SPF Justice est plus longue, elle s’étale en moyenne sur 8 mois.

"Je veux devenir la 1re députée trans de Belgique francophone"

C’est au gré d’une passion amoureuse que Philippine Dhanis a découvert la politique. "Sur le tard", avoue-t-elle, "c’était il y a dix ans. À l’époque, j’étais encore un mec. J’ai vécu une belle histoire avec une femme engagée au MR. C’est ainsi que je suis devenu secrétaire politique puis président de la section réformatrice de Thuin. J’ai été collaborateur parlementaire d’Yves Binon avant de rejoindre le cabinet d’Olivier Chastel quand il était ministre du Budget. Et je suis arrivée dans l’équipe de Jean-Jacques Flahaux grâce à Denis Ducarme qui nous a mis en relation." Le 24 mai 2017, elle assiste au vote de la loi sur le changement de sexe dans l’hémicycle du Parlement. "Je suivais les débats depuis le balcon : il n’y a pas eu un seul vote d’opposition, le texte a été adopté à l’unanimité moins six abstentions."

En 2019, elle devrait se présenter pour la première fois aux législatives, sur la liste de son parti. Objectif : devenir la première députée transgenre de la Belgique francophone.

Après les dernières fédérales, le groupe Groen avait coopté une sénatrice trans, Petra De Sutter. "Je ne l’ai personnellement encore jamais rencontrée", indique Philippine. "Nous vivons dans un monde binaire où chaque personne est enfermée dans un sexe. Je pense qu’il faut sortir de ça." Elle en parle lors de ses rencontres. "Je m’efforce aussi d’éveiller les participants aux discriminations qui nous entourent : parce que, dans de nombreux pays, la transsexualité est encore considérée comme une maladie mentale, voire une perversion."