Charleroi

Outre ce vol de cartes bancaires, Kévin avait aussi mordu un policier et forcé un barrage.


Kévin flotte dans son sweat-shirt, les épaules avachies. Il n’a que 24 ans mais il a déjà l’air résigné. La vie, dit-il, ne lui a pas fait de cadeau : à la rue, il erre entre les services sociaux de Bruxelles et de Charleroi, ville où il s’est trouvé pour tout refuge une cahute d’Infrabel désaffectée, juste pour avoir l’eau courante et chiper quelques câbles de cuivre.

Ce vol n’était qu’une des dix préventions reprochées au jeune délinquant, déjà bien connu de la Justice. En 2015, il s’est fait pincer chez Troc, en train de chaparder des objets. En 2017, le propriétaire d’une Kangoo volée l’a retrouvé à Fleurus en train de pousser son véhicule, quasi à l’état d’épave. "Je l’ai achetée sur un site de deuxième main pour 150 euros", explique Kévin qui, lors de son interpellation, s’est rebellé contre les policiers, allant jusqu’à mordre l’un d’eux. Là encore, il nie, expliquant s’être défendu contre un inspecteur agressif…

Mais le fait le plus lâche commis par le jeune prévenu reste sans doute ce vol de cartes bancaires au préjudice d’une dame âgée qui l’avait hébergé, alors qu’il était à la rue. Le coeur sur la main, la victime, qui ne roule pourtant pas sur l’or, s’est vue dépouillée de ses maigres économies. "Et quand j’ai fait un infarctus, il n’a même pas bougé du divan alors que je rampais au sol", est venue raconter la partie civile.

Enfin, Kévin se voyait reprocher une autre rébellion envers des policiers. Au volant d’un véhicule sans plaques, il avait été pris en chasse par une patrouille qu’il avait tenté de semer sur l’autoroute. Un barrage avait été dressé mais il l’avait forcé, manquant de renverser un inspecteur.

Pour le parquet, il est temps de sévir, d’autant que certains de ces faits ont été commis alors que l’intéressé venait d’être libéré sous conditions alternatives. "La Justice lui a déjà donné plusieurs chances mais il n’a jamais saisi les perches tendues. Je requiers 37 mois de prison ferme", a conclu le parquet.

Me Van Wymeersch, conseil de Kévin, a rappelé le parcours compliqué de son client, issu d’une école spéciale, livré à lui-même et consommateur de stupéfiants. "Je demande qu’on lui accorde une dernière chance. Il a entamé plusieurs démarches pour s’en sortir", a plaidé l’avocat qui sollicite des acquittements partiels, notamment pour la détention d’un cutter. "Pour quelqu’un qui vit dehors et qui bricole, c’est un peu le couteau-suisse de MacGyver". Jugement le 11 septembre.