Charleroi Elle produira 2,2 millions de kilowatts/heure par an.

Équiper la basse Sambre de centrales hydroélectriques en exploitant les chutes d’eau de six barrages entre Charleroi et Namur : ce projet de quinze millions d’euros a connu un ralentissement entre 2011 et 2015.

Relancé en début d’année, il voit l’achèvement de la construction de la deuxième unité à Monceau, après Marcinelle. D’une puissance de 660 mégawatts utiles, elle produira 2,2 millions de kilowatts/heure par an, soit l’équivalent de la consommation de 600 à 700 ménages, selon Stéphane Verraes, administrateur délégué du bureau d’études liégeois Merytherm en charge de ce projet.

Depuis ce mardi et pour le reste de la semaine, le chantier entre dans sa phase la plus spectaculaire : une grue télescopique de 700 tonnes a été acheminée sur le site pour installer les éléments électromécaniques les plus volumineux : une vanne de 30 tonnes et trois vis hydrodynamiques de 13 mètres de long sur un diamètre de 3,8 m. Et d’un poids d’une soixantaine de tonnes chacun. Ils seront placés l’un après l’autre, chaque fois en une journée. Si tout se passe selon le planning établi, la centrale pourra être mise en service le mois prochain.

Ensemblier et fournisseur des équipements, la SA Merytherm a conçu le projet pour le compte de la SA Hydro Monceau, véhicule financier de la SA Hydro B qui a obtenu la concession d’exploitation des centrales de la Basse Sambre. Le bureau d’études se donne deux ans pour achever le programme : "Deux nouvelles centrales seront édifiées à Montignies-sur-Sambre et Roselies en 2017, les deux dernières l’année suivante en région namuroise, à Auvelais et Salzinnes."

Puissance totale du dispositif : 3,2 mégawatts. Chaque année, les installations fourniront 12 à 13 millions de kilowatts, représentant la consommation de 4.000 à 4.500 ménages. Pour travailler dans le respect absolu de l’environnement, Merytherm a recouru à une technologie fish-friendly : "Totalement immergées dans l’eau, les turbines tournent en effet à basse vitesse, à des cadences de 20 tours minute ce qui permet aux poissons de les franchir", indique Stéphane Verraes.

La protection de la faune aquatique était imposée par le cahier des charges. Dans ce cadre, une première centrale a été développée à Marcinelle en rive gauche de la Sambre, entre l’usine Riva de Thy Marcinelle et le site de Duferco. Cette unité d’une puissance de 660 kW a servi de test . En cas de crue, les installations sont amovibles, pour ne pas aggraver les retenues d’eau. C’était une autre condition du permis octroyé.


Un projet citoyen, social et solidaire

L’investissement s’élève à 3,2 millions.

Le projet de la centrale hydroélectrique de Monceau est aussi citoyen : en soutien des fonds propres de son promoteur la SA Hydro B, deux partenaires financiers interviennent.

La Société régionale d’investissements de Wallonie (SRIW) d’une part, et la coopérative citoyenne Emissions Zéro, agréée par le Conseil national de la coopération (CNC), ce qui lui permet de lancer des appels publics à l’épargne. Créée en 2007, elle regroupe 1500 coopérateurs dont la souscription est plafonnée à 5.000 euros, soit un maximum de 19 actions de 260 euros par membre. "La rémunération du capital a oscillé entre 3,5 et 6 % au cours des dernières années, ce qui est attractif pour les épargnants", explique Alain Damay, administrateur et trésorier. "Mais notre vocation, c’est le soutien aux projets d’énergie renouvelable."

Si à l’origine, la coopérative concentre ses investissements dans l’éolien, elle a diversifié son portefeuille. Un peu sous l’influence de ses nouveaux administrateurs, dont Alain Damay, qui informe son président du projet de Monceau dès 2014. "Nous avons pris contact avec Hydro B, et noué un partenariat."

L’investissement s’élève à 3,2 millions, dont 250.000 euros apportés par la coopérative sous la forme la plus risquée qui soit : le prêt subordonné. Les bénéfices dégagés par l’octroi des certificats verts et la production d’électricité permettront de le rembourser. "La création de microcentrales hydro en haute Sambre fait partie de nos réflexions. Nous travaillons actuellement à un projet sur un bras de dérivation de la rivière à Lobbes", confie Alain Damay.

À Monceau, la construction électromécanique se terminera dans les semaines à venir. Avec encore des épisodes hors du commun, comme l’intervention d’hommes grenouilles la semaine prochaine pour procéder à des soudures sous l’eau.

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Infos :

www.emissions-zero.coop