Liège "Ce devait être notre phare culturel"

Il ne s'est pas fait que des amis, Alain De Clerck, artiste multi-talents, bien connu à Liège, en entamant ce dimanche matin sa grève de la faim. Son combat? La préservation de cet immeuble mythique de Liège, la Dentisterie, située sur le site de Bavière. Aujourd'hui, la Dentisterie n'est rien d'autre qu'un chancre squatté et régulièrement tagué, qui est en passe d'être démoli. Malgré les appels à la sauvegarde lancés depuis des années par certains milieux liégeois en effet, le bourgmestre de Liège Willy Demeyer a signé, il y a une semaine, l'arrêté de démolition, c'est une question de jours...

On l'a compris, pour Alain De Clerck, démolir cette tour qualifiée "d'immonde" par ses détracteurs serait pourtant une hérésie... il y voit en effet un bâtiment de grande qualité sur le plan architectural mais aussi et surtout, "un phare culturel" pour Liège. Après 48h de jeûne (il n'a plus mangé officiellement depuis samedi 18h), il nous explique son combat.

"Pour bien comprendre ma démarche, il faut d'abord remonter à cet autre combat, que nous avions mené, pour faire de Liège la capitale culturelle en 2015", explique l'artiste. "On sait que c'est Mons qui a eu cette chance mais, à l'époque, le bourgmestre Demeyer nous l'avait promis, nous pourrions faire de ce bâtiment un lieu de culture "multi-arts". Pour moi, cela reste donc une blessure et un échec... alors à l'annonce de la démolition de la Dentisterie, j'ai su qu'il fallait agir. Je me suis rendu sur place et je n'ai réfléchi que quelques minutes".

Entrée de Liège, l'immeuble moderniste de la Dentisterie est en effet envisagé par bon nombre d'artistes comme une parfaite vitrine du vivier artistique qui anime Liège... Les (3) morts récentes constatées sur place n'y changent rien. "Si on avait correctement sécuriser les lieux, comme je l'avais dit il y a plus d'un an, rien ne serait arrivé", colère Alain De Clerck, "c'est de la faute des propriétaires".

Par cette accusation, il pointe du doigt ces promoteurs privés à la manoeuvre et dénonce, à l'instar de François Schreuer, conseiller Vega, un pouvoir public "qui se soumet" aux volontés du privé. Le conseiller Vega estime d'ailleurs n'avoir jamias vu "un dossier où le pouvoir public se couche et fait à ce point serpillère devant le privé". Selon lui, c'est "l'archétype de l'occasion urbaine manquée et de la spéculation triomphante. Un festival de médiocrité urbaine".

On comprend que le débat déchaîne les passions. Tel est bien l'objectif d'Alain De Clerck; "quand j'ai vu les grues arriver je me suis dit qu'il restait quelque chose à faire".

Sauver la Dentisterie? Le débat est en tout cas lancé et, déjà, l'artiste a reçu de nombreux soutiens.