Liège Depuis plusieurs semaines, les Liégeois se plaignent des nuisances liées à l’aéroport

Les anciens se souviendront de ce rassemblement, à Liège Airport, de milliers de riverains mécontents d’entendre ces moteurs d’avions durant la nuit, décollant, atterrissant, changeant de trajectoire… empêchant de dormir. Nous étions au début des années 2000.

En 17 ans, depuis la création de la Sowaer (Société wallonne des aéroports), bien des démarches ont toutefois été entreprises pour isoler ou exproprier les habitations problématiques. Mais depuis quelques semaines, ce vieux démon du réveil nocturne semble bien ressurgir. Au point que de multiples plaintes sont à nouveau émises.

Le bourgmestre de Liège Willy Demeyer et des élus comme le conseiller François Schreuer (Vega) sont d’ailleurs montés au créneau pour obtenir des explications. Point de transgression des heures et des fréquences de vols; seul le vent serait en cause expliquait ce vendredi la Sowaer.

En réponse au deuxième courrier du bourgmestre en effet, Luc Vuylsteke, président du comité de direction de la Sowaer, reconnaît aujourd’hui que des modifications de trajectoires sont plus fréquentes depuis début mai, à cause du vent.

Dès sa construction en effet, la piste de Bierset a été orientée selon les vents dominants qui proviennent, sur le plateau liégeois, du secteur Sud-Ouest principalement. Et puisque les avions décollent et atterrissent toujours face au vent, la majorité des décollages s’effectue en direction de Saint-Georges, ce qui est logiquement peu perçu depuis la ville de Liège.

Que se passe-t-il ces dernières semaines ? Il arrive que des avions doivent utiliser une autre piste (04) et décollent en direction de Fexhe-Slins, "quand la composante Nord-Est du vent impose l’utilisation de ce sens inhabituel pour des raisons de sécurité". Ensuite, les avions virent généralement vers le Nord mais il est aussi possible que certains avions doivent virer prématurément vers l’Est ou le Sud-Est… et donc vers Liège. C’est le cas depuis mai doit-on comprendre, la piste 04 est précisément plus utilisée, suite aux vents récurrents de Nord-Est.

On objective donc… mais on ne rassure clairement pas puisque ce constat ne réglera en rien la problématique des nuisances actuelles. François Schreuer s’interroge : "Liège est-elle en train de devenir une poubelle sonore de l’Europe ?".

Non sans rappeler l’arrivée imminente d’un géant du commerce en ligne (Alibaba) à Bierset, le conseiller Vega souhaiterait une solution plus radicale comme le fait d’exiger du Gouvernement wallon "qu’il interdise les décollages qui amènent au survol nocturne de zones habitées autres que celles qui ont fait l’objet de mesures d’insonorisation".

8.642 habitations insonorisées !

En 17 ans, la Sowaer a insonorisé de nombreux bâtiments, surtout à Liège

En marge des problématiques de nuisances sonores à Liège, la Sowaer publiait, en début de semaine, son rapport d’activités 2017, indiquant un chiffre d’affaires de 37,6 millions d’euros et une perte de 3,09 millions. L’occasion aussi de rappeler que la société, depuis sa création en 2001, avait réalisé des travaux sur les aéroports de Liège et de Charleroi pour 520 millions d’euros.

Au regard des récentes plaintes liées au survol des avions sur la région liégeoise, il est donc également intéressant de préciser ces efforts fournis sur de larges zones autour des aéroports wallons… des efforts qui ne concernent toutefois pas la ville de Liège, trop éloignée.

Ainsi, au 31 décembre 2017, la Sowaer avait acquis 1.774 immeubles bâtis, dont une majorité en région liégeoise, 1.568 précisément, pour 206 à Charleroi. Elle avait également acquis 181 immeubles non bâtis (dont 177 en région liégeoise).

Dès 2002, un gros travail d’insonorisation des bâtiments situés près des aéroports a également été lancé. Ainsi, au 31 décembre 2017, la Sowaer avait déjà insonorisé 8.642 immeubles bâtis, avec une nouvelle fois une majorité pour Liège : 5.370 pour 3.272 à Charleroi. La Sowaer a également délivré de nombreuses primes de déménagement pour les locataires (239) ainsi que des primes pour "trouble commercial" (63). L’ensemble de ces investissements s’élève aujourd’hui à 407.900.727 euros. À noter que, par ces opérations, la Sowaer est aussi devenue propriétaire de nombreux biens immobiliers et qu’au travers des immeubles vendus voire loués, elle a généré des bénéfices pour plus de 80 millions d’euros.

En 2002, le nombre de plaintes liées aux activités de l’aéroport était de 981; en 2017, Liege Airport a enregistré 194 plaintes au total.