Liège La société Kauffman se démène pour trouver du personnel, en vain

On le sait, dans notre pays, plusieurs métiers sont en pénurie. Mais à la société Kauffman Gaz de Remouchamps, la situation est telle que le manque de chauffeurs poids lourds détenteurs d’un permis ADR (transports de marchandises dangereuses) et du Certificat d’aptitude professionnelle (CAP) met carrément la pérennité de l’entreprise en danger !

"Nous ne savons plus que faire", regrette Jérôme Corbesier, directeur du personnel chez Kauffman. "Nous employons une quinzaine de chauffeurs à Remouchamps et une vingtaine dans le Hainaut. Rien qu’en région liégeoise, il me manque trois chauffeurs à engager immédiatement. Le personnel en place a travaillé dur pendant l’hiver et doit prendre ses congés et récupération. Moi-même, pour combler les trous, je roule les week-ends et jours fériés, mais cela n’est pas tenable. Si rien ne change la pérennité de l’entreprise est en jeu, puisque nous ne saurons plus satisfaire complètement nos clients. Je me suis adressé au Forem, à des sociétés d’intérim, j’ai posté des annonces… en vain !"

Notons que si Jérôme Corbesier ne parle que pour son entreprise, la situation est tout aussi problématique dans autres sociétés de la région. "C’est vrai, nous nous parlons entre nous et tout le monde est inquiet. C’est quand même dingue dans un pays qui compte près de 500.000 chômeurs !"

Reste alors à comprendre pourquoi une telle situation se produit. Pour le directeur du personnel, il y a essentiellement deux causes à cette problématique. "Il faut d’abord dire que pour obtenir son permis, son CAP, il faut débourser environ 3.000 €. Combien de personnes ont une telle somme à investir avant de gagner un premier sou ? En outre le CAP et le permis ADR sont à renouveler tous les 5 ans, ce qui coûte également plusieurs centaines d’euros."

Certes, il existe des formations pour devenir chauffeur de poids lourds, mais elles ne sont accessibles gratuitement qu’aux demandeurs d’emplois.

"À une époque, nous avons pris à notre charge ces formations, mais une fois le chauffeur formé, il faisait jouer la concurrence et partait dans une autre société. Cela n’était donc pas possible de continuer comme cela."

L’autre cause du désamour pour le métier vient des amendes infligées par les autorités policières. "C’est quasi forfaitaire. Une sangle oubliée, un papier mal rempli et c’est 500 € ! Même les automobilistes qui roulent comme des fous sur les autoroutes ne paient pas cela !" Notons ici, que ce sont les chauffeurs qui paient eux-mêmes les amendes, si l’infraction commise est de leur responsabilité.

Pour le directeur liégeois, les choses doivent donc changer. "J’ai demandé un rendez-vous à Pierre-Yves Jeholet pour parler de notre problématique. J’attends avec impatience de le rencontrer."