Liège

"Ne pleure pas pour toi, mais pour les innocents qui meurent en Syrie".

Darifa a 47 ans. Employée par la ville de Liège depuis 8 ans, elle travaille à temps plein l'athénée de Waha. Mardi, sa vie a basculé dans l'horreur, lorsque Benjamin Herman a fait irruption dans l'école.

Récit d'un témoin clé qui restera marqué à tout jamais par cette nouvelle tuerie liégeoise.

"Il était environ 10 h 15, j'étais dans la cours de récréation de l'école pour prendre les conteneurs et les emmener dans le sas d'entrée de l'école pour les préparer pour le ramassage du lendemain. Là, j'ai vu le voisin de l'école, il est entré dans le sas en courant. Il avait l'air un peu paniqué et il y avait trois filles qui hurlaient sur le trottoir. Le voisin est alors ressorti, sans que je puisse lui demander ce qu'il se passait. J'ai alors regardé par la fenêtre du sas et je n'ai rien vu."

Pourtant, Herman venait de tuer trois personnes à quelques dizaines de mètres de là. "On ne le savait évidemment pas. Une des mes collègues est sortie et est revenue en courant. Là, je me suis dit qu'il se passait quelque chose de grave !"

Mais plutôt que de partir immédiatement, Darifa a courageusement pris la décision de rester et de fermer deux portes donnant accès à l'établissement. "Lorsque je me suis retournée, tous mes collègues avaient disparu et je l'ai vu devant moi. Il était habillé en noir et tenait ses deux armes en l'air ! Il m'a regardée dans les yeux."

Commence alors un dialogue invraisemblable entre un tueur et celle que l'on peut appeler son otage.

- Je vais te poser deux questions. Es-tu musulmane ?

- Je lui ai répondu que oui.

- Fais-tu le Ramadan ?

- Je lui ai répondu que oui.

- Alors je ne te ferai rien du tout. Mais il faut que tu m'écoutes, que tu fasses ce que je te dis et tout ira bien pour toi.

- Mais qu'est ce que tu fais dans une école ? Ce n'est pas ta place ici. "Il m'a regardée et a alors tiré en direction d'une des portes fermées donnant accès à l'école. Là, j'ai hurlé et pleuré."

- Arrête de pleurer. Tu ne dois pas pleurer pour eux, mais bien pour tes frères syriens.

- Oui mais je pleure parce que je suis en état de choc. Herman a alors regardé vers l'extérieur et montrant les policiers, m'a dit : "je fais cela pour les faire bouillir !"

Malgré sa peur Darifa a alors tenté de raisonner le tireur.

- Rends-toi, cela vaut mieux que tu te rendes.

- Il arrivera ce qui arrivera.

- Pourquoi aujourd 'hui ? Pourquoi est-ce que tu veux faire ça ?

- Parce que je suis en congé pénitentiaire.

- Mais tu ne dois pas être ici, c'est une école, des enfants !

- "Non, tu as raison".

Herman tire alors deux fois vers les portes extérieures. "A chaque détonation, je pleurais et il m'a répondu : tu ne dois pas pleurer. Pense aux innocents en Syrie. J'ai alors essayé de lui faire comprendre que s'il passait le sas et rentrait dans l'école, on deviendrait deux cibles. Il était lucide et m'a répondu : tant que je serai avec toi, ils ne me feront rien !"

Et dans la seconde, il a tourné les talons, a ouvert la porte et est sorti. Moi, j'ai reculé. Et j'ai entendu les détonations. Il était parfaitement conscient de ce qui allait arriver quand il sortirait, me disant qu'il attendait juste que les policiers soient bien en place. Mais il n'avait pas l'air d'avoir peur. Il a d'ailleurs crié plusieurs fois "Allahu Akbar".