Liège Michel Firket, échevin représentant la ville, l’a annoncé lors de ses funérailles ce mardi.

Il ne fallait pas être en retard ce mardi pour être assis aux funérailles de Jean-Denys Boussart… car Jean-Denys, décédé mardi dernier d’un malaise cardiaque, à l’âge de 77 ans, n’était pas qu’un représentant du folklore liégeois et wallon, il était ce folklore !

Et, dans l’église Saint-Pholien ce mardi 16 mai, tout ce que l’homme a représenté était présent. N’ayons pas peur des mots dès lors : tout Liège était présent.

C’est le portrait d’un homme "bo n" , "bienveil lant" , doté d’une grande sensibilité, d’une grande culture générale, "attaché aux traditions, mais non conservateur" … et "malicieux" - son regard le trahissait -, qui fut dressé. Par ses plus proches.

"Outremeuse sans Jean-Denys, l’impensable s’est produit", commentait un ami, résumant l’état d’esprit des Liégeois présents dans l’église Saint-Pholien.

Pour beaucoup, Jean-Denys Boussart était aussi le maïeur du village de Noël, un marché devenu célèbre et auquel il a incontestablement contribué…

"Il fut un véritable guide pour nous", se souvient Pierre Luthers, président de l’ASBL Enjeu, qui organise ledit village depuis toujours, "c’est lui qui nous a convaincus du fait que le marché de Noël n’aurait jamais d’âme s’il n’avait pas ses rues, sa place, sa mairie et son église… et bien sûr son maïeur". Jean-Denys Boussart.

"On dit souvent que nul n’est irremplaçable. À Liège si… aujourd’hui, il entre dans la légende du village."

Mais puisque Jean-Denys Boussart était aussi un véritable repère, un monument liégeois, indissociable de sa cité, sa ville a décidé de le décorer comme il se devait…

Vu le vide laissé, on attendait en effet plus que de simples souvenirs… l’échevin du Tourisme et du Patrimoine, Michel Firket, a en quelque sorte rencontré une requête implicite que l’assemblée appelait de ses vœux ce mardi : "Avec le bourgmestre, nous en discutions ce matin encore, nous avons décidé de faire de Jean-Denys Boussart un citoyen d’honneur de la Cité ardente."

Une dernière promenade…

Si pour certains, il n’était que le maïeur de la Commune libre de Saint-Pholien, Jean-Denys Boussart était, dans le cœur des Liégeois, bien plus que cela…

Pour s’en rendre compte, il suffisait de passer en Outremeuse ce mardi matin, à l’heure de ses funérailles. Sur le coup de 10 heures, des centaines (milliers ?) de personnes étaient présentes pour rendre un dernier hommage à celui qui fit bien plus que représenter le folklore.

Depuis le funérarium situé sur le boulevard de la Constitution, une gigantesque procession s’est mise en branle, non pas dans un grand désordre comme il aimait à le dire mais bien à un rythme de sénateur, pour rejoindre l’église Saint-Pholien, son église, en passant par son boulevard de la Constitution qui, pour l’occasion, était partiellement interdit à la circulation.

Jean-Denys Boussart aimait sillonner son quartier et sa ville… S’il avait pu commenter sa dernière promenade, il aurait assurément complimenté ses illustres compagnons de route. Sa famille de sang se mêlait à sa famille de cœur.

Un véritable cortège folklorique... à faire pâlir Tchantchès un 15 août s’est en effet déplacé et, dans la foule, on distinguait les Porais Tilffois ou les Blancs Moussis ainsi que de très nombreuses autres sociétés folkloriques parmi lesquelles des représentants des étudiants liégeois bien sûr…

Extrait d’un des nombreux discours : "Jean-Denys est décédé d’une crise cardiaque au milieu de tous ses documents. Je me plais à croire qu’il a réussi sa mort comme il a réussi sa vie."

"Mon père, grand voyageur immobile"

Il en a fait, Jean-Denys, des kilomètres… un pèlerinage à Jérusalem à entendre sa petite-fille, un voyage en Italie lorsqu’il travaillait à l’office du Tourisme, à en croire ses collègues.

Il avait aussi été membre des Chasseurs ardennais et on ne citera pas tout le reste ni toutes les sociétés folkloriques auxquelles il a pris part, au risque de ne pouvoir être exhaustif.

Mais ce qu’on retiendra de lui, ce que ses fils ont en mémoire, c’est qu’il était un infatigable pèlerin… qui aimait les autres par-dessus tout.

"Papa avait la foi. Vivre au Moyen Âge en compagnon de François d’Assises lui aurait plu", commentait son fils aîné. "Je suis d’ailleurs sûr qu’il construisait ses promenades pour faire de nombreuses haltes […]. Il avait cette drôle de façon de manger des gougouilles qu’il aimait partager avec Poyette, son chien. C’était un épicurien."

Il aimait marcher … et donc rencontrer. "Je reste persuadé qu’il construisait sa journée pour rencontrer le plus de monde possible. Au fond, il était un grand voyageur immobile, qui a dû faire des milliers de kilomètres."

Et que dire de sa brocante qui se déroulait en bas de chez lui ? "Il l’a voulue et il l’a créée."

Comme le soulignait le maïeur de la République libre, Christian Desloovere, Jean-Denys n’était pas qu’Outremeuse : "Ton île ne te suffisait pas. Liège était ton terrain de jeu et tu as même dépassé les limites de la principauté pour devenir le spécialiste et le représentant du folklore. […] Ce qui fait d’une ville une ville, ce sont ses rues, ses points de repères. Tu étais l’un de ces points de repères. Le valeureux Liégeois, c’était toi."

"Sa succession n’a jamais été évoquée"

C’est en 1961 que cet enfant de Djû-d’là, âgé d’une vingtaine d’années et baigné dans la chaude ambiance folklorique d’Outremeuse, s’autoproclame maïeur de la Commune libre de Saint-Pholien. Une commune libre dans la République libre. Et une personnalité qui restera maïeur 56 ans; c’eut pu être bien plus si ce dramatique malaise cardiaque, survenu trop tôt, ne l’avait emporté.

Ce mardi, l’heure était aux discours de funérailles bien sûr mais, à demi-mot, on évoqua sa succession; ou plutôt sa non-succession. Pour l’instant doit-on comprendre, rien n’a été décidé. "Nous le croyions immortel", commentait ainsi le vice-président de Saint-Pholien, "nous n’avons donc jamais évoqué sa succession". Une question se pose : "Doit-on arrêter ? Ou perpétuer son souvenir". Poser la question, c’est y répondre est-on tenté d’écrire… mais une chose est sûre : "quelle que soit notre décision, nous sommes persuadés que Jean-Denys nous donnera sa bénédiction". Une autre certitude s’impose aujourd’hui au regard du décès de Jean-Denys Boussart : l’homme était irremplaçable et c’est sans doute car il a tout donné au folklore liégeois que le vide qu’il laisse ne sera jamais comblé.