Liège L’œuvre inaugurée esplanade St-Léonard a des accents d’amour et de révolte.

"Dans le drapeau de la liberté, j’ai brodé le plus grand amour de ma vie" … ces quelques mots résonnent depuis plusieurs décennies déjà dans la poésie espagnole. Depuis ce mois de septembre, c’est Liège qui fait écho à cette phrase tirée de l’oeuvre de Federico Garcia Lorca… car ces mots sont désormais fixés dans "le mur des libertés" , au pied des Coteaux de la Citadelle, face à l’esplanade Saint-Léonard…

Question: pourquoi cette phrase de l’artiste espagnol surgit-elle aujour- d’hui du passé ? Manuel Rodriguez Vera, Manolo pour les intimes, nous parle mieux que quiconque de cette nouvelle œuvre espagnole mais aussi et surtout liégeoise... "J’ai envie de dire merci au peuple de Liège, merci à vous de cet accueil, merci d’avoir reçu les enfants de la guerre, de cet engagement militant."

Manolo fait partie de la 2e génération d’immigrés espagnols, celles des enfants de ceux qui ont fui l’Espagne de Franco. Une fuite qui a connu son apogée en Belgique et particulièrement à Liège dans les années 1960.

L’artiste, la phrase… tout est logique dans le choix du collectif Génération Lorca : "Il fallait quelque chose qui exprime tout ce qui se trouve sur cette photo [NDLR : fuite de persécutés espagnols]". Federico Garcia Lorca, homosexuel et fusillé par des rebelles antirépublicains lors de la guerre civile espagnole (1936), "symbolise tout ce qu’il y a de plus cher dans notre pays", poursuit Manolo.

Les raisons qui ont conduit le collectif à installer l’œuvre à Liège sont donc claires… car c’est ici que cette nouvelle génération, espagnole et liégeoise, est née, libre… grâce à leurs parents. "Nous voulions aussi rendre hommage à nos parents. Ils ne sont plus là aujourd’hui mais nous voulions leur dire merci, à eux comme à Liège qui est devenue notre terre d’accueil."

Devant de cette phrase, on retrouve cette table d’acier, aux étranges allures de carte espagnole. Si la phrase s’étire sur plus de 25 m sur le mur de soutènement du fond de l’esplanade, la table pèse pas moins de 1.600 kg et, grâce à ses 4,50 m de longueur, est entourée de 29 tabourets. Heureux hasard géographique, "elle se prête à merveille au débat", explique l’échevin en charge de l’Art urbain, Michel Firket. Autour de celle-ci en effet, il n’est pas impossible d’asseoir une classe entière avec son professeur.

L’usage pédagogique est, bien sûr, mis en avant; des dépliants et des brochures sont ainsi prévus, dans les deux langues (français et espagnol) tandis qu’un dossier pédagogique devrait être élaboré relativement à la question de l’immigration.