Liège L’hôtel-restaurant, plus ancienne "maison" familiale du pays, est en fête ce week-end

Sur les murs de l’hôtel Bonhomme, à Remouchamps, on distingue depuis quelques mois déjà d’intrigantes photographies d’époque. En s’approchant, on reconnaît aisément les murs blancs de l’imposante bâtisse qui fête cette année… son quart de millénaire ! Un week-end de fête est organisé ces 8 et 9 septembre pour l’occasion. Objectif : découvrir ou redécouvrir cet établissement qui n’est autre que la plus ancienne maison familiale du Royaume.

"Attention, l’hôtel Bonhomme n’est pas un établissement inaccessible", nous assure Stéphanie Daussaint. Cette mère de famille dynamique n’a que 35 ans mais, déjà, elle est à la tête de cette institution… elle qui n’est autre que la 8e génération de "Bonhomme". Avec son père, Bernard Daussaint (de mère Bonhomme), ils partagent une même vision du savoir-faire, "façon Bonhomme".

"Quand j’ai repris l’hôtel, en 1997, j’ai refait beaucoup de choses", nous confie Bernard, "tout est désormais aux normes et les chambres sont aujourd’hui équipées de douches italiennes, de bains à bulles…". Moderne l’hôtel Bonhomme ? Jamais de la vie… mais contemporain dans son confort et traditionnel dans son service. Il faut dire que l’histoire des lieux fait sa richesse. Dans cet ancien relais de malle-poste, on s’arrêtait donc déjà en 1768, année de construction du bâtiment par un certain… Jacques Carpentier.

Au fil des générations, l’hôtel des Étrangers comme on le nommait à l’époque - puisqu’il accueillait d’importants hôtes de passage (Duc de Guise, Isabelle, Comtesse de Paris, Fernandel, Minstingett, Fangio…) - a gagné ses lettres de noblesse en conservant et en misant même sur son identité. "J’ai en effet toujours tenu à conserver l’âme du lieu", poursuit Bernard, "nous avons rajeuni sans rajeunir. Notre force, c’est de faire ce que les autres ne font plus".

Stéphanie, sa fille, n’en pense pas moins, elle qui a grandi entre ses murs et qui compte aujourd’hui promouvoir, avec les moyens de notre époque, ce trésor familial. Pour ce faire, elle peut compter sur les 12 chambres de l’hôtel mais aussi sur cette carte du restaurant qui nous fait voyager (dans le temps) de la plus gourmande des manières : "La cuisine moléculaire n’est pas de mise à l’hôtel Bonhomme. Les truites, les écrevisses sont pêchées dans le Rubicon voisin ou dans les viviers. Au temps d’Urbain, mon arrière-grand-père, l’Amblève regorgeait de truites, d’’ombres chevaliers, d’anguilles", écrit-elle dans cet ouvrage édité pour cet anniversaire. Des particularités locales dont l’hôtel a fait sa gastronomie, sa marque de fabrique… depuis 250 ans !

Le premier étoilé d'Ourthe-Amblève !

Les délicieuses anecdotes ne manquent pas dans cette maison de renom

En 250 ans, il s’en est passé des choses dans cet établissement de prestige… et si la maison a connu, dans l’entre-deux-guerres, ses belles années, l’hôtel a aussi eu son lot de frissons. Le saviez-vous ? L’hôtel Bonhomme fut le premier étoilé d’Ourthe-Amblève. Une étoile à laquelle Urbain Bonhomme (1888-1958), arrière-grand-père de Stéphanie Daussaint, a largement contribué. Aujourd’hui, le restaurant est auréolé d’un Bip gourmand , qui garantit un excellent rapport qualité-prix... le bon accord.

Lors de la Première Guerre Mondiale, l’hôtel fut aussi réquisitionné par les Allemands… "à cette époque, c’est mon grand-père qui devait goûter les plats devant les officiers pour garantir qu’ils n’étaient pas empoisonnés", se souvient Bernard Daussaint.

Le Roi Albert 1er en personne est aussi descendu à Remouchamps. Le souverain avait en effet sympathisé avec l’arrière-grand-père et le grand-père de Bernard. "À la suite de cette visite d’ailleurs", se souvient le père de Stéphanie, "la réputation de la maison était arrivée aux portes du Palais Royal à Bruxelles et une estafette du Palais se rendait de temps à autre à Sougné-Remouchamps pour emporter des mets de choix, écrevisses et homards cuisinés à la "façon Bonhomme", pour rehausser certains banquets".

En 2018, Bernard n’a pas manqué d’envoyer une lettre au Roi Philippe, pour qu’il rende visite comme son arrière-grand-père. En février dernier, pour les 250 ans de l’établissement, le Roi et la Reine se sont effectivement déplacés en bord d’Amblève.

Et on s’en voudrait de ne pas souligner qu’au début de la Seconde Guerre Mondiale, Flore Freson (Madame Urbain Bonhomme), organisait à la veille de la Saint-Nicolas, un goûter qui réunissait autour de grandes tables de jeunes enfants dont les papas étaient mobilisés, prisonniers ou tombés au combat.