Liège Benoît Drèze vient d’être élu président de Tadam et sera à la manœuvre dans cet épineux dossier. Entretien

Ce lundi soir au conseil communal de Liège, deux points seront abordés en urgence, à la requête du bourgmestre Willy Demeyer… Il s’agit de confier à la fondation Tadam le contrat pour la gestion de la salle de consommation d’héroïne à moindre risque (salle d’injection) et de permettre à la Ville de Liège d’apporter sa caution pour l’emprunt sollicité pour le fonctionnement de la salle.

Tout avance donc très vite dans ce dossier de toxicomanie puisque, ce mercredi, une étape majeure était franchie dans le cadre de la mise en place de salles de consommation d’héroïne contrôlées dans les grandes villes… Le gouvernement wallon, désormais compétent en la matière, a voté en faveur de la mise en place de ce type de salles… Une excellente nouvelle pour Liège mais aussi pour Benoît Drèze, récemment sollicité pour devenir président de Tadam.

Vous êtes président depuis le 8 mai dernier. Lundi soir, tous les feux seront verts… qu’allez-vous faire ?

"Je souhaite d’abord préciser que je n’étais pas candidat à la fonction, même si j’ai suivi ce dossier de très près depuis le début. Je suis donc heureux d’avoir été sollicité. Au niveau du travail à fournir, je travaillerai en cheville avec Dominique Delhauteur qui a déjà coordonné le projet Tadam. On va recruter 16 équivalents temps plein. On a déjà un infirmier en chef, le même que Tadam. Idem pour le médecin généraliste. Il y aura aussi un assistant social et trois éducateurs. La salle pourra ouvrir en septembre."

Il ne faut pas confondre avec la première expérience Tadam. Ici, on ne délivre pas de l’héroïne…

"Effectivement, dans le cas présent, les héroïnomanes viennent avec leurs produits et des locaux sont mis à leur disposition. Et c’est ici que le contrôle peut être effectué, un contact en tout cas, pas sur la substance mais sur les personnes… Il faut savoir qu’à Liège il y a 4.000 toxicomanes dont 2.000 héroïnomanes et que 15 % se shootent en rue, plusieurs fois par jour, cela fait des centaines de scènes chaque jour. Réduire celles-ci, c’est aussi ça l’objectif."

Et comment l’équipe va-t-elle procéder pratiquement parlant ?

"La différence avec Tadam, c’est que les toxicomanes étaient triés sur le volet, sélectionnés, et il y avait un engagement. Ici, les consommateurs viennent quand ils veulent. Il faut juste décliner son identité. Les femmes enceintes, les mineurs et les illégaux seront acceptés. En pratique, il n’y a pas de racolage mais, lorsqu’il y a une scène de rue, le toxicomane est invité à aller vers la salle."

Puisque ce n’est pas obligatoire, qu’est-ce qui peut pousser un héroïnomane à se déplacer ici ?

"L’avantage, c’est la socialisation, un peu comme quand on va au café, c’est différent de chez soi. Et il y a le fait de ne pas être regardé aussi par les passants. Par ailleurs, les toxicomanes de rue sont au courant des problèmes sanitaires auxquels ils s’exposent. Pour eux, cette structure est intéressante, surtout en cas d’overdose."

Ce n’est pas une première; les exemples à l’étranger démontrent une certaine efficacité, non ?

"Oui, il n’y a qu’en Belgique qu’on n’a pas de salle de ce genre. Il y en a chez tous nos voisins, au Luxembourg, aux Pays-Bas, en France, en Allemagne. En fait, la première salle a été créée à Genève en Suisse, en 1986, et elle existe toujours, comme les 90 salles créées dans 64 villes de 8 pays. Même à Anvers maintenant, la Ville a mis un local à disposition de toxicomanes âgés, via le CPAS… c’est différent de Liège car c’est dans leur logement mais on va dans le même sens. À ce propos, le ministre de la Justice Koen Geens a eu un contact avec Willy Demeyer pour lui signaler qu’il accepterait de reparler de ce dossier. Le Fédéral pourrait aussi passer au vert."

Marc Bechet