Liège Les SDF sont nombreux à "choisir" la tente… Liège travaille avec des médiateurs.

L’hiver est à nos portes, le froid se fait sentir et, pour beaucoup, cette période est synonyme d’épreuve… Triste constat annuel en effet, à Liège, l’hiver est une période durant laquelle des dizaines, voire des centaines de SDF cherchent à se mettre à l’abri. Est-ce parce que notre regard est plus sensible en cette période hivernale ou simplement parce que le phénomène est croissant ? Toujours est-il qu’à l’aube de l’hiver, les Liégeois sont nombreux à apercevoir des petits campements se constituer, à proximité du centre. Dans un parc, dans un petit espace vert, en retrait du trafic, presque à l’abri des regards… Aujourd’hui, les SDF sont en effet nombreux à opter pour le camping de fortune, un phénomène qui ne diminue pas depuis quelques années.

"Un village éparpillé de tentes se crée tout autour du centre-ville", s’indignait cette semaine le conseiller Écolo Guy Krettels… un message suivi de nombreux autres sur les réseaux sociaux. "Est-ce ainsi que les hommes vivent ?" Bien sûr, la réponse à apporter est complexe…

Chez Sentinelles de la nuit, association qui sillonne les rues de Liège pour apporter un peu de réconfort aux SDF, on constate en effet que certains sans-abri quittent le centre, "car il y a des grilles devant les buildings ou parce qu’on les chasse plus systématiquement qu’avant des bancs", explique Chantal Degée, coordinatrice. La tente est une solution… car c’est une option devenue plus accessible.

Du côté de la Ville de Liège, on n’ignore pas ce phénomène mais on ne peut que le tempérer… "Rien que sur cette première semaine de novembre, on constate en effet que le taux d’occupation des abris est déjà quasi maximal", explique-t-on au cabinet du bourgmestre. On trouve dès lors d’autres solutions que le relogement.

"Une procédure de médiation est donc mise en place pour les personnes qui logent sous tente ainsi que sous les porches", précise-t-on. Le principe est simple : la tolérance est de mise, à condition que l’occupation ne soit pas longue ni problématique… car les abris sont déjà saturés. "Nous essayons juste de faire ce travail avec un certain discernement, avec une certaine humanité."

28 SDF relogés grâce à Housing First

Beaucoup de sans-abri refusent de loger dans un abri de nuit…

Ce n’est un secret pour personne, les services publics et les associations qui œuvrent au quotidien sur le territoire liégeois, pour aider les personnes sans abri, créent involontairement un effet d’attraction. Sur le grand Liège en effet, trois lieux accueillent les personnes à la rue pour la nuit : l’abri de la rue Sur-la-Fontaine, celui de Thermos, rue Chevaufosse, et celui de Seraing auxquels s’ajoute un abri supplétif aux périodes les plus critiques de l’hiver. S’il est difficile d’obtenir des statistiques claires du nombre de SDF liégeois, on peut toutefois estimer le nombre de bénéficiaires des abris.

en 2016, ce sont 1.022 hommes et 196 femmes, soit 1.218 personnes différentes, qui ont été hébergées dans les abris liégeois. En 2014, on en comptait 1.260 tandis qu’en 2015, on en a recensé 1.151… Plus de 1.000 sans abri à Liège ? Ce n’est pas aussi simple puisque ces chiffres tiennent aussi compte des personnes de passage, même si elles ne passent qu’une nuit à Liège. Et surtout, ces chiffres ne tiennent pas compte de ceux qui ne passent jamais par un abri. Qui s’y refusent. Pourquoi ? "Les raisons sont multiples", expliquent Chantal Degee, responsable aux Sentinelles de la nuit. "Certains n’y vont pas car ils ont un animal, d’autres car c’est incompatible avec leur dépendance, ou simplement parce qu’ils sont contre cette promiscuité." D’après les constats, ils seraient plus nombreux qu’avant… "Il y a cinq ans, on rencontrait souvent une trentaine de personnes, aujourd’hui, il y a une vraie recrudescence dans le centre, presque le double."

Dire qu’une personne choisit d’être à la rue reste pourtant une fausse vérité… "Neuf personnes sur dix, si on leur offrait un vrai toit, seraient bien sûr d’accord d’être relogées", explique de son côté Joëlle Houben, coordinatrice des éducateurs de rue au Relais social du Pays de Liège. Au Relais social, on se réjouit quand même d’avoir pu reloger 28 SDF à Liège dans le cadre du projet Housing first qui fonctionne (depuis 2013) sur un accompagnement adéquat des personnes replacées en logement.