Liège

Cité dans le jugement Iniva-Intradel, il jette l'éponge pour les prochaines élections


C'est un véritable coup de tonnerre qui s'est abattu, ce samedi après-midi, à Seraing.

Alain Mathot, le bourgmestre en titre vient en effet d'annoncer qu'il arrêtait la vie politique à l'issue de ses différents mandats. Il ne se représentera pas aux prochaines élections communales, pas plus qu'au prochain scrutin législatif, lui qui est également député fédéral.

Dans une longue missive postée sur les réseaux sociaux, le futur ex-bourgmestre de la Cité du fer explique être fatigué des perpétuelles critiques qui le minent depuis 10 ans, englué qu'il est dans le scandale Inova-Intradel. L'homme qui n'était pas poursuivi devant le tribunal correctionnel a pourtant été cité dans les attendus du jugement qui est tombé hier. D'après les magistrats, le bourgmestre sérésien aurait touché 700 000 euros pour orienter l'attribution d'un marché visant à la construction d'un incinérateur à Herstal.

S'il s'en est toujours défendu, Alain Mathot n'a pu exposer sa défense devant le tribunal correctionnel puisque le parlement avait refusé de lever son immunité parlementaire. Une décision qui l'a finalement mené à une situation intenable.

Voici son post sur les réseaux sociaux :


Chers amis,

Cela fait plus de 10 ans, presque le quart de ma vie, que mon nom est régulièrement associé au dossier dit « Intradel » ou « Inova ». Cela fait le même nombre de longues années que je suis sali, traîné dans la boue, caricaturé, dans le cadre d’un dossier qui m’est totalement étranger.

La Chambre des représentants a estimé en 2016, après l’examen scrupuleux du dossier par la commission parlementaire des poursuites, qu’il ne fallait pas lever mon immunité notamment en raison de la manière dont le dossier à ma charge avait été monté. Le parlement, dans sa grande diversité politique, n’agit pas de la sorte pour aider qui que ce soit à « échapper à la justice ». Il fait respecter un principe écrit dans la constitution. Les députés qui ont refusé de lever mon immunité ne l’ont pas fait pour me protéger, mais bien pour protéger l’institution à laquelle ils appartiennent.

Force est cependant de constater que cette non-levée d’immunité, qui je le rappelle ne me prive pas à terme d’un procès, a suscité énormément de rancœur, voire de haine à mon encontre. J’ai tenté, au fil des semaines et des mois, de poursuivre mon travail, de continuer à vivre avec ce fardeau.

Mais ici, avec la décision de justice rendue vendredi, on a atteint un seuil presque caricatural : le tribunal correctionnel de Liège vient de littéralement me massacrer, me jugeant « par défaut », sans que je sois pour autant cité comme prévenu, allant jusqu’à affirmer que j’ai touché pour ne rien faire, puisque « sans qu’il y ait la moindre trace d’intervention politique dans ce dossier », et ce quand je n’étais rien en politique, un montant plus de trois fois supérieur à ce que même le ministère public retenait à mon encontre. Le scénario décrit par le jugement rendu hier est le suivant : je n’avais aucune influence politique, je n’ai rien fait pour influencer l’attribution du marché d’incinérateur Intradel, mais après l’attribution du marché, un des responsables d’Inova, visiblement fort généreux voire complètement « idiot », se serait dit qu’il fallait me gratifier d’un montant financier.

Je tiens à répéter avec force que je n’ai jamais touché le moindre euro dans ce dossier, ni commis le moindre acte illégal. Je tiens également à souligner que le jugement n’est pas définitif, il est susceptible d’être totalement revu par la Cour puisque certaines parties ont communiqué leur volonté d’interjeter appel.

Mais le scénario avancé hier en première instance, et les titres que je lis aujourd’hui annonçant que « Alain Mathot a touché 700.000 euros » rendent véritablement, humainement, le fardeau trop lourd à porter. Je ne peux pas imposer non plus aux Sérésiens et à mon parti, celui auquel j’appartiens depuis le premier jour de ma vie, de supporter les conséquences néfastes que cela peut entraîner à l’occasion des deux campagnes électorales qui s’annoncent pour cette année et la suivante.

Si ce n’est ce poids, qui par ailleurs ronge également ma famille, ce qui m’est insupportable, j’aurais aimé poursuivre la politique, continuer à me battre pour voir Seraing changer, ma ville que j’adore, ma ville dans laquelle je prends plaisir à me balader pour y suivre les évolutions. J’aurais aimé poursuivre le travail accompli pour rendre les quartiers plus agréables, pour améliorer l’habitat, pour concrétiser le « Master Parc » et les nouvelles plaines de jeux, pour organiser d’autres grands événements, pour inaugurer avec les Sérésiens les grands projets à venir, ceux dans lesquels je me suis investi avec conviction, Gastronomia, le Cristal Park avec l’Aquapark, le Kidcity, le pôle musical de l’OM, les Ateliers centraux,… J’aurais aussi aimé poursuivre mon travail au parlement, lieu où les lois se préparent et se votent, lieu dans lequel les socialistes doivent peser de tout leur poids pour tenter de rendre les décisions de la droite, majoritaire, moins antisociales qu’elles ne le sont.

C’est donc avec regret, mais confiant en l’avenir, que je vous annonce ici que je ne me présenterai ni aux élections communales prochaines, ni aux élections fédérales à venir.

Je vais donc vivre mes derniers mois de bourgmestre, ma dernière année de député fédéral, préparant ainsi de manière efficace et organisée, avec mes amis politiques, ma succession sur le plan politique.

Je tiens ici à remercier chaleureusement toutes les personnes qui m’ont soutenu, tant sur le plan politique que sur le plan privé, mais aussi parmi la population, que je vais quitter avec tristesse. Nul n’est irremplaçable, et le parti socialiste sérésien compte beaucoup de jeunes de grande qualité et d’anciens à la solide expérience. Ils auront à cœur de poursuivre sur la lancée du Seraing de demain, le Seraing en lequel je crois plus que tout. Le Seraing au sein duquel personne ne sera mis de côté, le Seraing qui rendra ses habitants, comme j’aime à le répéter, « fiers d’être Sérésiens. »