Luxembourg La Boulangerie de papa va rouvrir, pour éviter la faillite, mais le boulanger se dit abattu moralement.

A la veille de la réouverture de sa boulangerie, Domenico, 59 ans, le boulanger de la place Paulin Moxhet à Vielsalm, a accepté de témoigner en exclusivité dans nos colonnes.

Moralement abattu et découragé depuis la mise sous scellés de son commerce, le 21 avril dernier, il a néanmoins décidé de reprendre son activité, ce samedi, pour éviter la faillite. "J’ai été victime de la méchanceté de certaines personnes et de médisance", explique-t-il. "Mon commerce est florissant car je suis le seul à proposer des pains et des tartes artisanaux à Vielsalm. Cette réussite dérange certains. La jalousie à mon égard s’est déjà manifestée de diverses manières." Le boulanger précise qu’en cinq ans, il a déjà été contrôlé une dizaine de fois par l’Afsca à la suite de dénonciations.

"Des gens ont affirmé que je mettais de l’eau de vaisselle dans la ganache", s’insurge-t-il. "Les agents de l’Afsca ont constaté que tout était en ordre et que j’avais été victime de dénonciations calomnieuses."

La vitrine de son magasin a été défoncée à quatre reprises. Le ou les auteurs n’ont, dit-il, pas été identifiés et pour se prémunir contre de nouvelles dégradations, il a fait placer devant la porte d’entrée et la vitrine une structure en bois et des bacs à fleurs.

La compagne du boulanger, Geneviève, d’origine africaine, précise, quant à elle, que sa présence au magasin était, au début, mal perçue par certains à cause de sa couleur de peau. "Des gens ne voulaient pas que je touche le pain qu’ils allaient manger. Ils ont dit que si je ne mettais pas des gants pour les servir, ils changeraient de boulangerie."

Au début de cette année, la situation s’est envenimée. "L’un de mes ouvriers, originaire du Congo, s’est plaint de mon comportement à des personnes de la région", continue-t-il. "Il leur a dit que je le battais, que je ne le payais pas et qu’il devait dormir par terre, ce qui est tout à fait faux. J’ai accepté de lui donner du travail, pour lui rendre service, alors qu’il était encore en séjour illégal après son passage au centre pour candidats réfugiés à Beho." Mercredi, l’auditorat du travail a décidé de lever les scellés.

L’auditorat du travail a décidé de lever les scellés et a autorisé la réouverture de la boulangerie, sous conditions. “Le boulanger a régularisé la situation sur le plan financier, en versant le montant réclamé pour les cotisations sociales”, précise Jérôme Deumer, substitut à l’auditorat du travail, à Namur. “Il s’est également engagé à ne plus commettre d’infractions.

Le magistrat ajoute que du contrôle effectué le 21 avril dernier, il ressort que deux travailleurs étaient en infraction. L’un était en séjour illégal, l’autre n’était pas déclaré. “L’affaire a été mise à l’instruction en février dernier”, rappelle-t-il. “Le boulanger vient d’être inculpé pour traite des êtres humains, à savoir pour avoir mis au travail cette personne d’origine étrangère dans des conditions contraires à la dignité humaine. L’instruction va se poursuivre. Dès qu’elle sera clôturée, le parquet tracera son réquisitoire et l’affaire sera abordée en chambre du conseil. Elle se clôturera par un non-lieu ou par un renvoi devant le tribunal correctionnel”.

Dès ce samedi, le boulanger reprend ses activités, à Vielsalm, avec sa compagne Geneviève.