Luxembourg Dominique a retiré les réducteurs de débit imposés

Dominique, de Marenne, mène une véritable croisade contre le traitement que les sociétés de distribution d’eau réservent aux plus démunis. La situation financière dans laquelle il se trouvait en 2014 ne lui permettant plus de régler ses factures depuis plusieurs années, l’intercommunale qui assure la distribution du précieux liquide sur la commune de Hotton lui avait imposé un réducteur de débit.

"Il s’agit d’une pastille dotée d’un trou de la taille d’une aiguille, destinée à ne laisser passer qu’un mince filet d’eau", explique l’intéressé, qui vivait à l’époque avec ses deux filles adolescentes. "Les distributeurs ont inventé ce dispositif pour contourner l’humanité des juges qui ne les autorisaient plus à couper l’eau. On tombe alors à 16 litres par heure maximum. Impossible de faire fonctionner quoique ce soit avec un tel débit : plus de machine à laver, plus de lave-vaisselle, plus de chasse d’eau. Je me suis retrouvé dans une situation qui me renvoyait au moyen-âge."

Bien déterminé à ne pas vivre dans ces conditions qu’il qualifie d’indignes, Dominique ne s’est pas contenté de retirer le réducteur de débit. Il a publié des articles illustrés sur le net pour expliquer comment faire. Identifié via ses publications, il doit aujourd’hui répondre de vol avec effraction devant le tribunal correctionnel de Marche. Plusieurs sociétés de distribution d’eau se sont constituées parties civiles pour atteinte à l’image.

"Monsieur s’est adressé au public en l’incitant à nuire à ces sociétés", clame l’avocat des parties civiles. L’avocat de la défense Jean-Marie Dermagne préfère parler de "lanceur d’alerte". "De nombreuses personnes doivent subir cette situation. Une situation qui a d’ailleurs alerté le Réseau de Lutte contre la Pauvreté. Comme le rappelle une résolution de l’ONU, l’accès à l’eau est un droit fondamental."

La défense souligne que, les distributeurs n’étant pas propriétaires de l’eau qu’ils acheminent, il ne peut être question de vol. Quant à l’incitation à commettre un délit invoquée par ses adversaires, Me Dermagne rappelle que, faute d’infractions commises en réaction, elle ne constitue pas une infraction. Jugement le 27 juin.

N.P.