Mons-Centre Le Conseil d’État vient d’annuler le permis de démolition délivré à Fluxys

L’horizon binchois ne sera pas amputé de sa Tour Saint-Albert. Le Conseil d’État vient d’annuler le permis de démolition qui avait été octroyé par le ministre Carlo Di Antonio à Fluxys, propriétaire de la tour.

C’est une victoire pour le comité de sauvegarde qui avait introduit le recours. “Le Conseil d’État a tranché en notre faveur en retenant la pertinence de certains moyens mis en œuvre par notre avocat, Maître Sambon”, se réjouissent les membres du comité. “Nous souhaitons maintenant que cette page qui se tourne soit l’occasion pour les pouvoirs publics d’entendre enfin les aspirations des habitants du quartier.”

Car jusqu’à maintenant, les autorités sont restées particulièrement sourdes aux appels du comité de sauvegarde. Ce dernier pouvait pourtant arborer fièrement une pétition forte d’un millier de signatures. Hélas, la mobilisation citoyenne n’aura pas empêché le ministre Carlo Di Antonio d’octroyer le permis de démolition. Elle n’aura pas non plus poussé le ministre Prévot à inscrire la tour sur sa liste de sauvegarde du patrimoine. Elle n’aura pas enfin suscité un quelconque intérêt de la Ville de Binche.

Pas de soutien politique. Mais l’aide de François Schuiten. En octobre 2015, l’artiste tombait sous le charme du bâtiment à l’architecture unique. Dans la foulée, Schuiten réalisait plusieurs sérigraphies qu’il mettait en vente au profit du comité de sauvegarde. L’argent ainsi récolté devait permettre de financer les démarches juridiques pour casser le permis de démolition.

Les efforts se seront donc révélés payants. Happy end pour la Tour Saint-Albert ? Plutôt le début d’un nouveau chapitre. “Nous exigeons de la Région wallonne en particulier qu’elle assume ses responsabilités et qu’elle permette réellement aux acteurs et aux institutions légitimes d’organiser une réhabilitation cohérente de la tour et de son environnement”, indique le comité de sauvegarde. “Le quartier et ses habitants méritent que cet héritage remarquable devienne un vecteur d’avenir et de développement comme cela se fait ailleurs en Europe. Nous continuerons à nous battre dans ce sens.”​


La reconversion est possible

La tour Saint-Albert est donc délivrée de la menace qui pesait sur elle. Et maintenant ? L’imposant bâtiment est-il condamné à fendre le ciel binchois tel une vieille breloque prenant la poussière sur un rebord de cheminée ?

Pas si sûr. Le collectif de sauvegarde de la tour Saint-Albert ne s’est pas contenté de faire obstruction à la démolition de la tour. Il a également pris les devants en faisant appel à la faculté d’architecture de l’UMons. L’objectif ? Développer des projets de reconversion et prouver, tant au propriétaire qu’aux autorités compétentes, que la tour Saint-Albert n’est pas une cause perdue.

L’année dernière, le collectif de sauvegarde a contacté Jérémy Cenci, enseignant à l’UMons. “C’est un sujet que je connais bien car j’ai fait ma thèse sur la sauvegarde du patrimoine industriel wallon”, indique Jérémy Cenci. “Après avoir été contactés par le comité, nous avons décidé de faire un travail sur la tour Saint-Albert dans le cadre du cours de composition architecturale et urbanistique, filière architectures et patrimoines.”

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45 étudiants ont ainsi planché durant trois mois sur des projets de reconversion. Leur mission était de transformer la tour Saint-Albert en un incubateur d’entreprises. Joli clin d’œil à l’ancien site industriel et sa région marquée par le chômage.

Jérémy Cenci est satisfait du résultat. “Nous avons reçu des projets très intéressants de nos étudiants”, souligne l’enseignant. “Une exposition sera organisée prochainement. Leur travail prouve qu’il est tout à fait possible de donner une seconde vie à la tour sans tomber dans un gouffre financier. Les projets démontrent également qu’il est préférable de revaloriser d’anciens sites plutôt que de construire de nouveaux bureaux dans des zones agricoles. Actuellement, il y a un manque de volonté politique pour préserver notre patrimoine industriel. Mais les choses évoluent.”

Ces projets de reconversions ont le mérite d’exister. Mais pour l’heure, la balle reste dans le camp de Fluxys, propriétaire de la tour Saint-Albert.​


La Tour Saint-Albert en cinq dates

1954 : Le puits Saint-Albert est mis en fonction à Ressaix.

1969 : Le site ferme. Distrigaz continue à utiliser le bâtiment.

1991 : Distrigaz, devenu Fluxys, arrête l’activité sur le site.

2004 : Binche achète les ailes du bâtiment pour un euro.

2015 : Octroi du permis de démolition de la tour Saint-Albert.