Mons-Centre Hélicoptère, autopompe, barrières, bâches, forces spéciales… C’était du jamais vu en correctionnelle à Mons.

Pareil déploiement de force dans la cité du Doudou à l’occasion de l’ouverture d’un procès au tribunal de première instance est assez rare. Personne ne dira le contraire, les moyens ont été déployés pour suivre les débats du procès opposant deux gangs de motards, les Hell’s Angels et les No Surrender (groupe dissident).

Hélicoptère de la police fédérale, véhicules de sécurité publique, autopompe, le tout consolidé par une cinquantaine d’hommes de la zone de police de Mons-Quévy, des maîtres-chiens et une bonne vingtaine issus des forces spéciales. Tous étaient en outre lourdement armés.

À cela est venu s’ajouter les fouilles de sacs et les palpations (même les avocats, les magistrats et les greffiers ont dû s’y plier !), les contrôles d’identité de tout qui se rendait au palais de justice, situé dans le haut de la rue de Nimy. Bref, un dispositif mastodonte pour un procès qui n’a pas encore véritablement commencé.

"C’est un dispositif assez exceptionnel," concède le commissaire Philippe Borza de la zone de police de Mons-Quévy. "Cela faisait plusieurs années que nous n’avions plus connu un tel dispositif pour un procès en correctionnelle. Certains procès sont plus difficiles, mais c’est surtout lors d’une cour d’assises."

L’extérieur du palais de justice était complètement quadrillé. "Ce sont deux dispositifs différents. L’un pour le centre-ville et la périphérie. L’autre pour le palais en lui-même et la salle d’audience. Nous devions aussi organiser et gérer les transferts des détenus. Ils venaient de plusieurs prisons, avec des niveaux de sécurité différents." Des bâches avaient aussi été installées pour créer un couloir d’accès discret et direct au tribunal. La salle des pas-perdus était divisée en deux, limitant l’accès aux badauds et sécurisant l’entrée dans la salle d’audience. Cette dernière n’est autre que l’ancienne salle réservée aux procès d’assises.

Mis face à face, les prévenus étaient regroupés en fonction de leur bande, les six détenus entourés d’une quinzaine de policiers cagoulés et armés. Des policiers en civil assuraient une surveillance discrète. L’audience s’est achevée vers 11 h 30 avec un agenda pour les débats. Faut-il s’attendre à pareil déploiement le 6 novembre ? "Nous verrons comment la situation va évoluer… La volonté est de garantir la sécurité à l’intérieur du palais et éviter des troubles à l’ordre public, voire des rixes, à l’extérieur." Certains ont pointé une "exagération" du dispositif… "Sans dramatiser ni diaboliser, les gangs de motards sont des problématiques très sérieuses. Il faut être attentifs." À bon entendeur.

"Mauvais pour la sérénité des débats"

Me Franck Discepoli, avocat de cinq prévenus estime "irresponsable et dangereux de la part du parquet de fixer en même temps deux dossiers aussi sensibles. On sait qu’il s’agissait de deux bandes rivales. Le parquet dit lui-même qu’il y a des rivalités. Le procureur du Roi a voulu agir dans la précipitation pour fixer ces deux dossiers mais cela suscite des tensions inutiles menant à une présence policière démesurée. Je pense qu’il y a une exagération dans la dangerosité de ces personnes. Le risque et la dangerosité proviennent de la volonté du parquet de mêler ces deux dossiers."

Un procès, deux affaires

L’audience a permis de fixer un premier calendrier des audiences, non sans quelques difficultés liées à la procédure en tant que telle. Il est certain que l’un des deux dossiers sera étudié du 6 au 9 novembre. Le ministère public réclame un seul et même procès pour les deux affaires. Ainsi, le premier dossier concerne le groupe des No Surrender, soit quelque treize prévenus dont six détenus. Ils doivent répondre de trafic d’armes, d’une tentative d’assassinat perpétrée à Wasmes et de participation à une organisation criminelle. Le second dossier regroupe seize prévenus et concerne le groupe desHell’s Angels. Ce volet remonte déjà à 2011-2012 et est relatif à un trafic d’armes, à des agressions, enlèvement, séquestration, torture et participation à une organisation criminelle. Le réquisitoire du ministère public d’une durée de quatre heures est attendu le 6 novembre.