Mons Maurice compte 66 carnavals, Arno va faire le Gille pour la première fois

Dans la chaleur d’un petit café de Binche, c’est le calme avant la tempête. Quelques jours encore et la cité des Remparts s’embrasera pour le carnaval. Nous avons profité de ce moment d’accalmie pour organiser la rencontre de deux Gilles apparemment très différents. Un Inca, Maurice Lemoine, qui compte officiellement 66 carnavals au compteur. Et un Incorruptible, Arno Di Franco, qui s’apprête à faire le Gille pour la première fois.

Fils de Binchois et habitant de la cité des Remparts, le jeune homme de 26 ans aurait pu faire le Gille depuis longtemps. Mais c’est seulement cette année qu’il a franchi le pas. "Je n’ai jamais manqué un carnaval de Binche, nous confie Arno. L’idée de faire le Gille me travaillait depuis longtemps, mais je reportais toujours ça à plus tard. L’année passée, je faisais le porteur d’oranges. Je me suis rendu compte que ce n’était pas ma place. Il fallait que je sois Gille."

Maurice, lui, a commencé à faire le Gille à 2 ans. Tellement petit que ses premiers carnavals ne peuvent pas être officiellement comptabilisés.

Si l’un traîne une solide expérience et l’autre s’apprête à faire le grand saut, tous deux partagent la même excitation à l’approche du grand jour. "Ça fait toujours quelque chose quand le carnaval approche, commente Maurice, la voie remplie d’émotion. Une foule de souvenirs me reviennent. Je repense à mes parents. Et il y a l’excitation. Il faut que tout soit prêt quand le tambour arrivera devant ma porte mardi matin."

Arno aussi se partage entre trac et effervescence. "Je suis impatient d’y être, mais je redoute un peu de ne pas faire quelque chose convenablement", confesse le novice. "Moi ça va", rétorque Maurice avec amusement. "Après 66 ans, je connais la musique. Ma hantise, c’est de ne pas récupérer entre le dimanche et le mardi. Toi, tu es plus jeune. Tu ne devrais pas avoir ce problème. Mais fais attention quand même !"

Car ça peut aller vite au carnaval. Arno a déjà pu en faire l’expérience, notamment pour sa première répétition en batterie qui tombait le soir de la Saint-Sylvestre cette année. Notre Inco a commencé fort. "Ça fait presque un an que je me prépare", confirme le jeune homme.

Une préparation qui porte ses fruits. Arno évite ainsi le gentil piège de Maurice. "Tu seras déguisé en quoi, dimanche ?", demande innocemment le vieil Inca. "Ah, ça, je ne peux pas le dire", répond aussitôt le jeune Inco. "C’est bien", conclut Maurice, satisfait d’avoir vu la jeune génération réussir son petit test. Avant de conclure avec un grand sourire : "Pour ma part, je serai déguisé en oiseau rare."