Mons Quelques mois plus tard, des enfants trouvaient son crâne dans un verger du chemin de Bethléem bordé par la Trouille

Ce mardi 3 juillet marquera le macabre 21e anniversaire de la disparition de Begonia Valencia, la dernière victime (connue) du tristement célèbre dépeceur de Mons. La cinquième et dernière victime avait disparu de son domicile, rue de Grande-Bretagne, à Frameries, le 3 juillet 1997.

Quelques mois plus tard, en novembre 1997, des enfants trouvaient son crâne dans un verger du chemin de Bethléem bordé par la Trouille, à Hyon. En avril 1998, des dents et des vertèbres cervicales appartenant à la même victime étaient découvertes sur le même terrain. Begonia Valencia était une mère de famille. Atteinte d’une maladie psychiatrique, elle avait connu plusieurs longs séjours à l’hôpital psychiatrique Le Chêne aux Haies.

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Depuis cette dernière victime, si les rebondissements ont marqué ce dossier initié le 22 mars 1997, l’enquête n’a pas véritablement avancé. "Mais le dossier n’est certainement pas aux oubliettes", rassure Dominique Francq, substitut du procureur du Roi, lequel s’était rendu sur les différents lieux des découvertes macabres.

Certes, la Cellule Corpus qui était composée de plusieurs enquêteurs n’existe plus. Mais le chef d’enquête, qui est sur le dossier depuis le début, reste sur le coup. "Des expertises sont toujours en cours. Depuis 1997, les techniques ont évolué. Nous espérons dès lors que, grâce aux nouvelles technologies, de nouveaux éléments pourront faire avancer l’enquête."

Une enquête qui a dramatiquement fasciné la population. Chaque année, des centaines de courriers parvenaient aux enquêteurs. Dans ces courriers, des dénonciations, des témoignages, mais aussi des versions particulièrement farfelues. "L’une d’entre elles accusait l’enquêteur en chef, puisqu’il était présent sur chaque lieu des découvertes macabres… Nous ne pouvons pas faire l’économie d’un devoir d’enquête. Bien que l’hypothèse n’était pas plausible, cela a évidemment été vérifié."

Quant au profil établi par un profiler, il reste toujours d’actualité, laissant évidemment bon nombre de questions sans réponse. Le délai de prescription repoussé à 30 ans, il reste néanmoins un peu moins de 9 ans aux autorités pour lever le voile sur l’une des affaires les plus mystérieuses que la Belgique ait connues.


Cinq victimes et des traits communs

Les analyses ont permis de découvrir que les parties corporelles humaines, démembrées à la scie post mortem, trouvées dans les sacs-poubelle, dont certaines étaient identifiées de "Knokke-Heist", appartenaient à cinq femmes, toutes des personnes seules, fragilisées et qui fréquentaient le milieu populaire du quartier de la gare de Mons, à la recherche du contact humain.

Le corps (bassin) de Carmelina Russo (45/42 ans), disparue depuis le 4 janvier 1996 de son domicile à Mons, fut découvert le 21 janvier 1996 dans l’Escaut, à Château-l’Abbaye dans le Nord de la France.

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Le buste de Martine Bohn (43 ans), fut découvert le 22 juillet 1996 dans les eaux de la Haine, au chemin de l’Inquiétude à Mons.

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Des restes humains dont le corps (bras et jambes) de Jacqueline Leclercq (33 ans), une mère de famille de 4 enfants, disparue depuis le 22 décembre 1996, furent découverts dans huit sacs-poubelle en contrebas de la rue Emile Vandervelde à Cuesmes par le policier à cheval Olivier Motte le 22 mars 1997 dans huit sacs-poubelle, qui contenaient d’autres restes humains, notamment un 3e pied. Un neuvième sac fut découvert le lendemain, 23 mars.

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Le buste de Nathalie Godart (21 ans), disparue le 16 mars 1997, fut découvert le 24 mars 1997 au chemin de l’Inquiétude à Mons. Selon le parquet, Nathalie Godart avait participé à une marche blanche quelques jours plus tôt. Elle avait été filmée parmi les participants. Le 12 avril, une riveraine avait découvert, à la rue du Dépôt à Havré, deux sacs contenant, entre autres, un morceau de jambe et une tête, celle de Nathalie Godart identifiée par sa propre mère sur base d’un portrait-robot.

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D’autres parties de son corps (cuisses, bras) étaient découvertes le 18 avril dans deux sacs à la rue de Saint-Symphorien à Havré (Poudrière) par un employé communal de Mons. Le crâne de Begonia Valencia (37 ans), disparue de son domicile à Frameries depuis juillet 1997, fut découvert par un enfant au chemin de Bethléem à Hyon le 18 octobre 1997.


Plusieurs suspects identifiés, en vain

Des centaines de pistes ont été exploitées par les enquêteurs du dossier du "dépeceur de Mons". Des suspects ont été identifiés, en vain, faute de preuves.

Léopold Bogaert, dit "Le Gitan", compagnon d’une des victimes, Nathalie Godart, était un marginal vivant dans un camp à Jemeppe-sur-Sambre au moment de la disparition de cette dernière. Il fut placé sous mandat d’arrêt en avril 1997 puis relâché, faute de preuve. La piste sera écartée, comme celle d’un suspect de faits similaires, originaire du Monténégro, qui aurait séjourné en Belgique dans la période des faits et qui fut arrêté à New York en 2007.

Une autre piste a également été écartée, celle d’un médecin ORL montois, accusé par son propre fils, via des lettres envoyées à la justice montoise en août 2009 et en janvier 2010, d’être le dépeceur de Mons. Aucune preuve n’a pu étayer les "impressions" de l’auteur des courriers.

Les enquêteurs se sont également tournés vers le SHAPE à Casteau, sur une hypothèse que le dépeceur aurait travaillé pour l’OTAN avant de rentrer dans son pays d’origine. La piste fut, comme les autres, fermée.


Le voisin de Begonia Valencia : "Elle était très renfermée"

FRAMERIES Guy Thouyaret, un riverain de la rue de Grande-Bretagne, se souvient très bien de juillet de cette année-là où l’une de ses voisines a mystérieusement disparu, sans laisser de traces. Et pour cause, depuis qu’il est âgé de 10 ans, il vit dans le quartier, à deux maisons de celle autrefois habitée par Begonia Valencia et son époux, Raymond.

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"Quand ils sont arrivés, ils ne connaissaient personne dans la rue", explique-t-il. "Un jour, je suis allé me présenter et par la suite, on s’est côtoyé. Nous étions même amis. J’avais surtout des contacts avec Raymond. Elle, elle était fort renfermée, elle restait dans son coin. Raymond rendait souvent service aux gens dans la rue. Si on avait besoin d’un coup de main, il le donnait volontiers."

C’est seulement près de quatre mois après sa disparition que des ossements étaient retrouvés dans un verger au chemin de Bethléem à Hyon. "Je me souviens encore du jour où la police est arrivée pour lui annoncer que c’était bien sa femme qui était dans le sac… La police a débarqué bien après la découverte du sac. À ce moment-là, il avait déjà sombré en dépression. Il était dévasté, un peu sur les nerfs aussi tellement il avait attendu longtemps pour savoir ce qui était arrivé à sa femme. C’était évidemment très difficile pour lui. Aujourd’hui, il est décédé."

L’identification des ossements n’a en effet été confirmée qu’au printemps 1998. Guy conserve encore un souvenir intact de la dernière fois qu’il a vu sa voisine. "Tous les jours en soirée, elle prenait le bus dans le bas de la rue, au niveau du pont. Un soir, elle m’a demandé de la monnaie pour prendre le bus et après, je ne l’ai plus jamais revue…." Selon ce voisin, tous les ans, quelqu’un vient encore déposer une gerbe de fleurs en dessous de ce pont.