Mons Voilà un mois que les Estinnois ont changé leurs habitudes en matière de poubelles

Les trottoirs ne sont plus les mêmes à Estinnes. Depuis un mois, la commune rurale fait l’objet d’une expérience-pilote menée par HYGEA. Estinnes a ainsi franchi le pas de la collecte sélective.

Les sacs blancs ont disparu de la circulation. Ils ont été remplacés par des sacs bruns pour les déchets résiduels, et des verts pour les déchets organiques. Les premiers sont ramassés toutes les deux semaines. La fréquence est hebdomadaire pour les seconds. Si les sacs bleus restent de mise pour les PMC, les papiers et les cartons sont dorénavant stockés dans un conteneur qui est vidé tous les mois.

Après un mois, des Estinnois nous livrent leurs premières impressions sur ce système qui, à terme, pourrait être généralisé aux autres communes de la zone HYGEA. "Je trouve que c’est beaucoup mieux", confie Émilie, mère de famille nombreuse. "Avant, pour stocker les papiers, je devais trouver des grands cartons dans les supermarchés. J’oubliais une fois sur deux quand je faisais mes courses. Si bien que souvent, je me retrouvais avec des tas de papiers que je ne savais plus où mettre. Avec le conteneur, c’est beaucoup plus pratique."

Un conteneur de 240 ou de 120 litres a été distribué à chaque ménage de l’entité. Il séduit bon nombre d’Estinnois. "C’est plus facile", indique ce jeune trentenaire. "Avant, les cartons étaient sortis à l’air libre. En cas de pluie ou de vent, ça devenait incommode."

Changement approuvé pour les cartons donc, mais pour le reste, certains sont plus sceptiques. "Pour les sacs verts destinés aux déchets organiques, je me pose des questions", explique René. "Je n’en vois pratiquement jamais dans ma rue. Si les gens font leur compost au lieu de remplir des sacs, c’est une bonne chose. Mais j’espère que cela se fera ressentir sur la taxe."

Dans le café de la place communale, le sujet délie les langues. "Le système est bien", tranche un habitué. "Pour autant qu’on dispose d’un jardin pour le compost et d’un garage pour entreposer son conteneur. Par contre, c’est dommage que les sacs bruns ne soient ramassés que toutes les deux semaines. On doit y mettre les langes par exemple. En été, ça risque de puer."

Stocker son conteneur à cartons. Pas facile quand on manque de place. Mais du côté d’HYGEA, on rappelle qu’il n’y a aucune obligation d’utiliser ce système. Celui qui n’a pas beaucoup de papiers peut aller les déposer lui-même au recyparc.

Autre option : un conteneur peut être partagé entre plusieurs ménages. Donc, si vous habitez un appartement et que votre voisine dispose d’un grand garage, vous savez ce qui vous reste à faire…


Une taxe pas forcément diminuée

L’objectif de la collecte sélective est de faire diminuer le volume de déchets. À première vue, le citoyen ordinaire peut espérer qu’en produisant moins de déchets, il verra sa taxe diminuer. Mais dans les faits, c’est un peu plus compliqué…

Écaussinnes a ainsi vu son volume de déchets diminuer drastiquement dès la première année de collecte sélective. Mais il fallait aussi amortir le coût du nouveau matériel employé pour les poubelles à puce, pesées avant l’enlèvement par des camions spéciaux. Si bien que la taxe n’a pas sensiblement diminué.

À Estinnes, point de poubelles à puce. Avec un matériel moins coûteux et un tri sélectif, les Estinnois peuvent-ils espérer voir leur taxe baisser ? Cela va dépendre de notre convention avec Ipalle , précise Pascal Hoyaux, président d’HYGEA. Nous n’avons pas d’incinérateur. Nous avons donc passé une convention avec Ipalle. Elle prévoit que nous leur fournissons un certain volume de déchets. Nous devons honorer cet engagement sous peine de pénalités. Faire fondre les poubelles ne ferait donc pas l’affaire des Estinnois ? Nous devrons sans doute renégocier la convention avec Ipalle. Plusieurs solutions sont possibles, comme compenser la perte avec des déchets venant du secteur privé.” Bref, les Estinnois qui font sagement leur compost peuvent se féliciter de faire un bon geste pour l’environnement. Pour ce qui est de leur portefeuille, cela reste incertain…


Aurore Tourneur, bourgmestre d’Estinnes : "Premier bilan positif"

© AVPRESS

"Nous essuyons les plâtres, mais pour le moment, ça se passe bien. Les retours sont très positifs pour les conteneurs à cartons. Pour les sacs bruns qui sont ramassés toutes les deux semaines, un problème se pose pour les langes. Une solution est sur le point d’aboutir avec HYGEA. C’est réglé du point de vue technique, mais il faut encore régler l’aspect financier. Nous avons aussi quelques problèmes dans le ramassage. Apparemment, c’est lié à des collecteurs qui remplacent les ouvriers habituels. Mais généralement, c’est réglé le jour même ou le lendemain. La préparation au nouveau système avait par ailleurs été bien menée, avec de bonnes séances d’information. Mes premières impressions sont donc positives."


Écaussinnes essuie les plâtres depuis trois ans

Si Estinnes et Merbes-le-Château viennent d’adopter un nouveau système de collecte de déchets, à Écaussinnes, le changement a été amorcé dès 2014.

Plusieurs communes de la zone HYGEA devaient prendre part à l’expérience. Finalement, la Cité de l’Amour s’est retrouvée seule sur le front expérimental. Le bourgmestre dresse un bilan général positif, mais pointe quelques couacs dans le ramassage. “C’est vrai que nous avons de légers soucis avec les sacs organiques”, pointe le bourgmestre Xavier Dupont. “Ces sacs sont petits et verts. Or, dans une commune rurale comme Écaussinnes où les espaces verts sont assez nombreux, les sacs organiques ne sont manifestement pas assez visibles pour les collecteurs.”

Ces sacs ont été introduits en octobre 2017. Avant cela, les Écaussinnois devaient stocker leurs déchets organiques dans des conteneurs. Mais ce système s’est révélé incommodant, surtout en été, lorsque les asticots et les mauvaises odeurs se sont manifestés. Depuis, les conteneurs ont été troqués contre des sacs. Mais le système n’est pas encore parfait. “Nous allons demander pour que les sacs soient dans une couleur plus visible”, poursuit Xavier Dupont. “Dans l’ensemble, le bilan de l’expérience est positif. Il a permis de diminuer considérablement le volume de déchets, ce qui est une bonne chose pour l’environnement. La taxe dépend aussi des frais fixes d’HYGEA. Elle n’a donc pas sensiblement diminué, mais elle est restée stable alors qu’elle a pu s’envoler sur d’autres communes. La diminution peut surtout se jouer sur la partie variable calculée par ménage. Ceux qui trient correctement leurs déchets peuvent s’y retrouver.”


Tout le monde va y passer

Écaussinnes fait l’objet d’une expérience-pilote depuis 2014. Dans la Cité de l’Amour, les déchets organiques sont stockés dans des sacs verts et les déchets résiduels sont entreposés dans des conteneurs à puce qui sont pesés avant l’enlèvement. À Estinnes, depuis un mois, ce sont des sacs verts et bruns, mais des conteneurs pour les cartons. À Frameries, les sacs P + MC sont testés pour collecter les plastiques rigides et souples.

Bref, HYGEA multiplie les expériences-pilote. Avant d’adopter un système pour toutes les communes. Mais quand ? “Nous sommes toujours en période de test”, confie Emilie Zimbili. “Une nouvelle expérience vient d’être lancée sur Estinnes et sur Merbes-le-Château. Or, pour bien évaluer ces expériences, il faut en mesurer les effets sur le long terme. En effet, en fonction des périodes de l’année, les habitudes des citoyens ne sont pas les mêmes en matière de déchets. Il faudra donc évaluer ce test dans un an.”

Si l’intercommunale peut donner l’impression de se perdre dans ses multiples expériences, son président, Pascal Hoyaux, avait au contraire déjà vanté dans nos colonnes le luxe d’avoir le choix. “C’est une demande des représentants communaux au conseil d’administration de tester divers scénarios avant d’adopter le système qui pourra tenir compte au mieux des spécificités de notre zone”, confirme Emilie Zimbili.

Sacs verts, blancs, mauves, bruns ou bleus ? Poubelle à puce ou sans puce ? HYGEA devra trancher. Le plan de Carlo Di Antonio prévoit un tri sélectif des déchets dans toute la Wallonie d’ici 2025. “Fin 2018, début 2019, nous évaluerons les nouvelles expériences avant de généraliser un nouveau système de collecte”, promet Pascal Hoyau.