Mons La chasse aux constructeurs automobiles fraudeurs a commencé avec les premiers tests de pollution.

À la suite du scandale Volkswagen, le ministre de l’Environnement, Carlo Di Antonio (CDH), avait annoncé, en octobre dernier, que des essais seraient menés afin de vérifier que les véhicules légers circulant sur les routes wallonnes sont conformes aux normes antipollution en Wallonie.

Depuis hier samedi, ces tests sont opérationnels au Centre de Technologies Avancées de l’Institut Saint-Luc à Mons.

Les révélations de l’Agence américaine de l’Environnement (EPA) sur le groupe automobile VW ont pu identifier la présence du logiciel truqué dans pas moins de 102.500 véhicules en Wallonie (331.000 véhicules en Belgique). Force est de constater que la suspicion sur les autres groupes automobiles ne fait que s’intensifier.

Sur un échantillon d’une centaine de véhicules, toutes marques confondues, des tests sont donc réalisés afin d’obtenir une estimation réelle des taux d’émission des véhicules et à évaluer le différentiel d’émissions du parc de voitures wallon avec les valeurs renseignées par les constructeurs. "Les marques annoncent des tests d’homologation qui sont effectués dans des conditions très favorables mais la voiture d’un particulier ne fonctionne pas du tout dans les conditions de circuit définies", explique François Idczak, attaché scientifique à l’ISSEP. "Il existe bien souvent un décalage entre les normes de pollution annoncées et les normes de pollution réelles. C’est cette différence que nous allons contrôler."

Concrètement, ces tests visent les véhicules de moins de cinq ans et de moins de 100.000 kilomètres.

Le véhicule se positionne sur un banc d’essai équipé d’un logiciel simulant un circuit automobile. 30 km qui sont réalisés dans des conditions réelles de roulage, sur autoroute et en milieu urbain. L’opération prend 18 minutes.

Si la phase de tests devrait s’étendre jusqu’à la fin du mois d’avril, la communication des résultats de l’échantillon pendra plusieurs mois. Les experts doivent notamment procéder aux dépouillements des données statistiques de chaque véhicule de chaque marque.

À n’en pas douter, la politique environnementale de chaque groupe automobile est passée à la loupe. Et si le logiciel truqué a été activé, il sera débusqué !


Le test pimentera la négociation avec VW

Les groupes automobiles disent-ils toute la vérité sur le logiciel fraudeur ?

Si les tests réalisés durant près de trois mois n’ont pas valeur juridique, ils permettront de fournir des indicateurs réels dans le dossier Volkswagen. Rappelons que le gouvernement wallon a récemment décidé de se déclarer personne lésée auprès du procureur du roi. Pour éviter l’attente, le gouvernement a décidé de recourir à une résolution à l’amiable avec le groupe VW dans le but d’obtenir réparation du dommage causé.

Le ministre de l’Environnement, Carlo Di Antonio (CDH), est conscient que ce test va alimenter le dossier VW tel un indicateur de résultats mais surtout un argument de négociations avec le groupe fraudeur. "A priori, c’est ce que nous disent VW et les autres constructeurs. Le logiciel de trucage ne toucherait pas au CO2. Cette pollution ne serait donc pas en cause. Auquel cas, le volet prime n’entre plus en ligne de cause. Ceci dit, sur le CO2, j’attends quand même de voir ce que nous allons constater comme différences", lance le ministre Di Antonio.

"C’est au niveau des particules fines, des oxydes d’azote qu’il y a de grandes différences. Il semblerait qu’il y ait un écart énorme entre les valeurs de certification et en circulation. La littérature énonce des valeurs de 3 à 40 fois plus élevées. Lors de ces tests, la fiche technique reçue au moment de l’homologation européenne du véhicule et l’état réel de la pollution émise sont comparés. Et nous avons la réglementation européenne qui établit la norme mais aussi les amendes en cas de fraude. Ces données nous permettront notamment de réellement chiffrer les amendes".

Du côté des groupes automobiles , l’opération menée par le ministre wallon n’est pas accueillie à bras ouverts et encore moins saluée. "Ils ne sont pas ravis mais la méthode est peu contestable. Nous avons pris nos précautions pour que ce test puisse nous donner des valeurs indicatives. Et pour ceux qui le contestent, ils peuvent toujours essayer de nous le démontrer. Le débat est ouvert".

Cette opération aura un impact sur les politiques futures. "Il n’est pas question de faire des cadeaux à des constructeurs qui ont des consommations trois fois supérieures à ce qu’ils prétendent. Des conclusions seront tirées de toute cette affaire en matière de primes et de politiques à mener pour la qualité de l’air", assure Carlo Di Antonio.


"Je suis prêt à acheter un véhicule électrique"

Nunzio Vigneri a fait tester son Alfa Romeo Giulietta à Mons.

Le scandale VW a fait l’effet d’une bombe parmi les consommateurs. De nombreux automobilistes se sont d’ailleurs déjà inscrits pour participer à l’étude.

Ce samedi, quatre véhicules étaient au programme dont celui de Nunzio Vigneri, de La Louvière.

Son Alfa Romeo Giulietta, qui ne devrait pas être concerné par la fraude, est passé sur le banc d’essai. "J’avais entendu qu’on pouvait s’inscrire via le site internet" , explique l’automobiliste plutôt confiant. "Elle a moins de cinq ans et 72.000 kilomètres, mon véhicule entrait donc dans les critères de sélection. Il doit avoir 123 gr de CO, je suis curieux de savoir s’il est, réellement, vert" .

Le véhicule est passé sur le banc d’essai pour effectuer, virtuellement, le circuit de 30 kilomètres. Si cette voiture ne devrait pas être concernée par la fraude, il n’empêche que ce consommateur pourrait prendre des dispositions si tel n’était pas le cas.

"Je suis fort sensible à l’environnement. Nous savons très bien que les véhicules sont responsables d’une grande partie de la pollution de l’air. Lorsque j’ai choisi cette voiture, j’ai prêté attention à la pollution qui s’en dégagerait. S’il s’avérait plus polluant que ce qui m’avait été assuré, je suis prêt à changer de marque et à changer de voiture. Je pourrais même envisager de passer à un véhicule électrique, plus respectueux de l’environnement".

la demande des consommateurs qui se sentent dupés voire trahis par l’affaire VW est forte. "Il y a parfois des gens qui pensent avoir fait des achats verts et qui se demandent, désormais, si c’est bien le cas. En globalisant les résultats, nous obtiendrons une cartographie et nous aurons une vision très claire de ce qui circule sur le réseau wallon, de ce que ça représente en terme de pollution", a précisé le ministre Carlo Di Antonio (CDH). "Nous en tiendrions aussi compte dans la fiscalité. Nous devons pouvoir aiguiller les consommateurs sur la réalité des émissions polluantes".

Les automobilistes qui se soumettront, volontairement, au banc d’essai connaîtront leurs résultats dans les prochains mois.