Mons

Yara insiste, ce nuage ne représentait aucun danger pour les riverains. Ceux-ci ne sont pas vraiment convaincus

C’était le principal sujet de discussion – pour ne pas dire le seul – des habitants de Saint-Ghislain ce jeudi soir et ce vendredi matin : aux alentours de 18h30 jeudi, un important nuage de fumée orange a survolé l’usine Yara, installée à Tertre. Il n’en fallait pas plus pour que l’inquiétude gagne certains riverains voisins qui se souciaient non seulement des potentiels risques pour leur santé mais aussi des conséquences d’un telle procédure sur l’environnement.

« Ces inquiétudes sont légitimes, nous pouvons les comprendre. Nous tentons de communiquer un maximum auprès des citoyens, notamment via un comité qui se rassemble tous les trois mois. Mais lorsque nous sommes dans une procédure d’urgence, il est difficile de faire passer l’information rapidement auprès de tout le monde », explique ce vendredi Patrice Bauvin, directeur du site saint-ghislainois.

En réalité, ce nuage est la conséquence d’une procédure d’arrêt d’urgence de l’atelier d’acide nitrique. « Dès que nous connaissons un problème au niveau d’une machine, une procédure d’arrêt brutale et rapide est nécessaire afin d’éviter d’endommager celle-ci. Il s’agit d’une procédure automatique, nous fermons l’admission de vapeurs des turbines vapeur et nous décomprimons l’atelier via la cheminée. »

Ce nuage orangé contenait de l’oxyde d’azote et ne représente donc pas de danger pour la population installée aux alentours. « Lorsque ces oxydes sont relâchées brutalement, elles sont très concentrées et donc très visibles. S’il y a du vent, ce nuage se disperse en quelques secondes seulement mais jeudi soir, il a stagné un peu plus longtemps. Il est vrai que la couleur orangée est assez impressionnante. »

En juillet dernier déjà, un nuage similaire avait pu être aperçu par les riverains. « C’est une procédure qui est déclenchée deux à trois fois par an. L’atelier est très fiable mais nous ne pouvons pas prendre de risque : dès que l’un des paramètres de la machine est problématique, le système est mis en sécurité. »

Et le directeur d’ajouter : « Ce n’est évidemment pas l’idéal pour l’environnement, nous en convenons. Mais nous tentons de limiter au maximum l’impact de notre activité. Nous avons réduit nos émissions grâce à la mise en place de pots catalytiques ou de nouveaux catalyseurs qui nous permettent de réduire de l’ordre de 95% nos rejets en comparaison avec les rejets d’il y a dix ans. Nous faisons beaucoup d’efforts sur le processus normal. » 

La société espère que d’ici quelques années, ces efforts pourront être transposés aux procédures d’urgence, même si elles restent heureusement exceptionnelles.

ECOLO réagit

Pour le groupe ECOLO, la transparence doit être faite sur l’incident de ce jeudi soir. « Les riverains du zoning industriel SEVEO Tertre-Hautrage-Villerot sont en droit de connaitre les circonstances exactes de l’accident chimique. Il est inacceptable qu’un nuage dangereux soit libéré sans aucun contrôle en aval de l’environnement », insiste Manu Disabato et Guy Leloux.

« Nous demandons que les éléments précis de cet accident soient accessibles pour la population et que toutes les mesures soient prises pour que cela ne se répète pas. La police de l’environnement doit pouvoir intervenir au sein même de l’usine pour savoir s’il s’agit d’une erreur humaine, de manipulation ou d’une défaillance technique. »

Et d’ajouter : « nous sommes préoccupés par la lenteur des dispositifs d’information de la population. Les plans d’urgence imposés par la directive SEVESO ont-ils bien fonctionnés ? Dans quels délais les autorités ont-elles été prévenues ? Quel a été le délai d’information des habitants ? Toutes ces questions méritent des réponses précises pour que la population sache ce qu’il s’est passé. »