Mons Parti enseigner, Benoît Kanabus se trouve au cœur de la bataille contre Daech

La rentrée académique était particulière pour Benoît Kanabus. Docteur en philosophie et maître en droit, ce Montois, ancien chercheur au FNRS, enseigne à l’Université catholique de Louvain. Mais en septembre, il débarquait en Irak. "Je m’étais porté volontaire pour aider à la fondation d’une nouvelle université, la Catholic University in Erbil", nous confie Benoît Kanabus.

Arrivé au pays des deux fleuves, notre Montois s’est rapidement trouvé plongé dans le bain. "Depuis les hublots de l’avion, des colonnes de fumée étaient visibles. Je n’étais pas encore en Irak, nous survolions Sirnark et Silopi, deux villes kurdes, sévèrement bombardées par l’armée turque. Puis, nous avons été bloqués durant deux heures sur le tarmac : l’armée française débarquait des canons Caesar en vue de la bataille de Mossoul. Au réveil, Apaches, Black Hawks et B-52 surlignaient continuellement l’horizon. C’était une bonne première impression", plaisante Benoît Kanabus.

Si l’universitaire était venu en Irak pour enseigner, la réalité du terrain l’a conduit vers des objectifs inattendus. "Sur place, j’ai rencontré presque immédiatement les hommes de la milice assyrienne chrétienne, les NPU; une milice intégrée à la coalition internationale dirigée contre Daech", poursuit le Montois de 34 ans. "Comme les événements que nous vivons aujourd’hui en Irak sont historiques, au sens fort du terme, j’ai décidé de les chroniquer, puis de préparer une éventuelle étude plus large en les suivant. Du côté de la Catholic University in Erbil, pour des raisons politiques et interconfessionnelles, on a peu goûté cet engagement extra-académique : j’ai été mis à la porte de la faculté et de mon logement de fonction. Dès lors, soit je rentrais, soit je restais pour la milice."

Benoît Kanabus nous envoie ces quelques mots depuis le front irakien. De fait, son choix était tout tranché. Le Montois avait non seulement l’opportunité d’être aux premières loges d’un grand conflit de l’Histoire. Mais il s’est aussi révélé utile pour ses nouveaux compagnons. "Un peu avant les batailles de Bilawat et de Qaraqosh, il s’est avéré que je pouvais fournir à la milice une aide très concrète pour ses relations avec les journalistes, singulièrement français, qui sont nombreux à s’intéresser au sort des chrétiens d’Orient. C’est le job que je fais actuellement pour eux en tant que volontaire."

Benoît Kanabus rejoindra sa terre natale dans quelques semaines. Pour mieux repartir ensuite ? "Pour des questions de poids des bagages ou plutôt parce qu’il faut une bonne excuse, je laisserai mon casque, mon gilet et mes bottes ici. Je prendrai un mois à Pâques pour venir les rechercher. Plus sérieusement, c’est impossible de quitter définitivement ceux qui sont devenus comme des frères pour moi."


“Après Alep, les Belges vont découvrir Moussoul”

De leurs voyages, certains rapportent platement des commentaires anodins sur la qualité de la nourriture ou les caprices de la météo. Mais ce sont de tout autres souvenirs que Benoît Kanabus pourra consigner dans ses notes.

Ainsi, lorsque nous l’interrogeons sur les événements les plus marquants de son expérience irakienne… “Être encerclé par Daech avec 18 soldats irakiens de la 9e division entre Bilawat et Qaraqosh”, se rappelle le Montois. “Les gars ont tenu la ligne pendant plus de quatre heures, avant que deux Black Hawks interviennent. Sans quoi c’était une balle ou l’égorgement.”

La mémoire auditive de l’enseignement a également été mise à contribution. Ses oreilles emporteront ainsi leurs propres souvenirs. “La déflagration que produisent les camions suicides bourrés d’explosif, le sol qui tremble quand l’aviation frappe, le bruit très agaçant des Kalach’, on s’y habitue hélas rapidement”, poursuit Benoît Kanabus.

L’enseignant devait contribuer à la fondation d’une université à Erbil. Mais le destin l’a écarté des livres et des bibliothèques pour le plonger au cœur de la bataille contre Daech. Une expérience qui marque et fascine à la fois celui qui a décidé d’être le témoin d’un des conflits les plus importants de notre époque. “Le sens tactique de Daech est stupéfiant. C’est une armée, au sens propre du terme, et une armée entraînée, réfléchie et commandée par des professionnels de la guerre. Les pertes sont effrayantes, et cette guerre impitoyable loin d’être finie. Après Alep, les Belges vont découvrir Mossoul.”