Mons

"En 2015, je suis sans toit. Et toi?" rappelle qu'il y a des SDF dans la capitale européenne de la culture.

Les Montois retiennent leur souffle alors que leur ville s'apprête à être sacrée capitale européenne de la culture. Le projet, pensé depuis près de quinze ans, est sur le point de se concrétiser. Et pour faire monter l'excitation dans les chaumières, la Ville de Mons ne lésine pas sur les campagnes de communication.

La dernière en date, « En 2015, je suis Montois. Et toi ? » met en scène des personnages issus des quatre coins du monde qui déclarent leur flamme à la Cité du Doudou. Elle annonce aussi la couleur : cette année, Mons entend être the place to be pour ses citoyens et de nombreux visiteurs. « Ils seront là en 2015. Ils seront là pour près de 350 événements, pour une fête d’ouverture époustouflante, pour une année qui les marquera pour toujours », promet la Fondation Mons 2015.

Mais alors que le coup d'envoi sera donné dans trois jours, une campagne d'un tout autre type vient jeter une ombre au tableau idyllique. Aux visages rayonnants de la communication officielle, elle répond par des portraits de SDF montois, la tête enfouie au creux des mains. Le slogan détourne celui du teasing de la Fondation : « En 2015, je suis sans toit. Et toi ? ».

À l'origine de cette note discordante dans l'euphorique chorale montoise, quelques citoyens visiblement pas aveuglés par les paillettes. On y retrouve John Joos, conseiller de l'opposition, Romane Ben Naji, fondatrice de Solidarité SDF-Mons, la photographe Alex Vega Lynn et le vidéaste amateur Nabil Marmich à qui l'on doit notamment la contestation très spartiate des taxes sur le parking.

« Mons 2015 propose une grande fête pour une culture très élitiste qui ne s'attarde pas sur certains problèmes bien réels », explique John Joos. « Nous ne sommes pas dans une attitude de rejet. Nous ne sommes pas opposés à la fête évidemment. Mais nous voulions apporter un autre aspect de la culture qui manque selon nous à Mons 2015 ».

À travers ces photos, ces quelques Montois entendent donc apporter un peu de relief à une image jugée trop lisse. « Nous voulons mettre en avant la culture populaire. Celle qui traite de problèmes de société. La critique fait partie de la culture », poursuit John Joos. Et le projet ne compte pas s'arrêter là. « Il y a tout un groupe d'artistes montois qui n'ont pas été associés à Mons 2015 et qui ont des choses à dire. La première étape du projet porte sur les sans-abris. La prochaine traitera des exclus du chômage. Nous avions aussi prévu de faire quelque chose sur le Passenger, mais nous n'avons pas eu le temps de réagir, la sculpture ayant été démontée plus tôt que prévu. »

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