Namur-Luxembourg Différentes substances étaient données au bétail sans l’avis d’un vétérinaire, complice

Plusieurs heures ont été consacrées ce jeudi au tribunal correctionnel de Dinant à un dossier peu banal. Un vétérinaire et treize agriculteurs originaires de différentes régions namuroises et luxembourgeoises sont poursuivis pour diverses préventions liées à l’exercice illégal de la médecine vétérinaire.

Ces derniers auraient détenu et administré des médicaments à leur bétail sans autorisation : substances anesthésiques, hormonales et autres produits stimulateurs de production. Quatre d’entre eux auraient procédé à des césariennes, sans que leur vétérinaire ne soit présent. "N’importe qui a administré n’importe quoi avec, en vedette, un vétérinaire", commente l’avocat du conseil supérieur de l’ordre des médecins vétérinaires. Ce vétérinaire, originaire de la région de Bièvre, est ce qu’on appelle dans le milieu un "vétérinaire d’autoroute". Il vend des médicaments à grande échelle à des propriétaires d’animaux sans établir les diagnostics requis.

Pour faire croire que les délivrances étaient faites dans la légalité, il rédigeait des faux DAF (document d’administration et de fourniture) qu’il donnait ensuite aux éleveurs. A priori, aux 13 poursuivis. Parmi eux, quatre seulement étaient présents ce jeudi à l’audience. Ils ont tous contesté les préventions. "Mais les enquêteurs, qui ont tracé son véhicule, ont tout comparé. Ses déplacements ne correspondent pas aux DAF et autres factures. Il y a une impossibilité matérielle en termes de temps donc, oui, ces éleveurs ont joué au vétérinaire", poursuit l’avocate de l’Union professionnelle des vétérinaires.

Ces pratiques, si elles sont avérées, posent en effet question en matière de santé publique. "Les médicaments les plus interdits et les plus dangereux étaient administrés… Si on zappe le contrôle vétérinaire de la sorte, alors on retrouve tout et n’importe quoi dans nos assiettes. C’est assez interpellant pour les consommateurs de viande et de lait que nous sommes." Et de bien-être animal. "Les césariennes étaient parfois réalisées alors que de l’anesthésie était mal faite, comme avec de l’éther par exemple. La césarienne est une opération lourde. C’est choquant."

Le parquet de Namur demande une peine de prison à l’attention du "vétérinaire d’autoroute" et des amendes à l’encontre des fermiers.

S.M