Namur-Luxembourg

L'ex EOP devenu TEFF se déroule à Namur jusqu'à dimanche inclus

The Extraordinary Film festival est une manifestation internationale unique en Belgique propose au grand public une sélection éblouissante de 42 films inédits en provenance de 18 pays, autour de la personne en situation de handicap. Au programme de cet événement bisannuel : des courts et longs métrages, fictions ou documentaires, affichant justesse de ton et grande créativité, humour et émotion, mais également des animations, des débats et des invités prestigieux. En voici une sélection à découvrir au palais des congrès de Namur.

> Life animated (ce vendredi 20h), film nominé aux Oscars en 2016. Ce documentaire est en tout point exceptionnel dans sa forme et par son récit. A 3 ans, Owen Suskind glisse brutalement dans le silence. Il est diagnostiqué autiste. Petit à petit, à travers les dessins animé Disney, il arrive à sortir de son mutisme et à comprendre le monde qui l’entoure. Ce film nous invite à voyager entre le bouleversant témoignage d’Owen et de ses parents, des images d’archives familiales, des animations reconstituant le passé et les images des dessins animés de Disney. Séance en présence du réalisateur, parrainée par Inforautisme et suivie d’un débat en présence de Josef Schovanec, autiste asperger, est auteur des best-sellers Je suis à l’est, Eloge du voyage à l’usage des autistes et de ceux qui ne le sont pas assez, Voyage en Autistan, par ailleurs chroniqueur sur La Première Europe 1.

> Le retour Geneviève Clay Smith avec une retrospective de ses 5 courts-métrages (ce vendredi à 17h15). La réalisatrice autralienne, élue jeune femme de l’année en Australie en 2016, est l’invitée d’honneur de cette édition. Son film The interviewer (un entretien d’embauche réalisé par un trisomique) a décroché le grand prix RTBF 2013 du festival, suite à quoi il fut acheté par Arte puis largement diffusé sur les réseaux sociaux. En 2015, son court-métrage suivant (Workmate) a une fois de plus reçu le grand prix RTBF du festival. Cette année, elle nous revient avec un nouveau court délicieux : "Kill off". Sa particularité est de réaliser tous ses courts-métrages en y impliquant des personnes porteuses de handicap mental à tous les stades de réalisation: du scénario à l’interprétation, mais aussi à tous les postes techniques (son, image, accessoires, clap etc., supervisés par des professionnels)… pour un résultat d’un professionnalisme à couper le souffle.

> La vie affective et sexuelle avec Yes we fuck ! (ce samedi 21h15). Une fois encore, le thème de la vie affective et sexuelle des personnes handicapées occupera une place importante dans le Festival à l’occasion de deux séances : un documentaire canadien (Rencontres particulières, samedi à 19h) et un documentaire espagnol (Yes we fuck !) explosif et polémique qui ose aborder le droit des personnes en situation de handicap aux fantasmes et à leur réalisation. Ce film, comportant de nombreuses scènes explicites susceptibles de heurter des âmes pudiques et sensibles, sera interdit aux moins de 18 ans. Des débats assurément animés suivront ces projections.

> Des concerts dont celui de Lou B (dimanche, 17h40) aka Lou Boland, jeune musicien qui avait ému lors de deux soirées Cap 48, notamment avec sa reprise du Formidable de Stromae.

L'enjeu du Extraordinary Film festival est notamment éducatif. Bien souvent les handicaps sont inéluctables, et engendrent soit le découragement, soit une volonté de fer, et inévitablement une reconsidération du sens même de la vie. Cela crée des personnages souvent incroyables, mus par une force de vie singulière (Steve Hawkins, Philippe Croizon, Jamel Debbouze, Ray Charles, Philippe Pozzo Di Borgo (l’intouchable), et bien d’autres connus ou inconnus…), qui ont suscité de nombreuses fictions et documentaires tels que ceux proposés lors du festival. De telles expériences ne peuvent qu’apporter courage et relativisme face à nos soucis quotidiens. A ce propos, et dès la première édition du festival, les réactions du public furent un énorme succès : le parcours de ces personnages fictifs ou réels sont tels qu’à la sortie des séances, les spectateurs ont un regard apaisé, souvent souriant. Des échanges incroyables se produisent entre tous, telle une tour de Babel. Enfin, notons qu’à l’image de la société, il y a des mondes et non un seul monde du handicap : les chaisards, les sourds, les aveugles etc. Ce festival permet là aussi des rencontres riches, chacun partageant sa réalité et découvrant celle d’autres handicaps.

La totalité du programme et des informations se trouvent sur https://teff.be/en/home/