Namur-Luxembourg Parti de rien mais auteur d'une carrière de chanteur dont il est fier, Jean-Lou (Jean-Louis Lamberty, qui vit à Verviers mais revient très souvent dans son village natal d'Ennal, dans la commune de Vielsalm) nous explique son parcours. Un chemin parsemé de moments de joie mais aussi de déception dans un milieu où il n'est pas facile de percer. Rencontre avec cet ex-gardien de prison hors du commun et qui n'a pas sa langue en poche .


Jean-Louis, d'où vous est venue l'idée de chanter?

"Cela est venu très jeune. Dès l'âge de 5 ans, je chantais la chanson "Aline" qu'on entendait beaucoup à l'époque en jouant avec mes amis. Vers 8-9 ans, un groupe de musique s'est formé dans mon village d'enfance d'Ennal. J'allais les écouter répéter et m'amusais à jouer de mon côté avec une batterie que j'avais conçue avec mes moyens. Le groupe s'est ensuite agrandi à 5 personnes mais cela restait familial. La mère de famille voyait d'ailleurs d'un mauvais œil que je puisse intégrer leur groupe. Le 24 août 1976, pour mon anniversaire, René Résimont, le père de famille et patron de l'orchestre, m'avait proposé d'aller dans un bal dans la région, à Cierreux, où le groupe animait. Je m'en souviendrai toute ma vie. C'était mon premier bal et cette fois-là, je les ai aidés à la fin de la soirée pour ranger les câbles. Le jour de Noël de la même année, la personne qui faisait le jeu de lumière et qui buvait beaucoup [rires] ne s'est pas présentée. Du coup, je l'ai remplacée et j'ai même pris sa place définitivement au sein du groupe. Je gagnais alors 1.000 francs pour le jeu de lumière, assez énorme pour l'époque. En 78, Jeanine et Pierrot, deux membres du groupe, ne pouvaient pas chanter parce qu'ils étaient malades. Comme je connaissais les chansons par cœur, c'est moi qui ai pris le micro et j'ai assuré le show toute la soirée devant 1.500 personnes. C'est donc là que tout a vraiment démarré pour moi"


S'en sont suivis plusieurs albums...

"Pas si vite. En fait, le point de départ comme compositeur, je le dois à une fille de mon village. Elle était fille-mère, ce qui était très mal vu à l'époque. Moi de mon côté je chômais donc on passait du temps ensemble. Une fois, chez moi, j'ai décidé de lui faire écouter ma première vraie composition "Bonsoir petite fille". Elle a tout de suite accroché et m'a dit qu'il fallait faire quelque chose avec cette chanson. Cette fille avait des contacts incroyables et grâce à elle, j'ai pu aller enregistrer dans un studio avec des musiciens. Je leur ai chanté ma chanson et ils m'ont fait un bel enregistrement. Un mois plus tard, toujours grâce à mon amie, on s'est retrouvé à Bruxelles dans un dancing assez hot pour rencontrer Mr Lambert, patron des ordinateurs de Belgique à l'époque. Lui m'a mis en contact avec Jean-Marie Troisfontaine, musicien d'Adamo mais aussi Frédéric François. Celui-ci m'a demandé 85.000 francs et il s'occupait de tout: pressage et mise à disposition de 1.000 disques. Après 2 heures de cours de diction, il m'a fait rechanter également car j'avais un sacré accent... Finalement, "Bonsoir petite fille" s'est vendu à 10.000 exemplaires tout support confondu. A cette époque-là, un libraire de Verviers m'avait même dit qu'il vendait plus ma chanson que du Pierre Rapsat."


Un départ rêvé pour vous alors?

"Pas vraiment. Le problème que j'ai eu, c'est que les gens attendaient de moi la même chose pour ma deuxième chanson. Or "Bonsoir petite fille" était un peu unique car c'est une des seules chansons de mon répertoire à être à 100% autobiographique. Et c'était une chanson à l'eau-de-rose, donc elle passait bien. Ma deuxième composition, "Enlèvement", parlait d'un thème tout autre. A cette époque, il y avait beaucoup d'enfants enlevés et c'était un sujet grave. Je me faisais un peu justicier dans cette chanson. Mais elle a moins bien marché avec 2.000 exemplaires vendus. En fait, il me manquait deux choses à l'époque: de l'argent et un producteur qui me fasse confiance et me lance. J'ai eu deux ou trois contacts mais ils me réclamaient déjà de l'argent avant même qu'on ne commence. Je n'ai jamais voulu prendre de risque, déjà que je ne roulais pas sur l'or."


Vous avez néanmoins toujours continué...

"Oui. Mon travail à la prison et mes prestations en tant que disc jockey m'ont permis d'avoir les moyens de sortir plusieurs chansons et albums. Si les firmes de disque n'ont hélas jamais répondu à mes appels, j'estime m'en être finalement bien sorti. Sans être vedette, je me fiche d'ailleurs de ce terme, je vivais et je vis très bien."


"J'ai été déçu par les organisations style Cap 48 et Télévie"

Vous êtes quand même passé à la télévision, non?

"Oui, mais à ce niveau-là aussi cela reste des regrets. Avec ma chanson "Pas comme les autres" (consacrée aux personnes handicapées), j'ai gagné en 1991 la série du Concours "Tête d'affiche" sur la RTBF et j'ai fini 7e de la grande finale, remportée à l'époque par l'humoriste Eliott. Ce n'était pas mal du tout mais quand j'ai voulu la proposer à Cap 48 (anciennement Opération de solidarité 48.81.00), ils n'en ont pas voulu. J'ai d'ailleurs été très déçu par les organisations comme Cap 48 et le Télévie. Je parle ici par rapport à la place qu'elles accordent aux chanteurs. Des Axelle Red et Adamo ne reçoivent peut-être rien en allant prester lors de ces émissions mais ça leur fait un coup de pub énorme. Je me souviens d'ailleurs d'une année où la RTBF m'avait contacté et promis un passage télé dans le cadre de l'opération 48.81.00. Je me suis rendu jusqu'à Charleroi. Cette année-là, sur le plateau, Annie Cordie, Dave et Tonic avec son tube de l'été "Dancing in the Moonlight" avaient été mis à l'avant plan. Et comme l'émission avait pris du retard, d'autres "petits" chanteurs et moi-même ne sommes pas passés. Je vois encore ce chanteur style sicilien qui avait très mal réagi et voulait tout retourner avec sa bande. Depuis lors, j'ai été moi aussi dégoûté."


Où allez-vous chercher l'inspiration pour vos chansons?

"En fait, j'ai commencé à chanter dans une période de merde pour moi. J'avais été licencié du chemin de fer, je me retrouvais sans boulot, j'étais avec une femme qui avait déjà 4 enfants. Et je dirais que mes plus belles chansons, je les ai composées à ma mauvaise période. La situation joue fortement. Je n'avais pas d'argent à l'époque. Et sans argent, tu ne sais rien faire. J'avais dès lors plus d'idées pour composer.
Après, chacune de mes chansons a son histoire. Pour "Bébé s'endort", par exemple, je n'ai eu besoin que de 30 minutes pour la composer. J'ai pris mon gamin qui était dans un landau, je l'ai mis sur la table, j'ai pris ma guitare et j'ai joué.

J'ai aussi composé "Derrière les murs" qui est liée à mon expérience de l'univers carcéral ou "Enfant battu", qui fait quelque part un peu référence à mon enfance difficile mais aussi à tous ces enfants battus autour de moi. Bref, chaque chanson est le fruit de choses qui m'ont marqué.


Vous avez maintenant votre propre chaîne YouTube. Indispensable?

"Oui, c'est un investissement nécessaire car c'est plus rentable que le CD. Depuis que je suis sur YouTube, avec ma quarantaine de vidéos, j'ai une vente de plus ou moins 800 CD. Cela représente un coup mais j'ai eu des bons contacts qui m'ont bien aidé pour ne pas devoir trop dépenser. Si je commence à vouloir tourner en extérieur, il faut investir dans des rails etc. Un montage professionnel pour un clip de 3 minutes, tu n'es pas en-dessous de 1.500 - 2.000 euros! Dans mon cas, tous mes clips sont tournés en intérieur avec le même fond derrière.Cela représente un coût moindre, environ 400 euros. Il m'arrive aussi de demander à un cameraman de venir filmer un de mes concerts et comme ça je peux mettre telle ou telle chanson de mon live sur Youtube sans devoir tourner de clip."


"Aujourd'hui, il faut choquer pour faire le buzz"


Deux de vos chansons, lorsqu'elles ont été diffusées sur YouTube, ont fait polémique...

"En effet, j'ai reçu beaucoup de mauvaises réactions pour "Violée" et "Dealers dehors". "Violée" traite d'un sordide fait divers qui a eu lieu dans ma région. Une jeune fille avait été violée et tuée par deux individus très recherchés à l'époque. Les gens - tout comme moi - étaient tellement en colère qu'ils auraient fait justice. On m'a traité de "pédophile" dans la moitié des commentaires sur YouTube. Je ne comprends vraiment pas, ce n'est pas ça du tout. Le problème, c'est que les gens maintenant, ils n'écoutent même pas les paroles. Heureusement, d'autres personnes ont pris soin de bien écouter et me défendent. En ce qui concerne "Dealers dehors", ce fut exactement la même chose, des gens n'ont rien compris. Mais là j'ai eu vraiment peur car j'ai reçu de nombreuses menaces. C'est un sujet sensible.

Ce qui est fou par contre, c'est qu'aujourd'hui il faut choquer pour faire le buzz. Ce fut le cas pour ces deux chansons. J'ai aussi le cas d'"Enfant battu": La vidéo marchait bien sur YouTube, mais sans plus. Lorsqu'on a décidé de faire un montage avec des images d'enfants battus dans le clip, les chiffres ont explosé. 3.000 vues en 2 jours parce que je choquais. C'est ça le monde d'aujourd'hui."


Que pensez-vous du statut d'artiste aujourd'hui?

"Il a évolué mais pas de la bonne façon. Il faudrait mieux distinguer l'auteur-compositeur et celui qui ne fait que reprendre des chansons déjà existantes. On ne donne pas assez de moyens aux auteurs-compositeurs. Dans mon cas, avant, je ne reprenais pas de chansons des autres. Mais j'ai changé parce que j'ai remarqué que les albums se vendaient mieux si les gens voyaient sur la couverture des titres de grands chanteurs qu'ils connaissaient déjà. Puis quand on voit le nombre d'artistes en Belgique et ce qui en sort, c'est fou. Je serais incapable de citer une vedette pour le moment en Belgique alors qu'il y a des milliers d'artistes. C'est la preuve qu'il y a un problème. Et l'argent joue un rôle majeur. Je vais prendre un exemple que j'ai connu avec une radio dont je ne citerai pas le nom. Les responsables me demandaient 2.000 euros pour passer une de mes chansons 3 fois par jour pendant une semaine. Mais ils ne me disaient pas à quelle heure ils allaient me diffuser... Si c'est la nuit, où il n'y a pas d'audience, c'est foutu."



Comment voyez-vous la suite de votre carrière?

"Très bien car je suis pensionné [rires]. Je peux donc plus facilement m'adonner à cela. Mes enfants sont grands donc j'ai plus de temps pour répéter également. Or pour faire de la musique, une chose est capitale: tu as besoin de liberté. Et c'est ma plus grande fierté aujourd'hui: être parvenu à un stade où je peux moi-même créer ce que j'ai envie, sans toujours dépendre des arrangeurs. Quand je sors une chanson, je peux la composer de A à Z. Je fais également partie d'un groupe baptisé Jambalaya et avec lequel j'espère décrocher prochainement quelques concerts ou festivals."


Plus d'infos:

---> L'actualité de Jean-Louis Lamberty sur Facebook

---> Le groupe Jambalaya se produira à Montleban le 21 janvier à la salle "Au Grand Courty" à partir de 15 hrs.