Namur Quand la justice tourne en rond par manque de moyens simples.

On a vécu, jeudi matin au tribunal correctionnel de Namur, un épisode judiciaire heureusement rare dans la capitale de la Wallonie, mais qui illustre parfaitement à quel point l’institution judiciaire, pourtant indispensable dans un état de droit, peut se retrouver paralysée par un simple manque de moyens, découlant d’une des nombreuses restrictions budgétaires dans lesquelles se sont spécialisés les derniers ministres de la Justice.

On devait y plaider une affaire plutôt lourde pour un tribunal correctionnel : un tiger-kidnapping commis par une bande de multirécidivistes. Deux d’entre eux sont incarcérés à la prison de Marche, un troisième à Huy et le quatrième, un Bruxellois, à Saint-Gilles.

Il y avait là des ténors du barreau et une dizaine de policiers venus encadrer les malfrats, mais force a été à la présidente Marie-Cécile Matagne de constater l’absence d’un des principaux prévenus, celui qui aurait dû être extrait de sa prison de Saint-Gilles pour être conduit à Namur. Il n’y avait tout simplement pas assez d’effectifs de police pour l’amener dans un fourgon cellulaire. D’après son avocate, c’est déjà la troisième fois en un mois qu’un incident semblable se produit avec l’établissement pénitentiaire de la capitale.

Une matinée perdue pour tout le monde

Tout ce beau monde a donc pu rentrer chez lui après une demi-heure d’attente et… vingt-cinq minutes pour trouver une date, et même deux car les plaidoiries s’annoncent longues, qui conviennent à toutes les parties.

Bilan : une matinée perdue pour tout le monde, y compris pour les justiciables qui auraient dû au départ être entendus ce 17 mai et dont la comparution a été reportée. Et le même sort attend ceux dont l’audience était fixée aux deux dates désormais privilégiées pour traiter cette lourde affaire qui pourrait valoir 20 ans de prison aux principaux intéressés.

La présidente a suggéré à l’avocate du prévenu défaillant qu’on transfère son client la veille à la prison de Namur. Du simple bon sens sans doute, mais aura-t-on les moyens budgétaires d’y parvenir ? Ce genre de situation est hélas devenue tellement fréquente à Bruxelles qu’elle finit par être considérée comme normale. Et c’est bien là le problème.