Namur Le comité de quartier de la Corbeille n’en peut plus et tire la sonnette d’alarme six mois avant les élections

Ce n’est pas le premier coup de gueule de Namurbanité, le comité de quartier de la Corbeille qui s’est constitué en 2012 "pour maintenir le fragile équilibre de la vie en ville". Aujourd’hui, quatre de ses porte-parole exposent la situation, catastrophique pour les habitants. "On donne l’image de Namur dynamique. En fait, c’est le contraire : Namur se vide de ses vrais habitants. Il faut redresser la barre avant qu’il ne reste plus que les koteurs et les populations les plus précarisées", résume Louise Bauchau.

Le collectif a beau alerter le bourgmestre et les échevins depuis six ans, la situation a empiré. "Nous avons eu des réunions avec Maxime Prévot, Anne Barzin, Patricia Grandchamps, plusieurs avec Luc Gennart. Nous avons exposé les problèmes, avancé des pistes de solution, rien n’a bougé à l’exception d’une attention portée sur les nuisances sonores des gros événements organisés à la Citadelle et au Grognon", explique Bertrand Tavier.

"On tirait déjà la sonnette d’alarme en 2012, mais, aujourd’hui, je me dis que ça allait encore. En 2018, le centre-ville est bien pire", se désole Marie-France Depommier.

Plusieurs facteurs contribuent à la baisse de la qualité de vie des habitants du centre-ville de Namur, la sécurité au sommet de la liste. "À autoriser systématiquement des chevalets et des terrasses à tous les bars et restos au détriment d’un passage suffisant, on met aussi en péril nos vies. Que fait une ambulance qui doit intervenir dans le piétonnier alors que la rue de la Halle et la rue des Frippiers sont remplies de terrasses ? On perd des minutes cruciales pour l’intervention des secours. Je ne comprends pas cet impérialisme de l’horeca sur l’espace public alors que cela ne rapporte pas grand-chose à la ville, en matière de taxes", assène cette habitante de la rue des Brasseurs, "privatisée les vendredis et samedis soir dès les beaux jours pour l’horeca".

Ils proposent un moratoire sur les nouvelles terrasses et la limitation de leur surface. Ils dénoncent aussi l’absence d’agents sanctionnateurs en soirée quand des infractions sont commises ..

Outre la sécurité de tous, le bruit suscite énormément de doléances . "Tout le monde a le droit de dormir, sauf les habitants de la Corbeille, semble-t-il. Depuis quelques années, chaque bar s’octroie un DJ, ouvre ses fenêtres pour diffuser la musique en terrasse, met des baffles dehors. Un ou deux ont osé, la police ne réagit pas quand on l’appelle, et c’est la surenchère, au détriment du sommeil des riverains" , déplore Bertrand Tavier . "C’est contraire à la déclaration de politique communale pour 2012-2018", assène Marie-France Depommier.


Insécurité: Namur devient Chicago!

"On ramasse les pavés déchaussés pour ne pas les retrouver dans nos fenêtres"

On pourrait croire le propos exagéré lorsque les habitants du centre-ville évoquent l’insécurité et se plaignent de ne pas voir de policiers. Et pourtant, des exemples récents de cambriolages, agressions, actes de vandalisme, ils en ont à foison, les porte-parole du collectif… Florilège.

Tentative de viol. "Le mois dernier, ma locataire rentrait chez elle rue Saint-Jean lorsqu’un violeur l’a attaquée. Elle a résisté, mais il a eu le dessus. Un jeune homme a été témoin de la scène et a appelé la police. Elle est à deux pas, mais aucune équipe d’intervention n’était disponible. Il lui a alors porté secours, a immobilisé l’agresseur pendant une dizaine de minutes, mais il a fini par lui échapper. L’auteur des faits court toujours. Le pire, c’est que j’ai entendu crier, mais comme il y a des bagarres tous les jeudis, vendredis et samedis dans les cafés de la place, je n’ai pas bronché. Je ne me suis pas rendu compte", raconte Nancy Lurquin, pharmacienne sur la place du Vieux.

Cambriolages en série. "Dernièrement, les cambriolages n’arrêtent pas dans le quartier de la Cathédrale. Nous avons fait mettre des volets, certains voisins ont fait placer une grille, ce qui ne les empêche pas de s’être fait fracturer une fenêtre et voler un samedi après-midi !" relate Bertrand Tavier, organisateur de pèlerinages rue Saintraint. "Mes parents aussi ont eu plusieurs tentatives de cambriolage rue de l’Évêché, en soirée. Il y a quelques années, on ne fermait même pas sa porte à clé", renchérit Louise Bauchau, de la boutique Biana & Luisa.

Agressions sur personnes âgées. "Un membre du comité de quartier n’ose plus sortir de chez elle. Elle habite rue Basse Marcelle. Un jour qu’elle avait pris le taxi pour rentrer, comme celui-ci ne peut pas passer les bornes et doit décharger place Saint-Aubain, elle s’est fait agresser sur les quelques dizaines de mètres qu’elle parcourait pour rentrer chez elle. J’avoue que, moi aussi, lorsque je dois faire quelques rues après 18 h, je n’ose plus faire le chemin à pied : mon mari me conduit en voiture. On n’est plus en sécurité", regrette Marie-France Depommier.

Actes de vandalisme. "La semaine dernière, trois vitrines ont été vandalisées la même nuit : le salon de coiffure Biguine, Les Bijoux de Sophie et une autre rue de l’Inquiétude", relate Louise Bauchau. "On s’empresse de ramasser les pavés déchaussés pour ne pas les retrouver dans les fenêtres. Après, on les rend aux ouvriers de la ville", ajoute Bertrand Tavier.