Namur Aujourd’hui leader de Défi à Namur, Piere-Yves Dupuis répond aux critiques sur son opposition en tant que conseiller indépendant.

Au conseil communal, on entend davantage Pierre-Yves Dupuis maintenant que l’on sait qu’il mène la liste Défi que pendant ses années de conseiller indépendant. Mais le médecin généraliste de Salzinnes se défend d’avoir ménagé la majorité pour conserver sa sympathie tant qu’il était dans l’incertitude. "L’agressivité, ce n’est pas dans mon style. Lorsque j’étais plus rentre-dedans, dans le groupe PS, c’est parce que l’on me demandait de le faire. Il fallait absolument une opposition féroce. Moi, je préfère une opposition constructive."

Y a-t-il d’autres contraintes du groupe socialiste qui ne vous manquent pas ?

"Disons que, depuis que je l’ai quitté, plus personne ne m’empêche de demander, chaque année, que la commune ne rétribue pas les partis pour leurs conseillers. Au PS, je voulais déjà le demander au conseil, mais on m’a répondu que le parti avait besoin de cet argent. Moi, je trouve que les partis sont déjà riches - Défi un peu moins que les autres - car ils reçoivent de l’argent de tous les niveaux de pouvoir. À un moment, le conseil a diminué légèrement une année, mais il faudrait la supprimer tout simplement."

Ce caractère rond suffit-il à expliquer autant de votes d’abstention ?

"J’estime que cela ne sert à rien de s’opposer aux mesures de la majorité si l’on n’a rien de mieux à proposer. Et en même temps, pour les grands projets structurants comme le téléphérique ou le centre commercial, j’attends que l’on me prouve leur bénéfice."

Difficile de savoir avant leur mise en place, non ?

"Dans ce cas, puisqu’il s’agit de transformer Namur pendant les cinquante années à venir et d’endetter les Namurois pour les trente prochaines années, autant organiser une consultation populaire pour leur demander ce qu’ils souhaitent. En toute humilité, Jean-Louis Close avait retiré le projet Botta pour le Grognon après la consultation populaire de 1996."

Vous trouvez que Maxime Prévot devait retirer le projet de centre commercial ?

"Disons que, maintenant, tout le monde sera frileux à l’idée de refaire une consultation populaire. Les Namurois n’ont plus confiance car leur voix n’a pas été entendue. Et la majorité aura peur de se voir à nouveau désavouée… Alors que c’est un outil intéressant que l’on devrait ressortir à chaque fois qu’une grande décision pour les habitants doit être prise, et non nier l’avis des citoyens pendant six ans parce que l’on a été élu."

Centre commercial : "On va à L’Esplanade"

Selon lui, les Namurois ont déjà leurs habitudes ailleurs.

Même si Pierre-Yves Dupuis, d’un tempérament optimiste, ne veut pas couler le centre commercial avant son arrivée, il émet de sérieux doutes sur le timing. "Un centre commercial aurait sans doute fait beaucoup de bien à Namur il y a dix ans. Aujourd’hui, la mobilité et les problèmes de parking sont tels que certains ont déjà pris leurs habitudes ailleurs."

Mobilité dont il fait une des priorités de son programme avec Défi. "Les élus devraient le savoir : je les croise régulièrement au centre commercial L’Esplanade à Louvain-la-Neuve. Là, les places de parking ne se comptent pas par centaines, comme ce sera le cas à l’Espace Léopold, mais par milliers. S’il n’y a pas de parking en suffisance, les gens vont essayer une fois ou deux, tourner dans Namur pour trouver une place, et se décourager. La troisième fois, ils retourneront à Louvain-la-Neuve, à Charleroi, à Fosses ou ailleurs."

Et même s’il s’avoue davantage séduit par les intentions de Besix que par celles d’Urbanove, il craint fort que le centre commercial ne trouve pas ses clients. "D’accord, un projet mixte avec logements et services est une meilleure option. Mais en ce qui concerne les commerces, j’ai peur que ce soit trop tard pour essayer d’implanter un centre commercial à Namur. Si l’on passe à côté de l’effet positif, il ne restera que l’effet négatif pour le petit commerce."

"On a déjà 47 personnes pour la liste"

Défi présentera à Namur une liste complète, c’est désormais acquis.

Certains étaient dubitatifs sur la capacité du duo Pierre-Yves Dupuis-Françoise Kinet à rassembler 45 autres candidats alors que leur arrivée avait fait fuir 14 membres de Défi à la fin de l’année dernière. À la mi-mars, moins de trois mois après leur arrivée en fanfare, ils ont déjà réussi ce challenge.

"Je ne dis pas que la liste est faite, mais nous avons les 47 personnes prêtes à y figurer. Et sans faire appel à des attachés de cabinet comme ce peut être le cas dans d’autres formations", se réjouit la locomotive namuroise, qui a réussi à attirer le CDH Maxime Jonard en troisième place. "Symboliquement, c’était important de montrer que Défi proposait une liste d’ouverture avec des gens de tous les horizons politiques." Arrivera-t-il à débaucher un candidat issu d’Ecolo ? "Il y a des discussions…"

Défi sera sans doute le parti namurois proposant le plus de nouvelles têtes, des personnes qui ne s’étaient jamais présentées auparavant. "Certaines le feront par sympathie, pour être utiles, pour nous soutenir, sans avoir d’ambition politique. C’est la raison pour laquelle beaucoup d’entrevues ont encore lieu. J’ai en moyenne quatre rendez-vous par semaine. On n’a pas envie d’aligner 47 noms, mais de proposer une liste qui représente les hommes et les femmes de tous âges et d’un maximum de profils et de localités différentes", explique Pierre-Yves Dupuis.

Il se dit ravi de l’accueil réservé à Défi. "Je ne dis pas que j’arrive à convaincre tout le monde, mais toutes les personnes à qui je vais parler n’ont aucun a priori par rapport à Défi, qui se positionne au centre-droit tout en ayant des positions claires sur la bonne gouvernance." Quant aux 14 démissionnaires de décembre dernier… "Ils n’ont pas compris que l’on pouvait travailler main dans la main. Ils rejetaient purement et simplement Françoise Kinet et s’appropriaient la première place sans discussion. Ils se sont braqués : dommage, mais tant pis", conclut-il.