Tournai-Ath-Mouscron

Les responsables de l’association Animaux en Péril sont sous le choc. Ils viennent en effet d’apprendre par l’intermédiaire de leur avocat que le Parquet de Tournai a simplement sermonné le responsable de la maltraitance infligée à un poney shetland martyr saisi le 17 mars 2017 à Antoing. Le propriétaire de l’animal, s’il répond aux conditions de l’admonestation, ne sera pas renvoyé devant le tribunal correctionnel, le procureur du roi ayant décidé de classer l’affaire sans suite.

L'association Animaux en Péril avait été requise par les services de l’Unité Bien-être Animal de Wallonie (UBEAW) afin de prendre en charge un cheval et un poney gravement maltraités sur le territoire d’Antoing .

L’inspecteur vétérinaire qui traite le dossier avait prévenu que pour le poney, la situation est vraiment extrême, en particulier en ce qui concerne l’état des sabots.La photo ci-jointe est assez éloquente sur l'état dans lequel se trouvait l'animal.

"A leur arrivée, les membres de l’équipe du refuge étaient abasourdis" explique Animaux en Péril.

"Malgré 25 ans de métier, je n’ai jamais vu cela, cette situation était totalement inédite, je n’en croiyait pas mes yeux", explique Jean-Marc Montegnies - Président d’Animaux en Péril, présent sur les lieux.

Les deux équidés étaient enfermés depuis de nombreux mois dans des boxes tellement crasseux que la hauteur du fumier atteint 60 centimètres. Pour le cheval, c’était à ce point problématique que sa tête touchait l’intérieur de la toiture.

De toute évidence, les animaux survivaient avec une alimentation insuffisante et non adaptée. Leur état de maigreur était qualifié de cachectique (fonte des graisses et des muscles) et la vermine a complètement envahi leur toison. Cette dernière tombe d’ailleurs par plaques.

Mais, hélas, tout cela n’était encore rien au regard de l’état des sabots du poney. Ceux-ci n’avaient plus été entretenus depuis au moins dix ans. Ils avaient poussé en décrivant une révolution atteignant 540 degrés (un tour et demi).

À la sortie de sa geôle, le petit shetland se déplaçait avec autant de courage que de difficultés. Chaque pas était une épreuve, celle de soulever cette masse lourde et encombrante qui le déséquilibre à chaque mouvement.

À son arrivée au refuge de Meslin-l’Evêque, le vétérinaire avait dressé un constat sans appel . " Il faut environ 10 ans sans aucun parage pour en arriver à un tel résultat. Les articulations sont déformées, le pelage est couvert de poux et l’état de maigreur de l’animal présente un indice corporel de 1 sur une échelle de 1 à 5. Le pronostic vital est engagé".

© D.R.

Poly va mieux

Finalement, le travail de l'asbl a payé avec des mois de soins pour une revalidation réussie

"Le vétérinaire du refuge et les soigneurs d’Animaux en Péril ont suivi durant plusieurs mois et avec beaucoup d’attention l’évolution de celui qui a été baptisé Poly par l’association. Mais le travail le plus conséquent a été effectué par le maréchal-ferrant du sanctuaire. Diplômé depuis plus de vingt ans, et bien qu’il n’avait jamais rencontré de situation aussi extrême, l’homme de métier a réalisé un véritable miracle. Chaque mercredi, durant des mois, à l’aide de ses impressionnants outils, il a corrigé les aplombs de la petite victime.Aujourd’hui, Poly a fière allure. Il marche, trotte et galope comme n’importe quel autre poney", explique l'asbl.

Pour elle, cette sanction est un véritable affront !

"Devant la gravité des faits, l’association de protection des animaux était confiante quant à un éventuel renvoi devant le tribunal correctionnel. «Dans mon esprit, il ne faisait aucun doute que le propriétaire de Poly aurait des comptes à rendre à la Justice. Si le Parquet ne poursuit pas un tel délit, il ne le fera plus jamais pour une question de maltraitance animale ", déclare Jean-Marc Montegnies.

"La négligence aggravée est une infraction de troisième catégorie qui peut être sanctionnée par une amende de 100 € à 100.000 € et par une peine de prison de huit jours à 6 mois de prison.L’admonestation sévère (terme légal pour décrire une réprimande appuyée) infligée par le Parquet en lieu et place d’un renvoi en correctionnelle a donc de quoi faire bondir. Alors qu’il y a une volonté grandissante au sein de la population, mais également du monde politique, pour plus de sévérité à l’égard des personnes qui maltraitent les animaux, on se demande de qui se moque le parquet de Tournai ?", s’indigne Jean-Marc Montegnies.

L’association n’entend pas se contenter de cette décision invraisemblable et a demandé à son avocat d’étudier la possibilité d’un renvoi du contrevenant devant le tribunal correctionnel par l’intermédiaire d’une procédure en citation directe. Indépendamment de l’amende et de la peine de prison, le juge du tribunal de première instance peut également prononcer une mesure d’interdiction de détention d’animaux à l’égard du prévenu.