Tournai-Ath-Mouscron Le pompier Éric Foucart ne peut plus faire son métier suite à une agression

La zone de secours de Wallonie picarde est peu souvent confrontée à des agressions physiques. Des agressions verbales, c’est plus fréquent. La zone de secours tente d’y faire face (ci-contre).

Éric Foucart, 52 ans, est pompier-ambulancier depuis 30 ans. Il a été agressé le 26 septembre 2015.

"Il était 21 h 48, se souvient-il avec précision, comme si c’était hier. Nous avions été appelés pour une personne au sol derrière l’H20 à Pecq, sur le chemin du halage le long de l’Escaut. Quand nous sommes arrivés avec l’ambulance avec mon collègue, je me suis présenté. J’ai présenté mon collègue. On a fait deux pas et j’ai ramassé un coup de boule de la personne au sol. Elle était consciente, mais sous l’emprise de l’alcool et de la drogue. Je n’ai rien vu venir. L’homme était couché, il s’est levé, il avait une tête de plus que moi. Mon collègue lui a ensuite demandé de se coucher au sol à nouveau, ce qu’il a fait."

La police est rapidement arrivée sur place. Elle a embarqué l’individu.

C’est finalement Éric Foucart qui s’est retrouvé à l’hôpital. "J’ai eu sept fractures au niveau du nez. J’ai été opéré. Je n’ai pas pu travailler pendant trois mois. Je ne peux plus faire mon métier entièrement aujourd’hui. Je ne peux plus mettre de protection respiratoire, par exemple. Je peux aller sur une intervention incendie, mais en tant que chauffeur."

Éric Foucart n’a pas demandé de soutien psychologique. "Si je l’avais demandé, je l’aurais eu, mais j’ai estimé que je n’en avais pas besoin. Mon collègue, ça l’a marqué aussi. On en a parlé ensemble."

C’était la première fois qu’Éric Foucart était agressé physiquement. "Verbalement, ça arrive plus fréquemment. Les bousculades et les menaces aussi. Les vrais coups, c’est rare, heureusement. Sinon, il n’y aurait plus beaucoup d’ambulanciers… Cela se passe souvent le week-end, avec des gens qui ont bu et qui se droguent. Cela arrive aussi que des gens qui nous insultent et s’excusent ensuite. Heureusement."

Depuis cette agression, notre interlocuteur a changé son attitude. "Je suis quand même retourné au travail avec envie. J’aime bien mon métier. Mais je suis sur mes gardes. Quand je vais en intervention, face à des personnes qui ont trop bu ou qui se sont droguées, je suis plus prudent. On ne connaît pas leur réaction. Alors, sur ce type d’intervention, je laisse toujours un bras de distance."

Éric Foucart a encore vécu une intervention houleuse il y a quelques mois. "J’étais avec un collègue dans une discothèque pour prendre en charge une personne qui était sous l’emprise de la drogue et de l’alcool. Une personne bien éméchée nous a interceptés parce qu’elle avait mal au poignet, mais nous ne pouvions pas nous en charger et cet homme est devenu agressif. Il a tapé dans l’ambulance avec ses poings et ses pieds et j’ai dit à mon collègue de partir. Si ça tombe, le lendemain, il se serait excusé. En attendant, c’est fait… Il faut vivre les interventions le week-end. Mais ce sont peut-être de bons gars."

Alors maintenant , quand Éric Foucart est agressé, il l’indique dans le rapport de l’intervention. "Je le fais systématiquement maintenant. Quand c’est plus grave, on met une note et on donne une explication. Je dis aux collègues qu’il faut le faire, pour que l’on sache la réalité de la situation."

Et Éric Foucart de conclure : "J’ai comme l’impression que les services de secours ne sont plus respectés. C’est ce que je ressens. Je ne parle pas de tout le monde bien sûr. Les policiers ressentent la même chose. Je ne voudrais pas être à leur place non plus."