Tournai-Ath-Mouscron Alfred Gadenne était un homme politique à l’ancienne. Toujours sur le terrain. Au service des citoyens et de sa ville, Mouscron. 

Alfred Gadenne, 71 ans, a été assassiné dans le cimetière de son village, Luingne, à deux pas de son domicile. Un cimetière que le bourgmestre CDH de Mouscron ouvrait et fermait tous les jours depuis quinze ans. Il estimait que c’était son devoir de citoyen.

Alfred Gadenne est né en 1946. L’aîné d’une famille de six enfants entre en politique lors du scrutin communal de 1982. C’est Jean-Pierre Detremmerie qui attire sur la liste PSC Alfred Gadenne. Lui, le fils et petit-fils de bourgmestre de Luingne. Lui, l’agriculteur devenu livreur de charbon arpentant les rues de l’entité au volant de son vieux tracteur orange. Bleu de travail le matin, costume trois-pièces l’après-midi. Car Alfred Gadenne est déjà très populaire et il ceint l’écharpe scabinale dès son baptême électoral. Il dépasse même le bourgmestre Jean-Pierre Detremmerie en voix de préférence dès 1994. Mais il reste échevin des Travaux. Ce rôle lui plaît.

À l’aube du scrutin communal de 2006, un décret wallon change la donne : le meilleur faiseur de voix devient mayeur s’il figure sur la liste du parti le plus fort de la majorité. Jean-Pierre Detremmerie cède sa place à Alfred Gadenne et ses 7.083 voix de préférence.

Le style Gadenne cartonne. Sa bonhomie plaît. De nombreux Mouscronnois se retrouvent en lui. Alfred Gadenne est loin d’être un grand orateur. C’est un homme politique à l’ancienne, comme son père et son grand-père. Il veut être proche des citoyens, à l’écoute de leurs préoccupations, et il veut être sur le terrain. Le terrain mouscronnois bien sûr.

"Alfred ne prenait jamais de vacances. Sa vie, c’était Mouscron" , André Keirle, citoyen de Luingne de 82 ans, et homme de confiance d’Alfred Gadenne dès 1982. "Il allait à des réunions à gauche et à droite mais dès qu’il quittait Mouscron, il n’était pas à l’aise. Et à Mouscron, il se coupait en quatre pour être présent partout, aux enterrements, aux festivités… Il adorait le contact avec les gens. Ce n’était pas pour avoir des voix. Il en avait assez, des voix. Il aimait aussi rendre service aux gens sans en faire la publicité. Il ne cherchait pas les honneurs. En fait, les seuls moments de répit qu’il s’octroyait, c’était le dimanche après-midi avec son épouse Agnès, en dehors de Mouscron. "

"Alfred voulait rendre service à tout le monde. Il était un homme profondément bon. Il voulait aussi faire de Mouscron une ville où il fait bon vivre. C’était son expression favorite", ajoute Brigitte Aubert-Verhelle (CDH).

"Ce qui me frappait, c’était qu’il connaissait tous les quartiers, toutes les rues, tous les habitants. Il connaissait les gens. Il pouvait faire l’arbre généalogique de beaucoup de personnes. Il s’intéressait vraiment aux gens. C’était sincère, souligne encore le Premier échevin Michel Franceus (CDH). Ses préoccupations premières, c’était les travaux, la propreté publique, les parcs et les espaces verts. Ce n’était pas le style de Jean-Pierre Detremmerie qui était plus un homme de projets. Mais cela a aussi été indéniablement bénéfique pour Mouscron."

La popularité d’Alfred Gadenne ne s’érode d’ailleurs pas. Il est à nouveau plébiscité par les Mouscronnois en 2012 et obtient 7.035 voix de préférence. Il devient aussi député wallon en 2009 et il est réélu en 2014 avant de céder son siège à sa suppléante, l’échevine mouscronnoise Mathilde Vandorpe.

Vendredi, lors du souper de rentrée du CDH à Mouscron, Alfred Gadenne fait comprendre qu’il se présentera aux élections communales de 2018 pour ensuite céder sa place en cours de législature. Il se sent fatigué. Il veut passer plus de temps avec sa famille, son épouse. Un temps dont il ne profitera jamais.