Tournai-Ath-Mouscron

"Tout le monde est gagnant !" A la frontière belge, supporteurs des deux nations ont défendu leurs équipes, les uns criant "allez les bleus" quand les autres répliquaient "allez les rouges" pour fêter "la finale avant la finale".

En début de soirée, dans ce bar de la commune transfrontalière Comines, l'hymne national belge s'est imposé de peu sur la Marseillaise à l'applaudimètre.

"On est en Belgique quand même !" rappelle Kylian, 18 ans, de nationalité belge.

Nombreux sont les Français de Comines-France qui ont traversé le pont matérialisant la frontière pour venir profiter de l'ambiance belge, au milieu des dizaines de supporteurs coiffés de crêtes noire-jaune-rouge.

De l'aveu de tous, "il y a plus d'ambiance ici".

Les bières belges sont servies dans des porte-verres estampillés "fédération française de football"; et des drapeaux de chaque nation ont été immanquablement accrochés.

"T'es Français ? T'es Belge ? t'es parfait !

"T'es Français ? T'es Belge ? Les deux ? T'es parfait toi !" lance Jean, dit "Toro", à Jean-Louis, portant une perruque tricolore et un maillot des Diables rouges.

"Si la France gagne, je serai pour la France au dernier match", finit-il par concéder. "On se chambre, mais on est voisins et amis avant tout".

Reste que, le temps de 90 minutes, chacun choisit quand même son camp. "Thibaut Courtois ! " scandaient les uns, "Hugo Lloris" répondaient les autres.

Premières attaques belges, premiers cris: de déception pour les uns, de soulagement pour les autres.

Puis coup de franc de Griezmann: "Antoine il va marquer !"crie-t-on d'un côté du bar; "Antoine il va glisser!" renchérit-on, avec plus de force de l'autre.

"Ce soir, je suis à 200% belge !" assure Jean-Baptiste, né français, habitant désormais en Belgique. "Si la France perd, on va les consoler", philosophe Diana, alias "mamie princesse" de nationalité belge, mère d'enfants français.

"C'est la finale avant la finale!" répète Emilie, étudiante française, habitant côté France.

"S'ils gagnent, ils nous paient une bière !", plaisante-t-elle, sortie cinq minutes pour se détresser. "En vrai, on sera content dans tous les cas".

Même sentiment pour Litcia, 33 ans, venue avec son compagnon et leurs deux enfants de 5 ans et 15 mois. "On est toujours chez nous, côté France, côté Belgique".

Et là: but de Umtiti. Les Français exultent, face à la consternation de leurs voisins qui se reprennent vite: des "Come on Belgium, come on Belgium !" et "qui ne saute pas n'est pas Flamand !" couvrent la joie des fans français.

Au milieu, un Belge, le visage maquillé, applaudit discrètement après l'ouverture du score français. Fairplay.

"On est triste, mais on va soutenir la France maintenant en finale !" promet Janick, 53 ans, belge de père français.

Pour Diana, "tout le monde est gagnant"

"Je suis tellement heureux !" avoue Tim, Français travaillant en Belgique dans le textile. "Mais j'ai exulté intérieurement, pour ne pas heurter les Belges. On est chez eux quand même."

Car il avait imaginé une "ambiance plus bon enfant", qui s'est révélée "plus tendue que prévu."

Au coup de sifflet final, des bagarres entre amateurs belges et français ont en effet éclaté sur dans la rue, rapidement stoppées par la police.

Des débordements que la commune avaient craints: l'écran géant qui avait été installé à l'extérieur pour les matches précédents n'avait pas été réinstallé.