Tournai-Ath-Mouscron Caroline Leruth raconte ce qu’elle a vécu le 22 mars 2016

Le 22 mars 2016, Caroline Leruth doit prendre l’avion. Direction les États-Unis où elle vit, après des vacances en Belgique, notamment auprès de sa famille et de ses amis à Tournai.

"J’étais un peu triste de partir mais bon, j’étais bien calée dans ma routine : les bagages, le passeport… J’arrive donc à l’aéroport de Zaventem, je rends la voiture, je remarque le camion militaire en bas du parking. Il y avait eu les attentats du Bataclan peu de temps avant. Il est 7 h 35. Les militaires ne sont pas là. Je me suis dit qu’ils prenaient leur café. Que c’est ça, la Belgique."

Caroline rentre dans l’aéroport, avec son chariot. "J’arrive dans le hall des départs. Pour le check-in, c’est la ligne 8. American Airlines. Je me mets face au kiosque. Il est 7 h 59 et tout à coup, un bruit énorme ! Et là, le monde change. Mon corps essaie de capter ce qui se passe. J’entends quelqu’un qui crie : "Couchez-vous ! Couchez-vous !" Je pense au Bataclan. Je me dis que certains ont peut-être des armes. Je me dis que si je cours, je vais être tuée comme un lapin. Puis, neuf secondes plus tard, une autre explosion ! De l’autre côté cette fois."

Elle court vers la sortie. "Tout se passe au ralenti. Mes jambes ne suivent pas. Ma respiration est très profonde. J’arrive dehors et je prends une grande respiration. Je me dis : quoi faire ? Je m’accroupis derrière un bac à fleurs. Puis, sort de l’aéroport une dame. Sur son pantalon beige, côté droit, une énorme tâche de sang. Mais ce n’est pas le sien. Ce n’est pas son sang. Je me dis alors qu’il y a des gens à l’intérieur. Que je dois faire quelque chose."

Caroline retourne dans l’aéroport. Dans le hall des départs. C’est l’apocalypse. Des personnes décédées, d’autres blessées, "une personne qui erre comme un zombie, un flux de gens qui écrasent d’autres gens… Je reste auprès d’un jeune homme inconscient. Je croise le regard, l’appel à l’aide d’une dame, mais je reste auprès du jeune homme. Je suis restée 35 minutes auprès des blessés… Je n’ai pas envie d’aller dans les détails…"

Caroline Leruth s’en va quand le premier pompier arrive auprès du jeune homme.

Ces minutes lui ont semblé être une éternité. Cet événement la marquera à jamais.