Tournai-Ath-Mouscron À 64 ans, le procureur du roi Jean-Bernard Cambier raccroche les gants

Une page se tourne, ce vendredi, au palais de justice de Tournai. Jean-Bernard Cambier, procureur du roi de la division de Tournai, part à la retraite. Retour sur une carrière bien remplie.

Comment êtes-vous devenu magistrat ?

"Au sortir de mes études, je suis entré au barreau mais je n’y suis pas resté très longtemps. Après une année de stage, le procureur du roi de l’époque, M. Edouard Janssens, m’a proposé de venir au parquet, un milieu que je ne connaissais pas du tout à l’époque. Après un stage bénévole de quelques après-midi par semaine, fin 1978, je me suis finalement lancé dans la bataille du parquet. J’ai été nommé stagiaire le 1er janvier 1979."

Avez-vous réalisé toute votre carrière à Tournai ?

"Pratiquement. Par deux fois, j’ai été délégué au parquet général à Mons pendant quelques mois, à chaque fois parce qu’il fallait prêter main-forte."

Vous n’avez jamais été tenté de prolonger l’aventure au parquet général ?

"Si, mais avec le temps, j’ai pu constater que c’était une richesse de travailler près de chez soi ou d’habiter près de son travail et que le temps consacré aux déplacements pouvait finalement l’être à des activités sportives ou culturelles. Le parquet général, c’est un autre travail car on arrive souvent longtemps après les événements mais on travaille plus dans la sérénité. Ici, c’est de l’action-réaction. J’aime ce côté vivant, descendre sur les lieux, les contacts avec les autorités policières, etc."

Cela ne vous a pas manqué de ne plus plaider ?

"Non. Lors des audiences, j’avais en quelque sorte presque le même statut que les autres avocats. La place est juste différente au tribunal, on ne dit pas plaider mais requérir. Je rappelle toujours que le procureur du roi, c’est le ministère public et donc l’avocat du public, de la loi. Celui qui défend toutes les personnes préjudiciées et le respect de la loi quand quelqu’un y a contrevenu."

Avez-vous siégé longtemps en correctionnelle ?

"Pendant des dizaines d’années, mais cela s’est fait plus rare au tribunal correctionnel depuis une quinzaine d’années à cause de mes autres attributions. Puis j’ai longtemps siégé à la chambre du conseil. Je n’allais pratiquement plus aux audiences vu que je dirigeais le parquet, même s’il m’arrivait encore de faire des remplacements."

Êtes-vous serein par rapport au futur de la justice à Tournai ?

"Je ne sais que penser. La justice à Tournai est incertaine dans les deux sens du terme. Moi, je pense que c’est indispensable pour une raison de proximité avec la population mais quand on lit l’ouvrage du ministre de la Justice, Koen Geens, Court of the Future , c’est un peu affolant. C’est une nouvelle version du livre d’Orwell, 1984 . Cela me paraît bien utopiste. Si on applique sa vision, Tournai ne serait plus qu’un point de contact."

Que pensez-vous du palais de justice actuel ?

"Sur un plan matériel, comme Mme Martens avant moi, j’ai fait des pieds et des mains pour essayer de rénover un peu le palais de justice, en tout cas certaines de ses pièces. Les conditions de travail sont indignes. À titre d’exemple, un des juristes a repeint son bureau, j’ai introduit une demande pour qu’on puisse payer la peinture qu’il avait dû acheter lui-même et on ne l’a pas eu. On répugne à investir à Tournai, comme dans l’un ou l’autre tribunal wallon, parce que le sort de la justice dans cet endroit est justement incertain."

Il va vous manquer, ce palais ?

"Oui, bien sûr. Je suis ici tous les jours depuis fin 1978, c’est ma deuxième maison. Le sort de ce palais m’intéresse. Je pars soulagé d’une pression, d’un stress de chef de corps qui doit montrer le chemin, qui doit être toujours performant. C’est fatigant mais je pars le cœur gros de toutes ces relations professionnelles qui deviennent même amicales à la longue."

Votre successeur est connu ?

"Oui. C’est Éric Delhaye qui va me succéder. Pour lui, il s’agira également d’un challenge puisqu’il va non seulement diriger la division mais il va aussi continuer à diriger la section famille et jeunesse qui lui prend déjà énormément de temps. Son défi sera de faire des priorités."

Amateur de boxe que vous êtes, vous aurez désormais plus de temps pour le sport !

"Ah oui ! Le sport évidemment même si à quasi 65 ans on est un peu moins énervé qu’avant ! Mais je compte bien aller aussi plus souvent à des concerts, des conférences, etc. Un classique je crois pour tout jeune pensionné."