Tournai-Ath-Mouscron Face au rabotage des moyens provinciaux, le député ellezellois ne mâche pas ses mots envers le gouvernement wallon

Le président du collège provincial de Hainaut en charge des Finances n’est pas tendre avec le gouvernement MR-CDH. En cause, les dernières mesures que vient de prendre celui-ci pour assurer, entre autres, le financement du second pilier des pensions. Une décision jugée irresponsable par Serge Hustache (PS) qui n’hésite pas à parler de hold-up ou encore d’apartheid institutionnel visant à accélérer le démantèlement des provinces.

Que répondez-vous à ceux qui prônent la suppression des provinces ?

"Les ministres MR et CDH ne comprennent rien à la réalité des provinces. La très sérieuse et très récente étude du professeur Berenhdt a démontré qu’il était impossible de les supprimer sur une simple décision politique. Pourtant, ils continuent à faire référence aux chimères des impératifs de déclaration de politique régionale bâclée et improvisée, dont ils avouent en coulisse, ne plus y croire eux-mêmes !"

Pensez-vous que leur disparition soit inéluctable ?

"Pour les décideurs wallons actuels, la province, c’est une ligne de trop dans la Constitution, un concept abstrait, une obsession idéologique. Pour nous, c’est 10.000 travailleurs (rien qu’en Hainaut !) qui rendent des services de qualité à la population. Jamais un gouvernement ne s’était attaqué de manière aussi agressive à l’encontre des provinces. La dernière décision prise sans le moindre dialogue et sans aucune concertation est une véritable déclaration de guerre, un apartheid institutionnel. Celle-ci consiste à faire payer par les seules provinces, une prime à tous les pouvoirs locaux wallons pour le financement du second pilier de pension des agents contractuels. Une excellente idée sur le fond mais qui est purement et simplement impossible à assumer budgétairement parlant puisqu’elle se chiffrerait pour le Hainaut à une perte de 17,7 millions en trois ans. Hallucinant, non ?"

Dans ce contexte, comment voyez-vous l’avenir des provinces ?

"Si ces mesures sont appliquées, le gouvernement sera le seul responsable du licenciement de centaines de travailleurs et ce dès la prochaine année budgétaire. Si nous ne nous mobilisons pas, nous plongeons dans un véritable séisme social. Nous avions pourtant, pour notre part, pris nos responsabilités en réduisant - par le non-remplacement du personnel - plus de 400 équivalents temps plein en limitant de manière drastique, toutes les dépenses de fonctionnement et en retrouvant, depuis 5 ans, l’équilibre budgétaire. Et tout cela, en assumant plus de 25 millions d’aide aux communes. Bref, nous avons largement respecté tous nos engagements."

Que vous inspirent la montée du populisme et le racisme qui en découle ? Peut-on la comparer à celle des années 30 ?

"Antonio Gramsci disait que lorsque le vieux monde se meurt et que le nouveau monde tarde à apparaître alors dans ce clair-obscur surgissent les monstres. Notre problème est bien que nous sommes totalement immergés, noyés dans ce clair-obscur et que les monstres ont pour nom Daech, Trump, Orban, Poutine et même un visage. Un visage effrayant. Celui du capitalisme triomphant avec son cortège de misère et d’injustice. Les valeurs qui ont fondé notre démocratie sont en péril, la liberté est relativisée, l’égalité remise en question et la fraternité suspecte. Il faut le reconnaître, 50 ans après mai 68’, nous n’avons pas réussi à changer le monde. Mais tant que le monde ne nous aura pas encore changés, il restera quand même encore de l’espoir !"

Croyez-vous que la machine finira par remplacer l’homme et que l’heure du partage du temps de travail a sonné ?

"Nous vivons une accélération inédite de l’histoire ! La tendance à trouver des réponses immédiates à des questions complexes, nous empêche d’esquisser des alternatives crédibles qui s’inscrivent dans le temps. Ceux qui, à droite, s’opposent par principe à la réduction du temps de travail, ne comprennent strictement rien à l’évolution actuelle de notre société. Des études très sérieuses montrent que d’ici 10 ans, trois millions d’emplois seront détruits en France et que dans les 20 prochaines années, ce sera ni plus ni moins 50 % des emplois qui seront automatisés en Belgique. La seule solution sera de rendre aux gens le temps gagné par l’automatisation. Ce sera cela ou un accroissement considérable des disparités sociales et du chômage. Voilà en tout cas un beau combat pour la gauche"