Tournai-Ath-Mouscron Le bourgmestre de Mouscron a été égorgé par un jeune de dix-huit ans dont le père aurait été licencié de son poste au sein de l’administration communale mouscronnoise.

Après le choc, place à l’enquête. Ce lundi soir, aux alentours de 20 h, Alfred Gadenne était retrouvé mort au sein du cimetière de Luingne, village de l’entité de Mouscron. Le bourgmestre s’occupait personnellement, depuis plus de quinze ans, de l’ouverture et de la fermeture des grilles du cimetière de son village.

"Ce lundi 11 septembre, peu avant 20 h, les forces de police ont été averties de l’homicide du bourgmestre de Mouscron, confirmait le premier substitut du procureur du Roi de la division de Tournai de l’arrondissement judiciaire Mons-Tournai. L’appelant se serait alors identifié comme étant l’auteur."

Les forces de l’ordre et les secours sont très rapidement arrivés sur place, vers 20 h. "Ils n’ont malheureusement pu que constater le décès d’Alfred Gadenne qui avait été égorgé." L’auteur présumé, Nathan Duponcheel, un jeune Mouscronnois âgé de dix-huit ans, attendait alors les forces de l’ordre devant le cimetière. "Il détenait un cutter qui pourrait être l’arme utilisée", ajoutait encore Frédéric Bariseau.

La justice n’écarte pas la thèse de la vengeance. En effet, le père du jeune homme, Olivier Duponcheel, s’était suicidé il y a deux ans, en février 2015. C’est d’ailleurs Nathan qui avait découvert le corps de son père. Peu de temps avant son suicide, l’homme aurait été licencié de son poste au sein du service population de la cité des Hurlus.

D’ailleurs, selon les informations de l’agence de presse Belga, le jeune homme âgé de dix-huit ans aurait patienté jusqu’à sa majorité avant de passer à l’acte. Il aurait agi de la sorte car il ne voulait pas impliquer dans cette histoire sa maman, qui aurait été civilement responsable s’il avait commis cet assassinat en étant mineur.

Entendu durant l’après-midi de ce mardi par la juge d’instruction de Mons Mme Véronique Laloux, Nathan Duponcheel a finalement été inculpé du chef d’assassinat.

Selon nos informations, Nathan Duponcheel aurait demandé au bourgmestre, qui venait de fermer la grille du fond, de venir voir quelque chose devant la tombe de son père. C’est alors qu’il lui aurait porté le coup de cutter.

Le jeune homme aurait alors immédiatement regretté son geste après l’avoir commis et aurait tenté de prodiguer les premiers soins, sans succès, avant d’appeler les secours. "Le jeune homme a d’ailleurs évoqué ses regrets devant le juge et les enquêteurs, explique une source proche du dossier. Il a expliqué avoir eu un coup de sang, une folie, un moment d’absence."

Nathan Duponcheel a connu une enfance normale, sans véritable problème, jusqu’au décès de son père. Il serait alors devenu beaucoup plus discret. Le jeune homme aurait récemment terminé ses études secondaires entreprises au sein de l’école des Frères Maristes à Mouscron sans jamais avoir redoublé. Il comptait également se lancer sur le marché du travail.

Un psychiatre devrait être désigné afin de déterminer si l’auteur était responsable de ses actes ou pas. "Cette personne apparaissait fort calme en appelant la police et en les attendant", précisait encore le premier substitut Frédéric Bariseau.

La police judiciaire fédérale de Tournai a été chargée de l’enquête qui va donc se poursuivre ces prochains jours. Le corps d’Alfred Gadenne a été autopsié durant la nuit de ce mardi mais aucune information n’a été donnée sur le nombre de coups qu’aurait reçu le bourgmestre de la cité des Hurlus.

"Alfred, c’était la bonté même"

Fabrice Delwante, 54 ans, a été facteur pendant 25 ans à Luingne, le village de bourgmestre de Mouscron Alfred Gadenne, 71 ans. "Je le croisais souvent. J’allais aussi prendre le café chez lui, avec sa femme. Alfred revenait tous les midis pour manger avec son épouse."

Pour Fabrice Delwante, conseiller communal CDH depuis le scrutin de 2012, "Alfred, c’était la bonté même". "Il rendait service à tout le monde. Il s’est privé de tout pour sa ville et ses citoyens. Il ne prenait jamais de vacances. Jamais de repos. Sa vie, c’était Mouscron. Il passait plus de temps au bureau qu’à sa maison. Il allait à tous les enterrements et à toutes les festivités… Il ouvrait et il fermait même les portes du cimetière de Luingne depuis 15 ans."

Après le conseil communal, le bourgmestre mouscronnois ne traînait d’ailleurs pas pour aller fermer le cimetière. "On lui demandait de revenir pour boire un verre mais il disait que ce n’était pas possible parce que sa femme l’aurait vu puisque le cimetière se trouve en face de chez lui. C’était peut-être aussi une excuse pour être plus souvent auprès de son épouse. Il parlait souvent d’elle."

Fabrice Delwante est encore consterné par la mort de son ami. "Alfred n’aurait fait de mal à personne. Au contraire, si quelqu’un avait des problèmes, il aurait tout fait pour tout arranger. Il n’aimait pas voir les gens souffrir. D’ailleurs, si on avait pu sauver Alfred, il aurait pardonné son geste au meurtrier."

Vendredi, au souper du CDH de Mouscron, Alfred Gadenne a laissé entendre qu’il participerait aux prochaines élections communales avant de céder sa place. "Il voulait prendre du temps pour lui et son épouse. Et finalement, il n’aura jamais le temps d’en profiter."

Brigitte Aubert-Verhelle, l’une des dernières personnes à l’avoir vu

L’échevine mouscronnoise Brigitte Aubert-Verhelle (CDH) est probablement la dernière personne à avoir vu le bourgmestre Alfred Gadenne (CDH) avant qu’il ne soit tué. "Nous avions eu collège communal ce lundi soir , glisse-t-elle, des trémolos dans la voix. Nous étions à la commune jusqu’à 19 h 30. Nous parlions du week-end, de son apéro de dimanche. Il m’a ramenée chez moi à Mouscron, nous avons encore parlé dans la voiture, et puis ça…"

Brigitte Aubert-Verhelle parvient difficilement à trouver les mots. "Mais qu’est-ce qui nous arrive ? C’est une catastrophe. Mon Dieu… Faire ça au bourgmestre. Quelqu’un de si bon, honnête, généreux, gentil… Je pourrais citer une liste infinie de qualités humaines. Il n’y a pas de mot pour expliquer ce que nous vivons. Je me sens perdue. Nous avons perdu notre capitaine. Notre bourgmestre. Notre ami. T out le monde pleure dans les maisons de Mouscron. Tout le monde le portait quelque part dans son cœur."

Notre interlocutrice poursuit : "Alfred était profondément bon, pour tout le monde. L’humain, c’était sa priorité. Les Mouscronnois en particulier. Il était toujours prêt à aider les citoyens, les entendre, les comprendre. Il était à leur service. Et Mouscron, c’était sa ville. Il a tant donné pour Mouscron et il n’en a jamais profité. Il travaillait tout le temps mais il ne faisait pas ça pour les honneurs. Tout ce qu’il voulait, c’était servir sa ville et ses concitoyens. Il voulait faire de Mouscron une ville où il fait bon vivre. C’était son expression favorite."

Brigitte Aubert-Verhelle succédera à Alfred Gadenne au poste de bourgmestre de Mouscron. Elle a réalisé le plus grand nombre de voix de préférence sur la liste CDH lors du scrutin communal de 2012 derrière Alfred Gadenne et derrière Damien Yzerbyt, décédé en janvier 2014.


Un sentiment de révolte à Mouscron

Hier matin, comme tous les mardis, le marché de Mouscron prenait place. Si le rendez-vous est habituel, la journée était particulière au lendemain du meurtre d’Alfred Gadenne. Beaucoup d’habitants de la cité des Hurlus avaient envie de partager leurs émotions. La tristesse et la colère se mélangeaient sur la place Kasiers.

"C’est le sujet de conversation de la matinée. Les gens sont touchés. Cela crée une atmosphère très pesante en fait. Je n’ai vu aucune personne aujourd’hui qui n’a pas rencontré le bourgmestre au moins une fois dans sa vie", explique une commerçante.

Les différents maraîchers reconnaissent également un manque de fréquentation notable. "C’est flagrant par rapport à la semaine dernière, il y a beaucoup moins de gens. Dans des circonstances pareilles, on peut comprendre que les Mouscronnois n’ont pas tous envie de faire les courses."

Suite aux événements, le marché joue un réel rôle social. On ressentait que les conversations étaient parfois des exutoires. Il est vrai que les conditions de la disparition d’Alfred Gadenne ont créé un choc.

"C’est n’importe quoi. D’où on se venge comme ça ? On ne résout pas les problèmes comme ça. Cette histoire me révolte. En prenant du recul, on peut se dire que c’est tout simplement du gâchis", lâche un passant.

Si, pour certains, l’esprit de vengeance n’est pas compris, pour d’autres, c’était l’occasion de se rappeler de certains débats. "J’ai été en conflit avec Alfred Gadenne, mais je le respectais beaucoup. On peut être en contradiction avec quelqu’un et avoir de l’affection pour lui. C’est très grave ce qui est arrivé. J’ai beaucoup de mal à contenir mon émotion."

La ville de Mouscron a mis un carnet de condoléances à disposition. Les citoyens peuvent ainsi mettre par écrit leurs mots. Le centre administratif mouscronnois est aussi prêt à répondre aux citoyens dans le besoin durant le reste de la semaine.

La popularité d’Alfred Gadenne reste intacte. Les Hurlus gardent le souvenir d’un homme proche du peuple malgré ses fonctions. Un riverain, lui, sent déjà une certaine nostalgie s’installer. "Sa gentillesse manquera."