Tournai-Ath-Mouscron Pierre Wacquier, élu pour six ans de plus, garde la cote auprès des citoyens de Brunehaut.

Même s’il reste au pouvoir dans une bonne partie des communes de Wallonie picarde, le Parti socialiste a régressé un peu partout dans la région lors des communales. Un constat qui ne vaut cependant pas pour Brunehaut où la liste d’ouverture à forte obédience socialiste menée par le bourgmestre Pierre Wacquier a progressé par rapport à 2012.

Comment expliquer cette résistance du PS à Brunehaut ?

"J’ai senti que les gens étaient mûrs pour aller au-delà du clivage des partis et pour avoir un groupe de personnes engagées politiquement. La notion qui a rassemblé tout le monde était le progrès et la solidarité. Solidaire avec la population, solidaire dans l’engagement, solidaire à l’intérieur de la liste. Tout le monde a un seul objectif : faire progresser Brunehaut. Les gens ont adhéré au concept de l’Union solidaire de Brunehaut. On a osé et ça a marché."

À titre personnel, votre score aussi est en progression. Avec vos 1 755 voix, vous êtes de loin en tête.

"Je me suis effectivement retrouvé avec un score impressionnant. Je ne m’attendais pas à cela. Je sais que j’ai mon assise électorale, je suis bourgmestre et j’espérais le rester. Mais je ne pensais pas à ce point-là. Cela me fait d’ailleurs réfléchir pour l’avenir."

Cela vous incite à continuer dans six ans ?

"Je pense effectivement, à la lecture des résultats, que je me représenterai. C’est cela qui fait moduler mon avis qui était plutôt tranché au départ. Je ne voudrais pas abandonner un tel capital de voix sans y réfléchir. Rien ne dit que mes voix resteront dans le parti."

Revenons sur la fin de la législature qui a été assez houleuse avec l’opposition. Risque-t-on de vivre six années tendues ?

"Je pensais que cette situation allait se calmer après les élections mais ce n’est pas le cas. J’en suis très déçu et je mets cela sur le compte de la frustration. Je sens qu’il y a beaucoup de dissensions dans leur groupe. Je ne voudrais en tout cas pas que leurs problèmes internes viennent gâcher la gestion globale de la commune et viennent parasiter l’ambiance et le niveau du conseil communal. Je ne veux que l’on devienne comme ces communes où on ne parle plus du fond. J’ose espérer que dès l’installation du nouveau conseil, les réflexions et critiques retrouveront une connotation citoyenne et d’intérêt général."

Quelle attitude adoptez-vous face à cette opposition plus virulente ?

"Pourquoi employer la notion de politiquement correct ? Je parlerai toujours vrai tout en restant correct comme je l’ai toujours été. Je n’ai jamais raconté de bobards même si cela peut m’arriver de dire des bêtises comme tout le monde. Ce qui me guide, c’est essentiellement le fait de pouvoir m’enrichir des critiques de la minorité. Malheureusement, pour l’instant, elle n’est pas dans cette optique."

Après une législature perturbée par le comportement du conseiller de l’opposition CEC, qui a dû se résoudre au tribunal, espère-t-on vivre six années plus sereines ?

"Si je devais évaluer le degré de la souffrance, elle nous a pompé les trois quarts de notre énergie. On s’est fortement endurci et immunisé contre cette forme de contagion qui semble perdurer en fin de législature. On parle maintenant d’agressivité technique et administrative. Cette énergie perdue, j’espère bien en tout cas qu’elle sera non plus dirigée pour résoudre ces problèmes qui se sont avérés harcelants, notamment envers l’administration, mais bien vers les citoyens et vers la gestion communale. C’est mon espoir, trouver de la sérénité. La population nous a donné la légitimité et le pouvoir de réaliser notre programme et j’espère bien avoir l’énergie pour cela même si nous avons déjà réussi à faire beaucoup de choses malgré toutes ces embûches."

Quelles sont les priorités de cette nouvelle législature ?

"La sécurité sous toutes ses formes. Sécurité du logement, sécurité routière qui est une préoccupation quotidienne, sécurité du bien vivre avec la gestion de l’eau pour l’égouttage et les inondations ou encore la sécurité humaine face aux incertitudes de la vie, que ça soit l’instruction, l’emploi, etc. Le mot sécurité, il faut plus l’employer au sens du terme se sentir bien."

L’actualité est fortement marquée par les actions des gilets jaunes. Pierre Wacquier explique cette très forte gronde populaire par la rupture d’un équilibre politique.

"Nous avions toujours eu en Belgique un équilibre dans la gouvernance entre des orientations de droite et de gauche. Ici, cet équilibre est rompu. Qu’on le veuille ou non, qu’on soit PS ou pas, il faut l’admettre. On a touché au quotidien de la population avec une certaine austérité politique qui a créé une rupture sociale."

Pour le bourgmestre de Brunehaut, l’absence du Parti Socialiste au sein du gouvernement a causé un énorme préjudice.

"Le PS a toujours réussi à gérer cette situation, tout au moins à compenser à ses dépens cette politique sociale. L’équilibre social passe par le PS tel qu’il est constitué. Malheureusement, il a été fortement affaibli, notamment par les différents scandales de ces dernières années. Nous sommes maintenant face à un phénomène nouveau avec les gilets jaunes. C’est l’expression d’un mécontentement qui n’est cependant pas loin par moments de tomber dans de l’anarchie…"

Propos recueillis par Mickaël Delfosse