Tournai-Ath-Mouscron

Avec ses cheveux poivre et sel et sa veste rouge, Benoit Dochy, 66 ans, arpente la ville à vélo, avec un ou plusieurs appareils photo. Benoit Dochy aime le patrimoine de sa ville, Tournai, dont il prend des clichés avec passion. Il photographie aussi la vie festive et culturelle de Tournai. Il est aujourd’hui très sollicité. Il a un agenda de ministre et il est même obligé de refuser des demandes de reportage.

On vous voit toujours à vélo, et avec une veste rouge.

"J’apprécie cette couleur. J’ai cinq vestes rouges. Je ne cherche pas à être vu. Si ce n’est que cela me rend plus visible à vélo. C’est intéressant en termes de sécurité."

Et puis, vous avez toujours au moins un appareil photo sur vous. Comment est apparue cette passion ?

"Cela a commencé quand j’étais petit. J’habitais Pecq et les premiers souvenirs que j’ai, ce sont des photos de bonshommes de neige, de paysages et du débordement de l’Escaut. C’était des photos en noir et blanc. J’avais un appareil en plastique et la qualité n’était pas terrible. C’était un boîtier polonais. Après, j’ai économisé pour acheter mes appareils. Le suivant était un appareil d’occasion acheté chez De Ruyck à Tournai. Je photographiais surtout ce que je voyais au fil de mes promenades."

Vous déménagez à Tournai en 1976. Et là, il y a La Mauvaise Herbe.

"C’était surtout de la musique folk au début. J’y allais pour les concerts et je faisais des photos. Je pouvais rester jusqu’à quatre heures du matin. J’imprimais les clichés et j’ai donné toutes mes photos. C’était assez fatigant. Mais cela faisait plaisir aux gens et j’en étais satisfait. En fait, j’étais extrêmement timide et l’appareil photo a été le moyen de rentrer en contact avec les gens. De dépasser ma timidité, même si je le suis toujours."

Puis, La Mauvaise Herbe a fermé…

"Oui. Mais j’avais déjà un autre centre d’intérêt, que j’ai toujours, c’est le patrimoine et l’urbain. Je m’étais installé à Tournai en 1976. Et, fin 1979, Pierre Frison, qui était curé de Warchin, mais aussi fervent de La Mauvaise Herbe, on dirait un ‘agitateur social’ aujourd’hui, avait créé l’Atelier régional d’étude en environnement et il organisait des conférences sur la rénovation urbaine. Il m’a demandé un reportage photographique d’un quartier qui risquait de disparaître et qui a disparu, la cour Catteau, où se trouve le Colruyt à la chaussée de Renaix. Les petites maisons d’ouvriers après le Colruyt ont été conservées."

C’est comme cela que s’est développée cette passion pour le patrimoine ?

"J’ai en tout cas commencé un travail d’archiviste, en quelque sorte. J’ai photographié Tournai sous toutes ses coutures. Mes photos sont des témoins du passé et de l’évolution, en somme. Mais toutes mes photos d’avant ne sont pas forcément exploitables."

Cela a changé avec le numérique ?

"C’est effectivement plus facile pour archiver et retrouver les photos. Les boîtiers numériques actuels sont aussi performants, mais cela a un coût. J’ai six appareils numériques en état de fonction, avec des usages très différents. J’ai trois argentiques également."

Il y a le numérique donc, puis il y a Facebook où vous diffusez vos albums de festivités, de la Fête de l’accordéon, du carnaval…

"Là, je vais citer Jacky Legge, qui m’a dit : ‘Enfin maintenant, on voit tes photos.’ Avant, quand on voyait mes photos, c’était après le carnaval quand il y avait une projection de diapositives. C’était confidentiel. Avec Facebook, j’ai remarqué qu’il y avait un retour positif. Je reste étonné parce que je suis abordé dans la rue par des personnes que je ne connais pas et qui me remercient pour mes photos."

Vous êtes devenu, avec d’autres, photographe de la vie culturelle et festive de Tournai. Vous avez un agenda de ministre maintenant.

"Il y a tous les événements programmés et, à côté de ça, beaucoup de personnes me demandent maintenant de venir faire des photos. Je fais cela pour le plaisir, gratuitement, mais je ne peux pas tout accepter parce qu’il y a parfois plusieurs événements en même temps. Ce qui veut dire, contrairement à ce que certains prétendent, que Tournai est loin d’être une ville morte."


Benoit Dochy est passé plusieurs fois près du burn out

Benoit Dochy fait rapidement le compte. Il prend certainement 120.000 photos par an. Le photographe urbain est très demandé et il a envie de répondre à toutes ces demandes. "Cette passion pour la photo peut être dévorante. C’est bizarre à dire mais je suis passé par des phases à la limite du burn out. J’avais trop de demandes, je recevais des messages de personnes me demandant de venir prendre des photos, puis de leur envoyer les albums, de les diffuser sur Facebook. Je prenais des engagements, j’avais du mal à dire ‘non’ , et je ne parvenais plus à suivre le rythme."

Et comme le photographe tournaisien aime le travail bien fait, cela lui demande encore plus de temps. "Les gens ne s’en rendent pas forcément compte, mais les reportages, les rencontres, c’est le côté fun, c’est le côté agréable. Mais après, il faut sélectionner les photos et les retravailler, parfois. Cela prend énormément de temps. Et puis, les conditions des reportages ne sont pas toujours idéales et cela demande encore plus de travail."

Benoit Dochy a également d’autres activités que la photo. "Je vais voir des expos, visiter des musées, rencontrer des amis… Il y a également mon activité à l’association Pasquier Grenier."

À la longue, les demandes de reportage éreintaient Benoit Dochy, qui a appris à faire des choix. "J’avais besoin de me reposer et je me suis calmé. J’ai appris à dire ‘non’, à refuser, à faire des choix entre les événements. Et puis, je me dis que ce n’est pas grave si je rate un événement parce que je ne suis pas le seul photographe à Tournai."

Le samedi 19 mai par exemple, il y avait à la fois les portes ouvertes de Mômes Circus et l’anniversaire de la compagnie Odile Pinson, le Kids festival, les concerts de Tournai en fête, la Nuit des musées… "Il a donc fallu faire des choix. Je me suis dit que d’autres photographes allaient être présents à Tournai en fête et au Kids festival et je suis tranquillement allé aux portes ouvertes de Mômes Circus et à l’anniversaire de la compagnie Odile Pinson. En plus, j’aime beaucoup les arts du cirque. Et c’était très bien ainsi."

Outre l'urbain et les arts du cirque, Benoit Dochy aime beaucoup le portrait. "Mais toujours dans le respect des personnes que je photographieJe suis toujours en dialogue avec les personnes. Je ne prends jamais un portrait à l’insu de la personne. J’attends un acquiescement ou un retour du sourire pour prendre la photo."

Si Benoit Dochy possède près de dix appareils, numériques et argentiques, il n’utilise d’ailleurs presque jamais ses zooms. "Je ne fais pas mes photos au téléobjectif. Je suis plus dans une démarche de proximité. Le zoom, le téléobjectif, ce n’est pas mon mode de fonctionnement. Je préfère travailler en focale fixe et toujours avoir l’aval de la personne que je photographie."