Tournai-Ath-Mouscron Le chantier de la mise à gabarit de l’Escaut est lancé avant que toutes les procédures de recours ne soient terminées

Les premiers coups de pelle sont donnés au quai Saint-Brice à Tournai. Le chantier de la mise à gabarit de l’Escaut est cette fois bel et bien lancé. Un projet qui doit permettre à plus gros bateaux, ceux de classe Va (2.000 tonnes), de naviguer sur l’Escaut. Un projet dans le cadre d’un plus grand projet, celui du canal Seine Nord-Europe. Un projet visant à développer le transport fluvial.

"Cela a été long. Les procédures administratives ont tout de même duré 4 ans et demi", explique Christophe Vanmuysen, inspecteur général du SPW - Voies hydrauliques. "Toutes les procédures administratives ne sont pas tout à fait terminées puisque nous avons obtenu le permis pour les trois premières phases et le Pont des Trous fait l’objet d’un autre permis."

Les trois premières phases du permis concernent, en suivant l’ordre d’exécution des travaux : la modification du Pont-à-Pont et du quai Saint-Brice, l’aménagement du quai Taille Pierre et la halte nautique, et l’aménagement des quais du Luchet d’Antoing. La quatrième phase est relative à l’aménagement du quai Sakharov, la modification du Pont des Trous et l’aménagement du Jardin de la Reine.

La Région wallonne a lancé ce chantier colossal même si des associations et des citoyens ont introduit des recours en annulation et en suspension. "Par rapport au recours en annulation, le Conseil d’État met généralement plusieurs années avant de rendre sa décision", indique Christophe Vanmuysen. "Quant au recours en suspension, un recours qui n’est pas en extrême urgence, le Conseil d’État pourrait statuer en août ou en septembre, mais la Région wallonne a décidé de commencer les travaux et elle avisera en fonction de la décision du Conseil d’État."

Parmi les citoyens ayant déposé un recours, opposés au projet présenté - et notamment à la largeur de l’Escaut au quai Saint-Brice -, il y a Benjamin Brotcorne, président de l’ASBL Pasquier Grenier, et Jean-François Pontégnie, membre du collectif L’Escaut, c’est vous.

Ils déplorent "la politique du fait accompli" de la Région wallonne. "Elle aurait pu attendre le résultat du recours en suspension. Et puis, il reste la problématique du Pont des Trous pour lequel le permis n’est encore accordé."

Le chantier bientôt lancé en France

Le président français François Hollande s’est rendu début avril à Venette près de Compiègne puis à Noyon, au nord de Paris, pour inaugurer la création de la société de projet qui organisera le chantier visant à relier Compiègne au canal Dunkerque-Escaut, à Cambrai, et ainsi assurer une continuité fluviale entre le bassin de la Seine et les canaux au nord de l’Europe. Un chantier à 4,5 milliards d’euros.

Les opposants au projet de mise à gabarit de l’Escaut à Tournai soulignaient que la France tardait à lancer le chantier. Cet argument tomberait dès lors à l’eau.

"Le budget était de 10 milliards d’euros au départ et le voilà bien réduit", relèvent tout d’abord Benjamin Brotcorne, président de l’ASBL Pasquier Grenier, et Jean-François Pontégnie, membre du collectif L’Escaut, c’est vous. "Et puis, attendez, le premier coup de pioche n’a pas encore été donné en France."

Du côté de l’administration de la Région wallonne, Christophe Vanmuysen, inspecteur général au SPW-Voies hydrauliques, ne se montre pas spécialement soulagé par l’annonce faite en France.

"Rassurés ? Nous le sommes depuis bien longtemps, lance-t-il. Nous n’avons jamais douté de l’état d’avancement de ce dossier en France. Il y a eu, il est vrai, quelques petits ralentissements pour des raisons budgétaires, mais l’intérêt du projet n’a jamais été remis en question."

Et puis, dans ce dossier, la Région wallonne en a eu visiblement assez d’attendre, d’autant plus que les travaux de mise à gabarit des fleuves ont déjà été réalisés en Flandre. "Il vaut mieux être la locomotive que le dernier du wagon", souligne encore Christophe Vanmuysen. "Et puis, il y a un réel intérêt wallon, belge, à faire sauter le goulot d’étranglement à Tournai, le dernier sur l’Escaut, pour la viabilité de nos terminaux situés le long du fleuve et des entreprises."