Tournai-Ath-Mouscron Si son franc-parler et son humour grinçant en dérangent plus d’un, Philippe Mettens ne laisse personne indifférent

Tant sur le plan politique que professionnel, la législature qui s’achève n’aura pas été de tout repos pour Philippe Mettens. Le bourgmestre flobecquois a dû batailler pour garder le mayorat dont le gouvernement wallon voulait le priver.

Viré par la suite de Belspo par la N-VA, l’ex-patron de la politique scientifique belge revient sur ces épreuves qui l’ont rendu plus fort tout en s’exprimant sur sa réconciliation avec Rudy Demotte ou encore l’arrivée de Bruno Lefèbvre à Ath.

Dans quel état d’esprit achevez-vous cette législature ?

"Celle-ci fut pour le moins éprouvante. D’aucuns se sont échinés, en vain, à me pousser dehors. Dès ma prestation de serment en décembre 2012, j’étais déjà la cible de l’opposition qui voulait me voir démissionner ! Nous étions sous le coup du fameux décret sur la prétendue incompatibilité entre ma fonction de bourgmestre et mon job à la tête de la politique scientifique belge (Belspo)."

Comme toujours vous avez résisté...

"Mais la bataille fut rude. Elle m’a amené à être révoqué par le gouvernement wallon de l’époque. Une décision d’une extrême gravité et d’une grande violence. Seuls certains bourgmestres l’ont été mais c’était durant l’occupation allemande. Je ne me suis pas laissé faire et j’ai fini par obtenir gain de cause auprès de toutes les juridictions saisies.

Mais c’était sans compter sur l’acharnement du gouvernement fédéral MR/N-VA qui m’a viré de Belspo comme un malpropre. Là encore, j’ai combattu et obtenu cinq recours gagnants devant le Conseil d’État qui a confirmé le caractère illégal et, par-là, arbitraire et politique, de mon licenciement."

Comprenez-vous le ras-le-bol de la population envers les politiques ?

"Je le comprends tout à fait et je le partage ! Comment des élus ayant reçu un mandat de leurs concitoyens peuvent-ils se comporter de la sorte ? Au mépris de ce qu’ils sont censés incarner. Au regard du rôle symbolique qu’ils doivent jouer dans une démocratie. À l’aune des responsabilités qui sont les leurs dans un monde complexe et en perte de repères. Tout concourt à ce ras-le-bol. Et la période préélectorale est on ne peut plus propice, y compris dans une petite entité rurale telle que la nôtre, à ces attitudes et à ces calculs qui apparaissent tellement éloignés des attentes de la population."

De nombreux scandales ont entaché l’image du PS. Avez-vous déjà songé à changer de crèmerie ?

"Je n’ai jamais été un homme d’église et on peut donc, de mon point de vue, être socialiste en dehors du PS. Si les affaires ne sont pas l’apanage du seul PS, tant s’en faut, elles sont plus inacceptables encore chez un homme ou une femme de gauche. Elles touchent aux fondements idéologiques qui sont censés servir de socle à leur action politique.

Curieusement, des scandales d’état aussi gigantesques que le Kazakhgate, mettant explicitement en cause le MR, semblent moins atteindre les gens que la perception de jetons de présence dans un organisme d’aide aux sans-abri. On est pourtant dans le premier cas face à une mise sous tutelle d’un État souverain, la Belgique, par un autre, la France, sous prétexte de copinages et d’intérêts financiers privés considérables."

Avec Rudy Demotte, la hache de guerre est-elle définitivement enterrée ?

"Je n’ai jamais eu le sentiment de l’avoir déterrée. Je suis entier et j’ai coutume de dire ce que je pense. On n’a qu’une vie et il ne faut pas nourrir, sans cesse, ses aigreurs. À l’échelle de nos vaines existences et de ce que nous avons de mieux à faire, tout cela n’a pas d’importance.

Le décès de notre mentor commun [NdlR : Jacky Leroy] a eu l’heur de nous rapprocher et je m’en félicite. Il faut toujours tendre la main. Je lui souhaite le meilleur et espère qu’il en est désormais de même de son côté. C’est un homme intelligent et on peut faire de la politique de mille manières. À nous de choisir les bonnes."

Que vous inspire l’arrivée de Bruno Lefèbvre à Ath ?

"Je le dis sans ambages, je ne suis pas fan. Je ne crois pas à l’homme providentiel. J’ai de l’amitié pour Bruno, mais je ne pense pas que ce type de mouvement soit bien perçu par la population. En réalité, je suis convaincu que c’est le genre de chose que les citoyens détestent. La manière avec laquelle on a voulu se débarrasser de Marc Duvivier pose également question. Chacun dans la vie peut commettre des erreurs et même des fautes, mais reconnaissons que Marc a voué son existence entière à sa ville et qu’il a accompli un travail immense. Il ne mérite pas ce qui lui arrive. Je ne doute pas que les Athois sauront lui témoigner leur estime."