Athletisme La sauteuse en longueur a vécu un calvaire à Rio en tant que seule athlète russe.

À Londres, Darya Klishina a renoué avec une certaine forme de sérénité. La présence de dix-huit autres Russes engagés dans ces Mondiaux n’y est certainement pas étrangère. L’été dernier, aux Jeux de Rio, la sauteuse en longueur de 26 ans se sentait, en effet, bien seule avec la sanction frappant sa Fédération !

À laquelle elle a finalement échappé, après un recours devant le Tribunal arbitral du Sport (TAS), dans la mesure où elle est établie en Floride depuis 2013 et s’y conforme à la législation antidopage.

"Mon rêve olympique s’est presque transformé en cauchemar", a-t-elle confié à la BBC. "J’étais calme et confiante, en bonne forme avant de me rendre aux JO. Puis, cette bombe a explosé."

Elle a, en effet, été écartée par l’IAAF, dans un premier temps, à la veille des Jeux, sur base d’informations erronées indiquant qu’elle était citée dans le rapport McLaren.

"La veille des qualifications de la longueur, mon entraîneur a reçu un coup de téléphone à 4h du matin pour lui annoncer le verdict. Il est ensuite venu me trouver et m’a annoncé que nous avions gagné en appel. Il était 5h et je ne pouvais plus dormir. Je tremblais, j’avais mal à l’estomac. Je suis vraiment passée par toutes les émotions pendant une semaine ! Cela m’avait complètement stressée. Je ne pouvais ni m’entraîner ni me concentrer."

Mais la double championne d’Europe en salle n’était pas encore au bout de ses peines. "Après le verdict, certains médias ont évoqué le fait que je prendrais part à la compétition sous la bannière du CIO en tant qu’athlète neutre. Cela a engendré des réactions vraiment abusives", explique-t-elle. "J’ai été considérée comme une traîtresse par mes compatriotes. Cela m’a bouleversée, je ne suis évidemment pas une traîtresse. N’importe qui, à ma place, serait allé aux Jeux…"

Le harcèlement a été presque permanent. "J’ai essayé de ne pas lire les commentaires en-dessous de mes photos sur Instagram ou sur les autres réseaux sociaux, mais c’était impossible. D’une manière ou d’une autre, j’étais au courant. Certains amis m’envoyaient des messages pour me rapporter ce qui se disait sur moi."

La pression médiatique fut également terrible pour elle. "J’ai passé une heure et demi dans la zone mixte ! Les médias me suppliaient de les laiser poser des questions sur la sanction vis-à-vis de la Russie", raconte-t-elle. "L’atmosphère était très particulière. J’étais incapable de me concentrer sur ma compétition et c’est, peut-être, pour cette raison que je n’ai pas réussi un résultat à la hauteur de ce que j’espérais (NdlR : 9e). J’étais vidée émotionnellement."

À Londres, Darya Klishina, renforcée mentalement par cette expérience, peut enfin s’exprimer dans des conditions normales. Ce vendredi, elle luttera pour les médailles en finale. "Je pense que la situation en Russie s’améliore. Mais il s’agit bel et bien d’un problème mondial… J’espère que l’athlétisme le surmontera", poursuit celle qui avoue avoir été en colère contre Yuliya Stepanova, à l’origine des révélations sur ce scandale de dopage d’État. "Elle a impliqué de nombreuses personnes, de nombreux athlètes qui n’ont jamais eu de problème de dopage. Elle suggérait que tout le monde était impliqué. Pourquoi salir tout le monde ? Oui, j’étais en colère. Ceux qui prennent des produits dopants le font en toute connaissance de cause, c’est leur choix. Pour ma part, j’ai la conscience tranquille, sachant que je n’ai jamais pris le moindre produit interdit."

© D.R.

"Si je gagne ? Pas de drapeau russe..."

S’alignant en tant qu’athlète neutre, comme les autres Russes engagés dans ces Mondiaux, Darya Klishina se dit "déçue de ne pas pouvoir porter les couleurs de mon pays". Mais "la situation est ce qu’elle est et, comme les autres Russes, comme les spectateurs aussi, je n’oublie pas d’où je viens." Et la sauteuse de détailler : "Le règlement nous interdit, par exemple, de nous peindre un petit drapeau sur les ongles ou d’avoir l’hymne national comme sonnerie de téléphone !" Quant à la finale de ce vendredi, elle s’annonce serrée. "La compétition sera délicate avec les Américaines Reese et Bartoletta. Mais tout peut arriver. Surtout quand on a fait tout ce qui faut pour être prête…" Et en cas de succès ? "Si je gagne et que je fais un tour d’honneur, je ne me saisirai pas du drapeau russe. Je ne veux pas de problème ! Mais que pensera le public russe ? Peut-être ne ferai-je même pas de tour d’honneur…"