Athletisme Darya Klishina a un autre objectif chez nous : remporter le concours de la longueur vendredi.

En découvrant la feuille de papier qu’a posée Wilfried Meert sur le pupitre devant elle, et sur laquelle sont écrits les résultats d’Heike Dreschler - invitée d’honneur de cette 41e édition - à Bruxelles (six premières places et une deuxième place en sept participations entre 1986 et 2000), Darya Klishina écarquille les yeux. Eh oui, l’Allemande a frappé fort au Mémorial Van Damme, où la longueur femmes fait son retour ce 1er septembre. Et la Russe de 26 ans, médaillée d’argent à Londres avec 7,00m qui est aussi mannequin à ses heures, en sera l’une des principales protagonistes.

"Je suis très heureuse de m’aligner pour la première fois en Belgique", dit la résidente de Bradenton, en Floride, dans un excellent anglais, une langue qu’elle ne maniait pas encore en 2013 en débarquant à l’Académie IMG. "J’aime découvrir de nouveaux endroits et cela faisait longtemps que je me demandais quand j’aurais l’occasion de venir à Bruxelles. Je ne suis pas de régime trop strict, donc je peux me permettre de goûter un peu de ce chocolat réputé mondialement. (rires) Quant à vendredi, la piste Mondo - une surface que j’affectionne - se trouvant au stade est très rapide et j’aimerais finir ma saison sur un bon résultat avant d’aller à Moscou pour rendre visite à ma famille."

Un an après une première expérience olympique traumatisante ("Malgré la compréhension des autres filles et leur soutien, j’ai débuté les qualifications en étant vidée émotionnellement") en tant que seule athlète russe autorisée après un recours devant le Tribunal arbitral du sport, Darya Klishina, qui a dû essuyer bon nombre de commentaires désobligeants pendant cette période, a pris une petite revanche sportive à Londres où elle s’alignait - comme à l’Euro en salle de Belgrade en mars - sous drapeau neutre vu la sanction qui frappe toujours la fédération russe.

"À Londres, la situation était pourtant assez frustrante aussi : je voyais mes deux concurrentes américaines s’emparer de leur drapeau national avant le sixième essai et moi, je ne pouvais pas", raconte l’élève de Loren Seagrace. "On ne reçoit pas une médaille tous les jours et j’avais envie de profiter de ce moment bien spécifique. La joie était bel et bien là mais je ne pouvais l’exprimer comme je le voulais. J’espère que dès les Mondiaux en salle, l’hiver prochain, la Russie sera réintégrée. Beaucoup d’athlètes russes ont mis un terme à leur carrière faute de pouvoir gagner leur vie depuis deux ans."

Une situation que l’Américaine d’adoption a la chance de vivre de loin.

Une ancienne volleyeuse

Darya Klishina a pratiqué le volley-ball pendant quatre ans avant de s’orienter vers l’athlétisme. "À l’école, j’étais déjà douée pour le sprint", se souvient-elle. "Un jour, un entraîneur m’a proposé d’essayer l’athlétisme, qui était impossible à combiner avec le volley. J’ai touché à tout : les haies, le poids, la hauteur, vraiment tout ! Après deux ans, j’avais le choix entre la longueur et le triple saut. Mais je n’avais que la peau sur les os, je n’avais pour ainsi dire pas de muscles et mon corps n’était pas prêt pour le triple. J’ai donc choisi le saut en longueur et je ne l’ai pas regretté parce que les résultats ont suivi. J’ai évolué progressivement, d’année en année…"