Athletisme La blessure d’Usain Bolt en finale du 4x100 m a entraîné des réactions indignées de la part de ses équipiers.

Aucun scénariste n’aurait été assez fou pour coucher ce dénouement sur papier. Même le public anglais, si prompt à se réjouir en cas de médaille d’un de ses athlètes, semblait ne pas savoir, ce samedi soir, s’il devait fêter la belle victoire de son équipe de relais 4x100 m (désormais troisième dans la hiérarchie par nations avec un chrono de 37.47) ou se désoler de la triste fin de carrière que le destin avait réservée à Bolt.

Pour sa dernière course, le champion jamaïcain, quatrième relayeur de son pays, a été fauché en plein vol, après une vingtaine de mètres de course, alors qu’il tentait de rattraper l’Américain Christian Coleman et le Britannique Nethaneel Mitchell-Blake. Foudroyé par une crampe à l’ischio de la jambe gauche, il fut incapable de poursuivre son effort et le pantin désarticulé qu’il était devenu finit par se coucher par terre après un drôle de cumulet ressemblant davantage à de la frustration qu’à une ultime tentative d’amuser la galerie.

Refusant de s’asseoir dans la chaise roulante qu’on lui présentait, Usain Bolt se redressa et, rejoint par ses équipiers, franchit la ligne d’arrivée en boitant, avant d’applaudir ses supporters qui, malgré le choc de cet abandon, scandaient son nom et l’applaudissaient en guise de soutien. Sans mot dire, il fila alors vers le poste médical dont il n’est ensuite sorti que par une porte dérobée. Une petite porte symbolisant mal l’immensité de sa carrière.

"C’est une crampe à l’ischio-jambier gauche, mais le plus douloureux, c’est la déception de perdre la course. Les trois dernières semaines ont été dures pour lui, vous savez. Nous lui souhaitons le meilleur…", indiquait, peu après minuit, le médecin de l’équipe jamaïcaine Kevin Jones.

Précédemmment, dans la zone d’interviews, les équipiers d’Usain Bolt avaient, eux, stigmatisé la longue attente dans la chambre d’appel qui avait précédé la course et un retard de dix minutes accumulé par la tenue de cérémonies protocolaires après la défaite de Mo Farah sur 5.000 m.

"Ils nous ont gardés extrêmement longtemps en tenue de course, sans aucun survêtement…", se désolait Julian Forte. "Il ne faisait vraiment pas chaud et l’attente nous a semblé très longue. Je crois que les organisateurs doivent se pencher sur le problème et agir en conséquence."

Visiblement ému, Omar McLeod ajoutait : "C’était vraiment ridicule ! Nous étions là à attendre, en essayant de nous réchauffer tant bien que mal. Nous avons attendu vraiment longtemps. J’ai eu le temps de boire deux bouteilles d’eau."

Et Yohan Blake d’exprimer à son tour son mécontentement : "Nous avons trop attendu, quarante minutes selon moi. C’est beaucoup trop ! On s’est refroidis musculairement, cela a contribué à la blessure d’Usain, sans aucun doute. C’est donc ainsi que notre champion devait achever sa carrière ? Il m’a dit qu’il était désolé, mais il ne doit pas l’être : il a fait tellement pour nous, pour la Jamaïque et pour le sport."

Côté américain également, Justin Gatlin a reconnu que l’attente avant la course avait été trop longue. Et, de fait, tous les athlètes ont été logés à la même enseigne. Seul Usain Bolt s’est toutefois blessé, de manière assez cruelle pour lui. Mais quand le corps dit stop…

Déjà mal en séries

Bolt n’a pas voulu terminer sa carrière sur un forfait. Ce fut sur une blessure…

Au lendemain de sa triste sortie de piste, sur blessure, Usain Bolt est revenu sur les circonstances de la finale malheureuse du 4x100 m. "En séries, le matin, j’ai ressenti une gêne à la cuisse ! Je pensais que ça venait du dos. Et je l’ai expliqué à mon équipe en retournant vers la piste d’échauffement. Mon kiné m’a demandé : ‘Es-tu sûr de vouloir courir ce soir ?’ Je lui ai répondu que ce n’était pas une question de vouloir, mais surtout de devoir."

Selon son agent, Ricky Simms, la tendance était pourtant au forfait. "J’ai été surpris de voir Usain arriver avec ses spikes à la main pour repartir au stade. Moi, je pensais qu’il viendrait juste pour soutenir l’équipe…"

Mais Bolt ne voulait pas terminer sa carrière sur un forfait. "On a beaucoup travaillé avec le kiné sur la cuisse et l’idée était que je m’échauffe énormément, que je ne me refroidisse surtout pas. Alors, j’ai couru beaucoup de lignes droites. On a accompli quelques passages de témoin avec l’équipe et tout me semblait en ordre. Mais, juste avant de rentrer sur la piste, il y eut deux cérémonies de podium. Un non-sens. On attendait derrière le panneau et le vent s’engouffrait. Je n’avais aucun moyen d’être au chaud. Mon corps et ma cuisse se sont refroidis et je pense que ça a contribué au fait que je me sois blessé. Quand j’ai pris le témoin, j’étais très excité. Parce que c’était parti pour être un final épique. Je savais que je reprendrais du terrain. Et puis, la douleur m’a saisi d’un coup."

Usain Bolt n’était pas particulièrement triste. "C’est parce que j’ai l’habitude de ne pas montrer mes émotions. Je suis, bien sûr, triste. Personne ne veut terminer sa carrière sur une blessure. J’aurais accepté de finir troisième ou quatrième, mais pas comme ça, sur une blessure."

Le Jamaïcain se veut philosophe. "Tout arrive pour une bonne raison et je n’y peux rien. C’est une façon un peu bizarre et triste de dire que tout peut arriver. Mais cette défaite ne retire rien à ce que j’ai accompli dans ma carrière."