Tia : “Je ne suis pas une machine !”

Laurent Monbaillu Publié le - Mis à jour le

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La championne olympique 2008 se retire définitivement, “à un moment où je ne ressens pas encore de ras-le-bol” . Entretien

BRUXELLES Comme on s’y attendait depuis sa finale manquée aux Championnats d’Europe indoor de Göteborg (8e), dimanche, Tia Hellebaut a annoncé ce mercredi midi, au siège de la société de marketing Golazo, qu’elle mettait un terme à sa carrière. Et ce, sans émotion particulière. Derrière elle, en toile de fond, les clichés des quatre médailles d’or qu’elle a remportées au cours de sa carrière parlaient d’eux-mêmes, mettant en relief le palmarès exceptionnel de la plus grande athlète belge de l’histoire. Laquelle, ne trouvant plus “la force mentale nécessaire” , est arrivée, à 35 ans, au bout de son parcours sportif.

“Je crois que c’est un beau moment pour arrêter le sport de haut niveau”, annonça-t-elle d’emblée. “Ces derniers mois, ces dernières années même, ont été très dures. Combiner une vie d’athlète professionnelle avec le rôle de maman a laissé des traces. Je pense me montrer honnête avec moi-même en disant stop. Mentalement, je n’arrive plus à me motiver, à m’impliquer alors que c’est un état d’esprit dont j’ai pourtant besoin pour me dépasser le moment venu. Je n’ai pas envie de me retrouver en finale des Championnats du Monde (NdlR : pour lesquels elle avait déjà assuré sa qualification), cet été, sans être capable de me donner à 100%.”

Tia, quand avez-vous ressenti que le moment était venu d’arrêter ?

“Depuis quelque temps déjà, je le sentais arriver, mais on espère toujours que le ressort ne cassera pas à un moment important comme les Championnats d’Europe. Après Londres, où j’ai décroché une belle cinquième place en ayant travaillé très dur, j’ai eu du mal à me remotiver mais, de fil en aiguille, à mesure que la préparation avançait, je me sentais de mieux en mieux. Toutefois, à Göteborg, mentalement, cela n’a pas suivi. Ce n’est pas un secret: j’éprouvais de plus en plus de difficultés à concilier ma vie privée et ma carrière de haut niveau. Élever des enfants réclame beaucoup d’énergie. Attention, je ne reproche rien à Wim (NdlR : Vandeven, son partenaire et entraîneur), qui travaille très dur, lui aussi, et se montre le plus présent possible à la maison. Mais je ne suis pas une machine ! Je suis une femme comme les autres. Je ne veux pas m’acharner et voir ma carrière devenir une source de stress à la maison.”

Aviez-vous envisagé que ces Championnats d’Europe puissent mal se passer ?

“J’avais tenu compte de ce scénario, oui. Vous savez, je pratique toujours l’athlétisme avec plaisir, là n’est pas la question, mais ce n’est pas une raison suffisante pour m’accrocher. Je veux aussi être compétitive et répondre présent dans les grands rendez-vous.”

La décision d’arrêter votre carrière a-t-elle été difficile à prendre ?

“Non, dès le moment où la volonté de se battre fait défaut, la conclusion est assez facile à tirer. Je suis perfectionniste et tout ce que j’entreprends, je veux le réaliser du mieux possible. Franchir 1,95 m ou 1,96 m à Moscou, l’été prochain, et ne pas pouvoir lutter pour un podium ne m’intéresse pas. Quand on ne peut plus être n°1, il faut se rendre à l’évidence.”

Regrettez-vous d’être revenue sur le circuit après votre deuxième grossesse ?

“Non, pas du tout ! Je n’ai aucun regret, c’était une période fantastique qui m’a permis de renouer avec l’activivité qui me plaît le plus. Beaucoup de gens aimeraient pouvoir en dire autant. Et puis, j’ai fini cinquième aux Jeux Olympiques de Londres, c’est un résultat fantastique dont je suis très fière ! Je sais ce qu’il m’en a coûté pour arriver là. Actuellement, je suis troisième au ranking mondial de la saison, cela signifie que j’évolue encore à un très bon niveau. Je m’estime, en tout cas, heureuse de pouvoir arrêter à un moment où je n’éprouve pas encore de ras-le-bol.”

Quel aspect de la vie d’athlète vous manquera le plus ?

“Les voyages et le soleil, bien sûr, qui constituent la partie la plus agréable du job. Mais je ne voulais pas profiter du système et continuer ma carrière juste pour cette raison...”



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