Basket Les recruteurs américains, accompagnés par les médias, poussent chaque jour plus loin leur quête de talent

PHILADELPHIE LeBron James est déjà trop vieux. A 17 ans, la jeune étoile du basket américain est, en effet, connue de tout le pays depuis près de deux ans. Au début de l'année 2001, il avait les honneurs d'un article dans le quotidien USA Today, le seul titre à diffusion nationale dont le tirage s'élève à 2,3 millions d'exemplaires. Depuis une dizaine d'années, les recruteurs professionnels et les médias se sont ainsi lancés dans une quête perpétuelle du prochain joyau de tel ou tel sport, laquelle les amène à repousser perpétuellement les limites de la précocité. `Nous pouvons tout à fait débattre de la question éthique qui est liée à cette tendance, mais nous savons vous et moi que si un match de junior high (jeunes de moins de 15 ans) passe un jour à la télévision, nous le regarderons. Vous ne pouvez rien faire contre la curiosité des gens. Il n'y a aucune raison pour que cela s'arrête ´, nous explique Jerry Stackhouse, l'arrière des Washington Wizards.

Derrière LeBron James, arrive ainsi Derrick Caracter. Ce pré-adolescent de 14 ans est connu de tout le microcosme NBA et fait l'objet de constantes sollicitations médiatiques depuis plusieurs mois déjà. Détail qui a son importance, le chérubin accuse déjà 129 kilos sur la balance et culmine à 2,06 mètres.

Age requis pour la NBA: 18 ans
`Evidemment, si on le lâchait aujourd'hui dans un match NBA, il se ferait tuer parce qu'il n'a pas la maturité nécessaire, mais cela n'empêche qu'il a le corps d'un joueur NBA´, réagit Ryan Jones, rédacteur au magazine américain Slam, principal titre de la presse spécialisée. `Ce qui nous choque en basket paraît bien ordinaire dans d'autres sports. En gymnastique ou en tennis, des gens de 14 ou 15 ans sont des compétiteurs de niveau mondial, et cela ne surprend personne. Nous verrons un jour un joueur de 17 ans en NBA. Ce n'est qu'une question de temps.´

Pour l'instant, la NBA a fixé la limite d'âge à 18 ans. Mais cela n'empêche pas les clubs de la prestigieuse ligue de sillonner le pays pour repérer avant d'autres les talents de demain. Les cas de Kobe Bryant, Kevin Garnett ou Jermaine O'Neal, boudés par nombre de franchises avant de trouver finalement preneur à leur arrivée dans la sphère professionnelle, incitent désormais les équipes à ne plus passer à côté d'une future étoile. Ils sont imités en cela par les entraîneurs d'universités, qui tentent de convaincre les jouvenceaux de l'intérêt d'un passage en faculté avant de rejoindre la NBA.

Déjà surveillé à seulement 11 ans

Tout cela conduit à une folle surenchère qui semble échapper à tout contrôle. Elle mène jusqu'à Kendall Marshall, par exemple, 1,55 m et 41 kg, considéré par les chasseurs de talent comme le meilleur joueur de 11 ans aux Etats-Unis.
Cette saison, il évoluera avec des joueurs de 17 ans qui fréquentent le même établissement que lui, en Virginie. `C'est absurde´, s'insurge l'entraîneur d'une équipe concurrente. `Si ce gamin se plante, personne ne sera responsable, cela ne fera de tort qu'à lui. Ce classement ridicule met sur lui une pression qui le suivra toute sa vie.´ Le mal est déjà fait.

© Les Sports 2002