Basket À Istanbul, nous avons rencontré Serbülent Sengun, secrétaire général de la fédération turque

Si on avait pour habitude de considérer l'Espagne, la Russie voire même la Grèce comme les principales puissances du basket-ball européen, celles-ci doivent désormais faire face à une nouvelle concurrence sur le marché. La Turquie, même si, paradoxalement, la plus large partie de son territoire fait géographiquement partie du continent asiatique, est devenue le nouveau pole fort de la balle orange sur le Vieux continent. En ce sens, voir la Turquie accueillir l'Eurobasket à Istanbul, trois mois seulement après avoir organisé le Final Four de l'Euroligue, n'a finalement rien d'étonnant. Les structures mises en place sont là pour témoigner de la nouvelle grandeur prise par le basket dont les gens sont fous dans ce pays.

Nous avons eu l'occasion, lors de cet Euro, de croiser le secrétaire général de la fédération turque, Serbülent Sengun, dans les travées de la Fenerbahçe Ulker Arena qui accueille les équipes du groupe D. Celui-ci nous a expliqué comment la balle orange a rebondi de manière impressionnante dans son pays ces dernières années. "Le basket est le deuxième sport le plus populaire après le football", confie notre interlocuteur, qui a gentiment libéré quelques minutes dans son emploi du temps pourtant chargé afin de s'asseoir à table avec nous. "Le basket est d'ailleurs le sport offrant le plus de succès au niveau international actuellement si on combine les côtés masculin et féminin (NdlR: Fenerbahçe est devenu le premier club turc à remporter l'Euroligue chez les messieurs cette année alors que Banvit a pris part à la finale de la première édition de la Ligue des Champions. Chez les dames, Fenerbahçe et Galatasaray ont déjà accumulé ensemble cinq podiums en EuroLigue). Notre fédération compte environ 250.000 affiliés actuellement mais nous espérons encore attirer plus de monde et de jeunes vers le basket à l'avenir. Notre nouveau président Hidayet Turkoglu (ex-joueur NBA) met des choses en place afin d'encore faire grandir l'industrie du basket dans notre pays et étendre la place du basket-ball."

Et cela a commencé par l'organisation d'événements comme le Final Four de l'Euroligue et maintenant cet Euro 2017. "La Turquie est évidemment très intéressée par cela. Et le public est demandeur. Cela provoque un sentiment de fierté nationale au sein de la population quand le pays peut accueillir ce genre de manifestations sportives. L'image du pays grandit aussi à travers ça. Il s'agit donc d'un bon business qui fait grandir le basket chez nous..." Encore faut-il avoir les moyens et les infrastructures pour le faire, ce qui serait plus difficilement le cas en Belgique par exemple. "Mais vous vous avez les Diables Rouges comme fierté", rigole-t-il. Avec l'Efes Istanbul, Galatasaray, Fenerbahçe et le Besiktas, la ville d'Istanbul, composée de 17 millions d'habitants, compte déjà quatre clubs de basket de haut niveau ainsi que des arènes à la hauteur. "Beaucoup de pays investissent plutôt dans le foot mais ici, en Turquie, l'intérêt des sponsors et les résultats sur le plan international font que le basket s'est énormément développé."

Au point de pouvoir consentir des investissements tels que des salles comme la Sinan Erdem Arena (17.000 places), inaugurée en 2010 pour le championnat du monde de basket ou plus récemment encore la Fenerbahçe Ulker Arena (13.000 places), bâtie il y a quelques années pour un coût de 200 millions d'euros. "Ce sont des investissements rentables. Pour la salle du Fenerbahçe par exemple, c'est pratiquement sold out à chaque match d'Euroligue et 70% des tribunes environ sont remplies en championnat. Et cela ne va pas s'arrêter là car notre président de la fédération a actuellement un projet pour faire construire un tout nouveau complexe avec une salle de 10.000 places entourée d'infrastructures de logements et d'un centre de développement pour les jeunes basketteurs."


La sélection nationale également en processus de (re)construction

Privée de ses joueurs NBA Ersan Ilyasova, Ömer Asik et Enes Kanter, ainsi que de son Américain naturalisé Bobby Dixon, la Turquie a débuté un nouvel élan cet été basé sur des jeunes talents comme Furkan Korkmaz et Cedi Osman, futur coéquipier de LeBron James à Cleveland. Ceux-ci sont encadrés par quelques vétérans plus expérimentés comme Sinan Güler ou Semih Erden. Supportée à chaque match par plus de 10.000 personnes dans cet Euro, la sélection turc, dont même le coaching staff a changé, est en plein processus de développement. "L'objectif n'est pas la course à une médaille cette année", précise Serbülent Sengun. "Le plus important est de poursuivre la reconstruction de l'équipe dans le bon sens. Il n'y a donc pas vraiment une grosse pression sur la sélection. La jeunesse est entrain d'éclore et on lui demande, prioritairement, de mouiller le maillot en faisant de son mieux." Et le public semble apprécier car il n'hésite pas à pousser son équipe durant 40 minutes à chaque match malgré un début de tournoi difficile au niveau des résultats.