Cyclisme

Tous les amoureux du monde entier fêtaient la Saint-Valentin quand, il y a exactement dix ans, Marco Pantani fut découvert, en début de soirée, mort, dans la station balnéaire de Rimini, par le concierge-portier de la résidence hôtelière Le Rose dans la chambre que l’ancien champion occupait depuis cinq jours.

Pantani, retrouvé torse nu, le visage tuméfié, le corps marqué, s’était éteint seul, tué par la cocaïne qu’on retrouva en grande quantité dans son estomac et dans sa bouche. Les enquêteurs estimèrent que le Pirate, dépressif, torturé, égaré depuis des années, était devenu fou, le cerveau empoisonné par la coke, et avait renversé et brisé le mobilier de la modeste chambre où sa vie avait trouvé son dramatique épilogue.

Un constat, comme celui d’un éventuel suicide, que réfute toujours sa famille, laquelle compte sur un nouvel avocat, Me Antonio De Rencis, qui est aussi celui d’Antonio Conte, l’entraîneur de la Juventus de Turin. Cette grosse pointure du barreau veut faire rouvrir le dossier qu’il estime incomplet et rempli d’incohérences. Il lui faut toutefois présenter un fait nouveau pour espérer relancer l’enquête. Dix ans après le décès de son fils, la mère de Pantani pense toujours que son fils a été assassiné et n’est pas mort d’overdose.

Pantani n’avait pas accepté d’être rejeté, pensait-il, par le milieu cycliste qui, le 5 juin 1999, moins d’un an après son doublé Tour d’Italie-Tour de France, l’avait exclu du Giro pour un contrôle hématocrite supérieur à la norme (51,9 au lieu de 50). À l’époque, onze mois après l’Affaire Festina, la détection de l’EPO était impossible et seul ce taux de 50 % jouait les garde-fous.

Pantani, pur produit d’une époque dont on sait désormais combien elle fut trouble et gangrenée par le dopage, ne se remit jamais de cette exclusion à Madonna di Campiglio. Sa descente aux enfers fut courte et chahutée, interrompue ou relancée par ses tentatives de retour et ses nombreuses démêlées judiciaires. Le vainqueur du Giro et du Tour 1998 venait aussi d’être quitté quelques mois plus tôt par sa compagne danoise, Cristina Jonsson, lasse de ses errements répétés.

Dix ans après sa disparition, sur les routes qu’empruntent les courses italiennes, dans le cœur des tifosi, Marco Pantani vit toujours, béatifié depuis des années. À Cesenatico, la ville où il est né et a toujours vécu, trois endroits attirent quotidiennement une foule, considérable en été.

D’abord, le cimetière communal, où le grimpeur repose dans le caveau familial. C’est là que vingt mille personnes, mais quasi aucune personnalité du cyclisme, l’avaient accompagné lors de son enterrement, le mercredi 18 février 2004. Ensuite, le musée qui porte son nom, dans l’ancienne gare, où sont exposés ses vélos, ses maillots, des reliques diverses, et ses peintures, car il peignait à l’occasion. Enfin, sur le front de mer, sa statue de bronze qui l’a figé pour l’éternité comme on l’a connu, passant à l’attaque.