Cyclisme

L’Américain avait renoncé à se défendre devant une Commission d’Arbitrage, on comprend pourquoi, il n’y a rien à défendre…

DALLAS Le programme de dopage le plus sophistiqué jamais vu dans l’histoire du sport, c’est ainsi que l’Usada résume le rapport envoyé à l’UCI, mercredi, laquelle a assuré qu’elle prendrait le temps d’analyser le dossier avant de se prononcer, dans le délai légal de 21 jours. Dans 21 jours au maximum, on repartira donc pour un tour (sans jeu de mots) et l’affaire rebondira une énième fois, sans doute pas la dernière.

Le plus cocasse, c’est que le rapport (de quelque mille pages) de l’Agence antidopage américaine égratigne plus qu’un peu la fédération internationale, en produisant notamment un témoignage d’Hamilton et de Landis dans lequel ils affirment (sous serment) qu’Armstrong leur avait signalé son contrôle positif au Tour de Suisse 2001 et qu’il avait payé l’UCI pour que l’échantillon disparaisse. Un médecin témoignant devant l’Usada affirme, du reste, qu’Armstrong avait bien été contrôlé positif lors de l’épreuve suisse. On sait qu’Armstrong a versé des sommes importantes à l’UCI officiellement pour faire avancer la lutte antidopage…

Pendant ce temps-là (plus de dix ans, en fait), le Texan payait des sommes folles au redoutable Dr Ferrari pour mieux performer  tout en déjouant tous les contrôles. Des sommes folles, disions-nous : 65.000 € en 1996 (l’année où on lui diagnostiqua son cancer !), 116.000 en 2002, 370.000 en 2003, 85.000 en 2004, 77.000 en 2005 et 85,000 en 2006. En faisant les comptes justes, on arrive à 798.340 €. Pas si justes que cela, en fait, car vous remarquerez, dans ces chiffres publiés par l’Usada, un trou entre 1996 et 2002, justifié par la guérison de sa maladie (un an et demi) et par le fait que, selon les témoignages recueillis, le coureur préférait payer le praticien en monnaie sonnante et trébuchante.

On notera en passant que le Dr Ferrari a dû amasser une fortune colossale grâce au vélo (et au sport !) car l’équipe américaine, on s’en doute, ne devait pas être sa seule cliente…

Quel que soit le bout par lequel on prend ce rapport de l’Usada, il est à tout le moins accablant pour le Texan et son ami Johan Bruyneel. Le dopage était non seulement institutionnalisé, mais aussi imposé. Celui qui n’appliquait pas la méthode Ferrari à la lettre était menacé d’exclusion du team.

Bruyneel et Armstrong s’entendaient comme larrons en foire pour tirer toutes les ficelles mais aussi s’approprier les principaux bénéfices de ce système. Il y avait les deux grands et puis, toutes les petites mains, des petites mains toutefois indispensables pour faire le boulot ingrat, celui qui prépare aux victoires retentissantes : les (petits) coureurs, les masseurs, les soigneurs et même les (petits) docteurs. Vingt-six de ceux-là, aujourd’hui, témoignent, pour libérer leur conscience, pour garder leur boulot et pour faire tomber (parfois malgré eux, car beaucoup demeurent de bons petits chiens fidèles) les têtes pensantes, les cerveaux de cette incroyable autant qu’épouvantable machine à tricher.

Certes, ceux-là n’étaient pas les seuls, les dauphins d’Armstrong au Tour pourraient en témoigner (mais ne le font pas !)... Déjouer le système, toutefois, c’est aussi assainir le milieu. Même s’il ne faut pas trop se bercer d’illusions. Le départ d’Armstrong-le-tyran n’a pas fait que le peloton est aujourd’hui composé de doux agneaux. Il y aura toujours des tricheurs, le microcosme du vélo n’étant jamais qu’un reflet de la société…



© La Dernière Heure 2012